8.5/10Holmes - Livres I et II

/ Critique - écrit par riffhifi, le 28/11/2008
Notre verdict : 8.5/10 - Sherlocked (Ecrivez votre critique)

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Une extrapolation brillante autour de l'œuvre de Conan Doyle, servie par le dessin racé de Cecil. Espérons que le tome 3 ne se fera pas attendre une nouvelle fois durant deux ans et demi.

En 2006, on découvrait le premier épisode d'une série annoncée de neuf, signée du scénariste Luc Brunschwig et du dessinateur Cecil. Pas de bol, la collection 32 de Futuropolis prend le bouillon, et avec elle le deuxième tome, prévu pour août 2007. La suite de Holmes se voit alors repoussée aux calendes grecques, au grand
désespoir des lecteurs qui avaient savouré les 32 premières pages. Fort heureusement, après la lente résurrection des autres titres de la collection (London Calling, Le monde de Lucie), Holmes se voit enfin gratifié d'un deuxième tome en cette fin d'année 2008. La couverture n'est plus souple mais cartonnée, on ne compte pas 32 pages mais 33, et le prix passe de 4.90€ à 11€, mais qu'importe : avec ses tons bleutés et son visage curieusement hors cadre, la couverture de ces Liens du sang s'inscrit bien dans la continuité de celle du premier épisode, rebaptisé L'adieu à Baker Street. Maintenant, il faudrait voir à sortir la suite rapidement, parce qu'au rythme actuel on en a pour quatorze ans avant de pouvoir lire la fin de l'enquête !

Comme son nom ne l'indique pas, Holmes est exempt de la présence de tout détective prénommé Sherlock. L'histoire commence alors qu'il vient de se bananer dans les chutes de Reichenbach avec son ennemi Moriarty. C'est du moins ce que tout le monde croit en cette année 1891, mais le lecteur d'aujourd'hui sait que le limier reviendra pour de nouvelles aventures... C'est pourquoi Brunschwig et Cecil, sur leurs couvertures, ponctuent la date de mort d'un point d'interrogation qui laisse planer le doute : se placeront-ils dans la continuité des romans de Sir Arthur Conan Doyle ? Cette question purement technique mise à part, on se permet d'aborder leur travail avec un a-priori lié à l'abondance des expériences déjà effectuées sur le personnage de Sherlock Holmes. De la littérature au cinéma en passant par la bande dessinée, celui-ci a fait l'objet d'autant d'adaptations directes que d'extrapolations plus ou moins inspirées. Confronté à Sigmund Freud dans le livre La solution à sept pour cent (devenu Sherlock Holmes attaque l'Orient-Express au cinéma), lancé sur la piste de Jack l'éventreur dans le film Sherlock Holmes contre Jack l'éventreur et le livre L'ultime défi de Sherlock Holmes, présenté comme un étudiant bondissant dans le blockbuster affectueux Le secret de la pyramide... Il est intéressant de constater que beaucoup de ces variations se concentrent sur le professeur Moriarty, qui n'apparaît pourtant que dans deux des soixante histoires de Conan Doyle (Le dernier problème et La vallée de la peur). Il est vrai que la première offre une large quantité d'interprétations possibles, et les auteurs de la présente bd font preuve d'une ingéniosité peu commune dans leur approche. En amenant le jeune Wiggins sur le devant de la scène, et surtout en allant fouiner du côté des parents de Holmes (Siger et Violet, conformément à la mythologie holmésienne), ils parviennent à opérer une balade surprenante au sein d'un univers bien connu, tout en laissant la possibilité au lecteur de se prendre pour Sherlock lui-même. Les indices semblent adroitement semés sur la piste d'un secret jalousement préservé, dont les gardiens sont les membres de la propre famille de Holmes ! Bien entendu, le personnage central est le fidèle Watson, représenté sous les traits d'un homme énergique et perspicace, et non comme le balourd que le cinéma s'est parfois employé à faire de lui.

Au scénario habile et prenant de Brunschwig, se superposent les images élégantes de Cecil, dont la colorisation monochrome permet de changer d'époque avec subtilité (sépia pour les années 1850, bleu pour les années 1890). La lecture est d'autant plus agréable que le dessin doux et fin s'étale sur de grandes pages 23x32 (un format choisi pour la collection 32, probablement en raison de ses chiffres magiques). Malgré la qualité évidente du récit contenu dans cette soixantaine de pages, on y distingue néanmoins un statut de prologue, qui fait attendre la suite avec d'autant plus d'impatience, pour découvrir les nouvelles libertés (raisonnables) que Brunschwig a eu le courage de prendre avec la légende.

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