Sur les derniers albums d'Astérix, le nom de Goscinny continue de voisiner celui d'Uderzo bien que le premier n'ait pas participé à un seul scénario depuis sa mort en 1977 (et c'est bien dommage). Sur Iznogoud, il épaule de la même manière celui de Tabary, sans que l'on puisse déterminer dans l'un et l'autre cas s'il s'agit d'un hommage au créateur ou d'un simple argument marketing sournois. Le duo de noms Goscinny-Tabary revêt un parfum particulièrement étrange sur ce 28ème album du grand vizir, puisque non seulement René Goscinny n'écrit pas (bien que sa fille Anne signe une préface très mal tournée), mais que Jean Tabary n'est pas non plus à l'œuvre ; trois autres Tabary lui ont succédé : Muriel et Stéphane au scénario, Nicolas au dessin (il avait mis en couleurs les précédents opus). La reprise familiale d'un personnage n'est pas une nouveauté : dans la littérature populaire, on se souvient qu'OSS 117 est passé dans les machines à écrire de la femme et des 
enfants de Jean Bruce, et que le commissaire San-Antonio est désormais confié aux bons soins de Patrice Dard, fils de Frédéric. Mais malgré la connaissance intime que les proches peuvent avoir de l'univers décrit, leur approche manque généralement de génie, et se résume au mieux à une imitation studieuse. Ici, il s'agit du pire : une débâcle.
Le grand vizir Iznogoud, on le sait, veut devenir calife à la place du calife. Mais ce qu'on sait moins, c'est que le calife Haroun el Poussah ne cracherait pas sur un peu de vacances, et serait prêt à... échanger sa place avec Iznogoud ! Coup de bol, il semblerait qu'une loi prévoie un tel échange, qui pourrait avoir lieu toutes les mille et une nuits (d'où le titre, qui ne comporte donc aucun lien avec les contes, Shéhérazade, ou quoi que ce soit d'autre). Histoire de booster un peu l'action, on imagine que le délai de 1001 nuits prend fin dans neuf jours, et qu'Iznogoud doit légalement avoir régné sur un lopin de Terre avant de pouvoir prendre la place du calife. Hop, aventure, rigolade, tout ça. Enfin, en principe.
A la décharge des auteurs, reprendre le personnage d'Iznogoud en 2008 était une sacrée gageure : la bande dessinée elle-même ne jouit pas d'une aura aussi culte qu'Astérix ou Lucky Luke, et s'est vue attachée ces dernières années à deux 
individus peu recommandables : le triste sire Michaël Youn dans le film fadasse de 2005 (qui aurait pu être pire, mais reste une adaptation assez foireuse d'une œuvre géniale), et l'actuel président de chez nous Nicolas Sarkozy, à la fois pour sa ressemblance physique et son caractère. Comment continuer à raconter les aventures d'un Iznogoud de papier quand le vrai a déjà posé son séant sur le trône du calife ? Les Goscinny et Tabary juniors sont bien conscients du parallèle, et l'évoquent directement dans l'album sans pour autant livrer de quelconque discours politique : le héros endosse un costume-cravate et une coiffure ‘Nicolas' durant à peine deux pages du milieu, puis reprend le cours de son histoire sans qu'il paraisse nécessaire d'approfondir le sujet.
Cette volonté d'aborder les choses sans prendre de risques est symptomatique de la démarche générale, sans pour autant être le plus gros problème. Le dessin ressemble à celui de Tabary père, en plus grossier (les mâchoires des personnages sont prognathes, les perspectives souvent foireuses), et les clins d'œil obligatoires sont disséminés avec une subtilité toute relative : les notes de bas de page offrent un renfort de mémoire et une incitation à la consommation, tandis que les apparitions de Tabary père et Goscinny agacent plus qu'elles n'amusent. Quant à celles des auteurs eux-mêmes, qui culminent en une salve d'autocongratulation écœurante (attention spoiler : « WOUA, QUEL BOULOT, NICO ! »), elles achèvent de détruire les éventuelles miettes de 
sympathie qui pouvaient subsister pour l'entreprise. Car que contiennent ces Mille et une nuits (en fait, neuf) du calife (en fait, le vizir) ? Des cases surchargées, où se bousculent de façon quasi-incompréhensible les jeux de mots les plus lamentables (un véritable concours d'affronts aux calembours capillotractés mais toujours drôles de Goscinny), de la vulgarité incompatible avec le ton de la série (un usage copieux du verbe "foutre", l'introduction d'une bestiole qui rote et qui pète : la classe), des anachronismes idiots et inutiles (des appareils photos, des micros, ben voyons), et de la parodie éléphantesque opportuniste (allez, on balance : Indiana Jones).
Les 44 pages se lisent péniblement (beaucoup de texte, peu de clarté) et ne font pas rire une seule seconde. Ni réfléchir. Sauf peut-être au métier qu'auraient choisi les jeunes Tabary si leur père n'était pas le Jean du même nom. Les mille et une nuits du calife est à Iznogoud ce que Le ciel lui tombe sur la tête fut à Astérix en 2005 : l'album de trop.
riffhifi []

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