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9.5/10Les Malheurs de Janice - Intégrale - Tome 1 à 4

/ Critique - écrit par Maixent, le 25/01/2011
Notre verdict : 9.5/10 - Que du bonheur (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 1 réaction

Un ouvrage érotique de référence publié ici en version intégrale où l'on retrouve la qualité graphique de Von Götha alliée au talent de scénariste de Bernard Joubert. Un ouvrage remarquable.

S’il ne fallait retenir que deux héroïnes d’Erich Von Götha, ce serait sans aucun doute possible Twenty pour la version contemporaine voire futuriste, et surtout Janice dont l’histoire est située à la fin du dix-huitième siècle.


Le marquage de Janice
La genèse de Janice est particulière et participe déjà de la légende. Grâce à Bernard Joubert, connu pour sa sagacité concernant l’historiographie des ouvrages pornographiques et érotiques, mais aussi scénariste pour les tomes 3 et 4 des Malheurs de Janice, on peut suivre pas à pas la naissance de cette œuvre marquante en ce qui concerne la bande dessinée érotique. On apprend donc que Von Götha a été contacté par un mystérieux mécène qui le charge de travailler son scénario. Plusieurs années après, le premier tome sort en France sous la houlette d’un éditeur spécialisé. Puis le tome 2 suit en 1988, cette fois-ci dirigé uniquement par Von Götha. Ce n’est qu’en 1994 que l’auteur reprend son héroïne avec l’aide Bernard Joubert au scénario. Enfin, sort cette intégrale en 2 volumes regroupant les 4 tomes des malheurs de Janice, avec des scènes qui avaient été censurées à l’époque, des dialogues réécrits, et en bonus des illustrations pleine page en fin d’album.
L’histoire plaira aux amateurs de Sade  mais aussi d’auteurs plus classiques comme l’Abbé Prévost ou encore Octave Mirbeau. Comprendre que si les Malheurs de Janice est un ouvrage pornographique, cela ne lui empêche pas de réunir des qualités littéraires indéniables et un sens de la narration impeccable. Janice sera à la torture, battue, fouetté, violentée, soumise tout comme l’aura été Justine, mais toujours avec une certaine touche de qualité et de bonnes manières propre à la société anglaise comme l’on pourra se l’imaginer à cette époque.
Janice est une jeune captive condamnée à perpétuité pour s’être fait
Janice au bordel
avorter. Délivrée par un mystérieux inconnu, elle ne se doute pas un seul instant qu’elle sera conduite dans une autre prison, celle de la bonne société décadente et perverse. Elle est confiée au vicomte Vauxhall, libertin accompli qui la fait entrer dans son harem après l’avoir marquée au fer de ses initiales. Soumise à son maître ses aventures ne s’arrêtent cependant pas là. Elle sera mariée à un homme qui continuera à la traiter comme une esclave avant que celui-ci ne disparaisse sans pour autant que sa situation n’évolue. Enfin, le scénario deviendra d’autant plus machiavélique et dense au fil des pages, conduisant notre héroïne jusqu’à Venise après une traversée mouvementée, poursuivie par la haine des amis de Vauxhall.
Ce scénario déjà riche et rocambolesque, digne d’un Barry Lindon est d’autant plus mis en avant par le dessin impeccable de Von Götha. La finesse de ses traits rappelle des pastels ou des aquarelles de salon, tout en délicatesse, voire en mièvrerie, mais au service d’une telle violence dans les actes et sans aucune censure, ce qui confère à l’ensemble une surprenante combinaison. On peut noter cependant que son style évolue selon les albums. Ainsi, le premier tome sera plutôt sépia avec de subtiles variations de tons et des illustrations pleine page. Le deuxième voit l’utilisation de la quadrichromie, mais avec circonspections et les planches sont déjà plus denses. Le tome 3 sera dans la droite ligne du tome 2, tandis que les couleurs du tome 4 seront réalisées sur l’ordinateur, ce qui rapproche visuellement Janice de Twenty. Cependant, la cohérence graphique ne s’en ressent pas et il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un auteur évoluant avec son temps et non pas tâtonnant à la recherche de son style.

A Venise
Il est difficile de revenir sur la richesse de l’album et de s’arrêter à toutes les subtilités, cependant quelques points méritent d’être mis en avant. Le personnage de Janice tout d’abord. Il ne s’agit pas d’un personnage figé, simplement en proie au supplice, victime de ses bourreaux et de la société corrompue. Si Janice est d’abord une victime, elle prend de l’assurance à chaque page, tentant tant bien que mal de trouver son plaisir, portant un jugement sévère et juste sur sa condition et surtout portant en elle l’envie d’être libre. En cela, il s’agit d’un personnage attachant qui marque les esprits.
Autre point important, la documentation. Les mœurs d’une époque, s’ils sont outrés sur certains points (tous les nobles n’étaient pas sadiques), ne manquent pas de réalisme. Les propos sont crédibles, les classes sociales respectées et il en est de même pour les vêtements et décors parfaitement retranscrits, Venise notamment.
Récit d’aventures et de mœurs richement documenté, Les Malheurs de Janice n’en reste pas moins un ouvrage à l’érotisme violent et débridé sans aucun tabou. Les auteurs ont réussi à réunir ces trois familles sans temps mort, confirmant qu’il est possible de concilier finesse et pornographie. Un ouvrage splendide maîtrisé de bout en bout.

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