Faut-il présenter Astérix ou plutôt ce que sont Les Aventures d'Astérix le Gaulois ? Sans doute que non. Rappelons éventuellement pour les plus jeunes ou simplement pour mémoire que notre petit Gaulois est né en 1959 dans Pilote, fameux hebdomadaire pour la jeunesse qui permit à quelques grands noms et titres de la Bd de faire leurs armes. 1961, premier album, Astérix le Gaulois, et début d'une formule bien rodée, faite de Romains à baffer, de sangliers à bâfrer, de potion magique qui rend invincible et de voyages plus ou moins longs. Derrière Astérix, un duo détonnant. René Goscinny, le scénariste érudit, qui truffe les pages de références historiques ou artistiques, de bons mots et de locutions latines, et emmène ses héros dans moultes aventures plus ou moins cohérentes avec l'époque antique. Albert Uderzo, le dessinateur, qui donne corps et faciès à la petite tribu d'Armorique, qui encore et toujours résiste à l'envahisseur romain. Un dessin humoristique, presque caricatural, où abondent les gros nez et les gueules fortes. Un choix délibéré, Uderzo ayant également travaillé sur Tanguy et Laverdure, BD militaire au dessin autrement plus plausible. Au début, Astérix ne connaît pas tellement le succès, Uderzo, interrogé il y a peu dans le magazine Lire, dira d'ailleurs que la conception de la BD allait sur le papier en dépit du bon sens, entre l'humour dit intello de Goscinny, et ses propres dessins dit grotesques. Quoiqu'il en soit, Astérix finit par se faire une place et depuis, n'est rien de moins qu'un monument de la BD. Une galerie de personnages se développent également, devenu incontournable des albums. Obélix, tailleur et livreur de menhirs, qui n'est pas gros (Aïe) mais un peu enveloppé. Assurancetourix, le barde qui chante fort et mal. Ordralphabetix, le poissonnier, dont la marchandise avariée cause au mieux des bagarres mémorables, au pire des douleurs abominables. Cetautomatix, le forgeron. Agecanonix, l'ancêtre qui a connu Gergovie, marié à une femme jeune et belle. Idéfix, le chien écolo d'Obélix, qui apparaît pour la première fois dans Le Tour de Gaule. Panoramix, le druide et gardien du secret de la Potion magique. Abraracourcix, le chef de la tribu. Citons également, en vrac, les Romains des camps retranchés, les pirates qui d'épisodes en épisodes sont scrupuleusement coulés et au sommet, Jules César. Jules César, un des seuls personnages à ne pas avoir l'air ridicule, hautain, imposant sous ses lauriers, dont les colères font trembler ses subordonnées.
Astérix a vu du pays, en a même vu d'autres. Belgique, Germanie, Grande Bretagne, ce qui n'était pas encore l'Amérique, le Danemark... autant d'aventures mémorables. Le village gaulois connaîtra des attaques romaines, normandes, financières ou tout simplement intestines. Mais son coup le plus dur, ce fut sûrement un jour funeste de 1977, celui du décès de René Goscinny. Uderzo reprendra alors la Bd tout seul, pour des résultats controversés, que personnellement je qualifierai d'inégaux. La Rose et le Glaive n'était par exemple pas spécialement mauvais, Le Grand Fossé non plus, L'Odyssée d'Astérix pas davantage. La Galère d'Obélix, en revanche, c'est une autre histoire. Astérix et Latraviata avait pour lui quelques parti-pris généalogiques, mais le temps n'était pas plus à la fête.
Astérix continue donc à abreuver les librairies, avec plus ou moins de bonheur. 2005 est l'année où le ciel lui tombe sur la tête. Et il y a de quoi. Alors qu'ils chassent le sanglier, Astérix et Obélix constatent l'étrange immobilité de la faune. De retour au village, c'est l'effroi : chacun semble figé, sans vie, bloqué dans ses gestes de tout les jours. Il n'y a guère que Panoramix qui semble immunisé du mal. C'est alors qu'une mystérieuse sphère apparaît dans le ciel. En descend une petite créature violette et un homme musculeux en collant et cap, se présentant comme des Tadsylwiens. Les Tadsylwiens sont en guerre contre les sinistres Nagmas, peuplade qui ne va pas tarder à débarquer également. Pourquoi ? La réponse est simple : les Nagmas veulent s'accaparer la potion magique. Les Tadsylwiens, la confisquer pour le bien-être de tous...
Astérix contre les Extraterrestres ? Autant oser un Tintin contre les Morts Vivants ou un Blueberry contre les Ninjas. C'est bien beau de vouloir évoluer, mais là, c'est à se demander si le ciel n'est pas tombé sur la tête de quelqu'un d'autre. Avouons-le, pour certains concurrents, le changement radical a plutôt bien réussi. Machine qui Rêve par exemple, tout déconcertant qu'il fut, est un excellent album de Spirou. Mais pour le cas présent, voir des Superman voler dans le village que nous connaissons bien passe très difficilement. Et si encore Uderzo se cantonnait au simple affrontement Tadsylwiens/Gaulois/Nagmas, cela aurait sans doute limité un peu la casse. Mais au fil des pages, Le ciel lui tombe sur la tête se transforme soudain en pamphlet primaire et peu subtile. Prenez les noms des personnages, intervertissez les lettres, et hop, voila Les WaltDisneys en guerre contre les méchants Mangas qui font rien qu'à les copier. Quitte à jouer, allons-y et attardons-nous sur la chose : que fait Uderzo de l'affaire "Roi Lion", pompé sur Le Roi Leo ? La caricature n'est guère plus enthousiasmante, mais a l'avantage de taper sur les deux camps. Les Tadsylwiens sont des petits gars mignons ou des baraqués qui se ressemblent tous, peuple arrogant autoproclamé police de l'univers. Les Nagmas sont des sortes de sauterelles fourbes au langage hésitant. Toutes proportions gardées, cet Astérix "politisé" rappelle un peu ces nanars SF, où l'Amérique doit faire face à la menace communiste venue de Mars. La symbolique et le trait n'y est pas plus dégrossi. Quant à lire l'album sans se soucier de toute cette ratatouille -allons, ce n'est jamais qu'un Astérix-, cela amène à parcourir une histoire complètement creuse, sans charme et à l'intérêt discutable. Entre des jeux de mots pauvres et une intrigue réduite à sa plus simple expression, les clichés astérixiens défilent sans qu'on les voie. Les Romains et les sangliers font un peu de figuration, Obélix ne pense qu'à manger et se battre, Abraracourcix tombe de son bouclier, les pirates coulent... mais l'aspect enfantin et la naïveté rigolarde qui faisaient le charme de la série ne sont plus là. A la fin, quelques lignes expliquant que tout ceci est un hommage à Walt Disney. Pourquoi pas, Goscinny avait bien incorporé les Dupont/Dupond dans Astérix chez les Belges. Mais pourquoi diable avoir fait "ça" ?
Pas grand chose à sauver de ce nouvel Astérix, à part peut être un graphisme toujours au top et qui pour le coup, s'adapte très bien au parti-pris SF. A part ça, Le ciel lui tombe sur la tête investit une place qui n'est pas la sienne et prouve surtout qu'il faut savoir s'arrêter à temps. Uderzo a eu le courage de porter sur ses seules épaules une série culte, au détriment d'une opinion voulant qu'Astérix soit mort avec Goscinny. C'est tout à son honneur et nous pouvons citer des titres tout à fait dignes de la grande époque. Mais Le ciel lui tombe sur la tête est clairement l'album de trop...
Lestat []

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