Stanislas, porcher de son état, vit à l'écart de son village. Lui et sa sœur Eloïse, frappés d'ostracisme et orphelins, ont dû apprendre à grandir seul, en dehors de leur communauté. La raison en est l'édit de Mônes, décrêté par le pape Innocent IV, qui punit par le supplice du silence, soit le fait d'avoir la langue arrachée, tous ceux qui feront commerce du langage de la magie et tous ceux qui l'enseigneront à leur descendance, exception faite des aînés mâles, et seulement leur seizième année révolue. Eloïse, ne prononçant jamais un mot et arborant une affreuse cicatrice à la commissure des lèvres, on imagine bien ce qui a pu advenir de leurs parents. Elle garde d'ailleurs en son cœur une haine farouche de tout ce qui représente l'autorité 
ecclésiastique. Stanislas lui, ne refuse pas l'église, et cherche même à s'en faire adopter, tant sa mise à l'index lui pèse. Cependant, bien qu'il soit prêt à consentir des sacrifices pour obtenir sa réhabilitation, il souhaite connaître les origines de l'anathème qui frappe sa fratrie. Ayant à ce sujet une violente dispute avec le père Aristide, curé du village à l'âme brutale, poussé en cela par l'absolue conviction de la légitimité de sa foi, Stanislas subit une peine odieuse mais sûrement très répandue à cette époque : le curé convainc une garnison de passage d'enrôler le garçon de force dans l'armée du Roi, renforçant ainsi son exclusion d'un éloignement aux apparences définitives. Malgré ses résistances, Stan devra suivre les soldats et abandonner sa sœur aux mains de cet homme d'église... pas très catholique. Repéré par Anthonin, gradé de la garnison au pouvoir de double vue, à qui il sauve la vie, Stan se voit offrir une place dans l'équipe des fossoyeurs, qui offrent aux morts que les guerres essaiment, des sépultures plus décente qu'un ciel étoilé. Au passage, ces derniers n'oublient pas de délester de leurs possessions matérielles et futiles, les poches des malheureux tombés au champ d'honneur. Ainsi, les fossoyeurs, s'engraissant sur la guerre, forment une équipe enviée et surveillée. Surveillance dont Stan se passerait volontiers, alors que semble naître chez lui d'étranges capacités, qu'il ne fait pas toujours bon posséder au milieu de cette populace catholique et de son armée.
Fabuleux travail que celui de ce quatuor d'artistes (en comptant la coloriste) tant au niveau de l'histoire que de l'illustration. La mise en place de l'intrigue, construite autour d'un édit qui aurait été prononcé à la défaveur des personnes douées de magie, installe, sans lourdeur, ni maladresse, ni omission, un univers à l'identité forte 
et crédible dans lequel semble devoir s'épanouir une véritable épopée historico-fantastique. Se gardant bien de situer l'action dans une région, voire un pays en particulier, les auteurs lui fournissent toutefois cet atout réaliste qu'est la référence à Innocent IV, pape de 1243 à 1254, et de cet édit de Mônes, établi pour mettre fin aux pratiques magiques incontrôlées. Ainsi on sait que l'intrigue se déroule en Europe au 13e siècle et on construit le reste partant de l'idée que les superstitions de l'époque n'étaient pas le fruit de l'ignorance généralisée, qui faisait croire que les chats noirs signaient des pactes avec les souris, mais bien que ces croyances, et les peurs que celles-ci produisaient chez la majorité envers ceux qui n'en faisaient pas partie, étaient bel et bien fondées sur la réalité quotidienne et sur l'existence avérée, en ce qui nous concerne, de magiciens, exerçant leur art comme n'importe quelle profession. Voilà donc pour l'ambiance installée par l'histoire, qui se développe sans se presser, prenant parfois le risque d'insérer des personnages apparemment inutiles, toujours pour se résoudre en un élément capital jusqu'au twist de la fin du tome qui sèche tout le monde à l'ultime case.
Le dessin quant à lui souffle au cœur du lecteur les pulsations euphoriques d'une marée de respect, que suscitent généralement les artistes qui, par le biais de leurs réalisations, donnent un but à leur vie, faisant croire aux autres qu'une telle ch
ose est possible. Peut-être l'enthousiasme est-il ici un peu fort, mais il est vrai que le travail est enivrant. Illustré par une équipe féminine, sans que les éditeurs songent à s'en faire l'écho pour de viles raisons commerciales ou marketing (contrairement à certains qui mettent cet élément en avant pour pallier le manque de réussite constaté), Magus transcende par son dessin l'esprit de son scénario. Pourtant la technique est loin d'être irréprochable. Dans un style à la frontière entre l'encrage et le crayonné, serti de couleurs portant une identité en accord avec celle annoncée par la couverture, tout le travail visuel porte les traces de l'environnement où évoluent les personnages. Dans cette campagne moyenâgeuse sale et glauque au soleil rare, les chasseurs de corps ne détroussent pas les cadavres en Blu-Ray avec des couleurs empruntées à Batman Forever. Le tout est poisseux et incertain, baigné dans une aura beige et marron, avec des pointes de vert sur les genoux. Les rares éléments du corps en vue sont malgré cela très expressifs, à savoir ces visages aux traits fort et prononcés et surtout ces mains, qui reflètent à elles seules le curriculum de chacun des personnages, rompus à la précarité d'une existence hostile, à laquelle il faut s'accrocher le plus fort possible.
Il s'agit donc d'une ouverture sur un accord parfait entre l'histoire et sa représentation qui donne des envies d'encore un peu, sans pourtant laisser le lecteur sur sa faim. Ce tome se conclut justement, là où l'on sent qu'il le doit, après avoir mis en place tous les éléments qui feront du tome 2 une égale réussite. C'est du moins l'impression qu'en laisse la dernière page, et quand bien même le tome 2 serait pourri, il suffira de relire celui-ci pour tout rattraper.
athanagor []

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