8/10La Ligue des Gentlemen Extraordinaires - 2009 - Century: 1910

/ Critique - écrit par riffhifi, le 17/02/2010
Notre verdict : 8/10 - Avec tuerie (Ecrivez votre critique)

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Alan Moore frappe une nouvelle fois, avec un troisième volume qui occupe un siècle entier. La première partie de cette aventure souffre d'une galerie de personnages moins iconique que la précédente, mais pose les bases d'une intrigue palpitante.

Grâce à Panini, on redécouvrait il y a peu les deux premiers volumes de La ligue des Gentlemen Extraordinaires. Ce mois-ci, c'est Delcourt qui a l'honneur de publier le troisième chapitre de la saga concoctée par Alan Moore et Kevin O'Neill : titré Century, ce tout nouveau pan de la fresque est annoncé en trois parties,
couvrant un siècle entier. Nous voici donc en 1910, quelques années après les évènements du volume II mais quelques dizaines d'années avant ceux du Black Dossier inédit en France... Vous suivez ? Tant mieux, parce que c'est maintenant que ça se complique.

Le Capitaine Nemo est mourant. Il aimerait que sa fille prenne le commandement de son navire et de ses moussaillons, mais la douce Janni n'aspire qu'à vivre sa propre vie et à se baigner nue, ce que le lecteur mâle moyen ne saurait lui reprocher. En Angleterre, la Ligue des Gentlemen Extraordinaires est toujours menée par l'immortelle Wilhelmina, et se voit menée sur la piste d'une catastrophe prédite par l'un de ses membres, le medium Thomas Carnacki. Leur enquête sera, comme il se doit, jonchée de protagonistes issus de la littérature anglo-saxonne de la Belle Epoque.

Il n'est pas évident de trouver ses repères dans cette nouvelle Ligue. Seuls subsistent Mina et Allan Quartermain, préservés des ravages du temps (et même singulièrement rafistolé, s'agissant du deuxième), toujours chapeautés par Mycroft Holmes mais désormais entourés de personnages bien moins mythiques que Jekyll-Hyde, l'homme invisible ou le Capitaine Nemo. Pour le curieux ou l'érudit, les nouveaux Gentlemen Extraordinaires ne sont pourtant pas de parfaits inconnus :

  • Thomas Carnacki a été créé en 1910 par William Hope Hodgson, qui fera vivre six aventures à son enquêteur paranormal. Plusieurs auteurs s'amuseront à lui écrire de nouvelles histoires, et on le retrouve sous les traits de Donald Pleasence dans un épisode de la série Les rivaux de Sherlock Holmes.
  • A.J. Raffles est un gentleman-cambrioleur créé par E.W. Hornung, qui n'est autre que... le beau-frère de Sir Arthur Conan Doyle. Bien que moins célèbre que le détective de Baker Street, Raffles connaît une certaine popularité outre-manche, et il est porté plusieurs fois à l'écran, où il est
    incarné notamment par John Barrymore et David Niven.
  • Orlando est un cas plus complexe sous plusieurs rapports : créature immortelle capable de changer de sexe, il-elle est un mélange de plusieurs sources littéraires, la principale étant probablement le roman de Virginia Woolf Orlando : A Biography. Né(e) un millier d'années avant JC, il-elle a fait partie de la première Ligue créée par Gulliver.

Compte tenu de la faible notoriété de ces nouveaux membres, on ne peut que saluer la maestria avec laquelle Moore et O'Neill parviennent à créer une histoire prenante, bien qu'incomplète pour le moment. Cependant, lorsqu'on se souvient à quel point le volume II était supérieur à son prédécesseur en termes d'études des personnages, on s'attriste d'avance à l'idée de voir les actuels disparaître dès le prochain tome, situé près de soixante ans plus tard. Par ailleurs, on aurait bien aimé voir la contrepartie française de la Ligue, évoquée précédemment par les auteurs et composée entre autres d'Arsène Lupin, Robur le Conquérant et Fantômas... Mais elle fera peut-être l'objet d'un hors-série dans un hypothétique futur.

En dépit de ces futiles récriminations, Century tome 1 reste dans la lignée des chapitres précédents : un récit intrigant, fourré de multiples références littéraires, émaillé de séquences spectaculaires qui envoient de la terrine, peuplé de figures
aussi ambivalentes que leurs confrères de Watchmen, et ouvrant le chemin à une myriade de pistes explorables. Dans le cas présent, la piste la plus évidente est le deuxième tome, que l'on espère pouvoir lire l'an prochain ; en attendant, il reste à se procurer la musique de L'Opéra de Quat' Sous pour mieux savourer 1910...

La deuxième partie, sous-titrée Paint it Black, prendra place à la fin des années 60, et la dernière, Let it Come Down, aux alentours de 2010. Les paris sont d'ores et déjà ouvert pour la désignation des nouveaux "gentlemen extraordinaires" : James Bond dans les 60s, Harry Potter aujourd'hui ? Quid des droits d'auteur ?... Quels que soient leurs choix, on peut faire confiance à Moore et O'Neill pour en tirer le meilleur parti.

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