6/10Léonard - Tome 38 - Y a-t-il un génie pour sauver la planète ?

/ Critique - écrit par athanagor, le 05/04/2008
Notre verdict : 6/10 - Génie Kravitz ou l’éternel retour (Ecrivez votre critique)

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Pour sa 38e apparition (et ses 33 ans), Léonard décide de venir à notre secours et de mettre un terme au réchauffement climatique. Mais était-il temps ?

Mon Dieu, c'est à la fois incroyable et effrayant, mais nul doute n'est possible : Léonard touche à sa 33e année, et le poids des âges courbe avant tout le dos de ses fans.Léonard se joue du temps
Léonard se joue du temps

Imaginé en 1975 par Turk et De Groot pour Achille Talon magazine, Léonard en arrive à son 38e titre, tous aux éditions du Lombard. Ce personnage démystifiant la figure imposante de Léonard de Vinci, est un stakhanoviste de la découverte scientifique, de la plus banale (du moins en ce qui nous concerne) à la plus improbable. C'est à une allure quotidienne que s'enchaînent les inventions, toujours selon le même schéma, admirablement bien exposé dans l'article concernant ce personnage. Le duo de départ, constitué de Léonard et son disciple (baptisé Basile sur le tard), verra peu à peu s'y adjoindre des personnages déjà présents mais dont l'importance grandira, et qui se verront coller des patronymes. Ainsi du chat Raoul Chatigré (qui s'appelait Prosper dans un premier temps), de la souris Bernadette et du crâne philosophe Yorick (!). La femme de ménage Mathurine viendra clore le tableau et finir de constituer la troupe régulière de la série.

Pour cette nouvelle édition, le savant ne fait pas dans la dentelle et s'attaque carrément au problème du moment : le réchauffement climatique. Constatant que la neige commence à fondre en janvier et vérifiant l'augmentation de la température Léonard tique
Léonard tique
terrestre d'une façon somme toute assez logique, le génie réalise en l'espace de quelques secondes qu'à ce rythme-là et d'ici le 21e siècle, c'est toute la face de la Terre qui sera différente. Comme tout bon scientifique, il décide de vérifier sa théorie en embarquant avec le disciple dans sa voiture à voyager dans le temps (prends-en de la graine Yves Coppens !) pour aller voir un peu comment ça va en 2100. Devant le constat catastrophique, c'est toute la puissance de son génie qui est mise à contribution.
Malheureusement, et malgré l'effort mis à émailler l'histoire de gags réguliers pour la rendre plus digeste, la solution n'est pas à la hauteur ni du légendaire génie de Léonard ni des espérances que le récit laisse espérer. C'est même plutôt léger.
Fort heureusement, les 48 planches de l'album ne sont pas consacrées à cette seule histoire et offrent quelques moments de fine quoique franche rigolade (quand même), notamment une excellente planche présentant une invention du disciple, lesquelles sont d'ailleurs souvent les meilleures. Au passage, on remarquera que ce sont bien souvent les histoires les plus courtes qui sont les plus réussies, et celles où Turk et De Groot sont le plus efficace, du moins en ce qui concerne Léonard. En effet, le format naturel de ce personnage est la page unique, de par ses nombreuses apparitions dans des revues et magazines, et ce sont les qualités de narration percussive dont sont capables les auteurs qui ont fait de lui ce qu'il est aujourd'hui. À l'inverse, quand le personnage se voit embarqué dans des aventures dépassant deux planches, on peine à en voir le bout et à savourer une conclusion si longtemps suspendue. En l'espèce, on a même droit à une aventure de Raoul le chat, qui elle aussi se traîne un peu et ne présente pas d'autre intérêt que le mettre en scène.

On ne peut donc s'empêcher de constater que tout ça commence, ou continue, à sentir un peu la fatigue, tant il s'avère difficile de mener une telle barque sur autant de temps. L'essoufflement généralisé de cette galerie de personnages, que l'utilisation prolongée finit par rendre insipide, commence à laisser apparaître les limites de la série, dont le sempiternel schéma de narration se heurte inévitablement aux limites de sa propre redondance.

Toutefois, et bizarrement, le seul aspect qui ne se démode que difficilement, c'est Lave-toi les dents sinon...
Lave-toi les dents sinon...
le tromblonnage réglementaire du disciple, qui arrive, à défaut de se renouveler dans son style propre, à ne pas être lassant. Faut-il y voir là la satisfaction d'un désir sadique enfoui en chacun des amateurs de la BD, qui jubilent de voir que malgré les tendances généralisées imposées par notre époque, qui cherchent désespérément la correction et où les talkies-walkies remplacent les armes à feu, les auteurs choisissent malgré tout d'infliger à un personnage un peu réticent une punition démesurée et inutilement cruelle juste parce que c'est rigolo ? L'Histoire tranchera.

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