8.5/10Le Choucas

/ Critique - écrit par iscarioth, le 09/11/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Du genre noir (Ecrivez votre critique)

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Jeux de mots, gueules cassées, humour noir et références au genre polar font du Choucas, première époque, un personnage emblématique et charismatique de la BD franco-belge.

En 2005, Christian Lax, auteur confirmé, fait son entrée dans la prestigieuse collection Aire Libre en y signant L'aigle sans orteils, le récit d'un des premiers héros du tour de France. L'album rencontre un très gros succès public et critique. Récompensé à plusieurs reprises, le one-shot tient une bonne place dans tous les classements effectués sur l'année. Profitant de cette montée en puissance, Lax et les éditons Dupuis relancent l'un de leurs derniers projets communs : Le Choucas. La mouture change et l'on fait passer la série du ton très codifié du roman noir à celui plus grand public de l'aventure.

Noir c'est noir

47870_250.Avec Trekking payant en 2006, Le Choucas remet les compteurs à zéro : le personnage entame ses « Tribulations » sur un ton résolument grand public, avec des planches très exotiques, dans la continuité de l'Aigle sans orteils. En rééditant sous la forme d'une intégrale les six albums originels du Choucas, les éditions Dupuis nous permettent de redécouvrir ce que fut le personnage à sa création : un véritable hommage au genre noir, au sein duquel il ne fait pas pâle figure. Entre 2001 et 2004, six albums paraissent dans la collection Repérages. Les planches sont embaumées d'un voile jaune/noir, reflétant la tenue du Choucas, costume noir chemise jaune (comme l'oiseau), un ancien ouvrier qui se recycle brusquement comme détective privé. Dès le premier album, les références au genre noir, passé et actuel, pleuvent. Le Choucas déambule symboliquement entre des livres géant tirés de la collection Série Noire de Gallimard. Dans chaque planche, on peut retrouver les codes visuels du genre. Un lettrage de presse découpé comme pour une demande de rançon, des gros plans nombreux sur des visages chargés en ombrages et burinés, des très gros plans insistant sur la gestuelle et l'expressivité (un front plissé, un oeil exorbité) et les objets symboliques (carte de visite, arme de poing)... Lax, digne héritier du genre, manie une véritable esthétique crasseuse, parsemant ses planches détaillées au trait de petites touches de graisse à l'encre : éclaboussures, taches et autres postillons. L'édition intégrale de Dupuis est le moyen idéal de constater le remarquable travail de Lax sur son encrage et de s'imprégner d'autant plus franchement de l'ambiance polar.

L'art et la manière

47871_250.De fortes gueules, des plans serrés, des enquêtes rondement menées... Lax investit le genre polar sans pour autant donner dans l'esthétique de la violence. Le Choucas n'est pas avare en caresses, ses aventures sont ponctuées par quelques conquêtes féminines, et pas toujours dans le stéréotype ravageur, voir la Joséphine bien en chair du troisième épisode, Le Choucas enfonce le clou. Pour autant, pas de scènes de sexe torrides ni de grands excès de violence. On passe directement du charme à la cigarette d'après galipette, sans dévoiler l'intermède. Pas de grand débordement de violence à la Tueur ou Juan Solo. La violence n'est pas montrée dans son aspect le plus crade et inquiétant, mais plutôt tourné à l'humoristique (L'introduction de Le Choucas met le feu aux poudres et la scène de bagarre générale qui tourne au comique avec le gros nez cassé de notre héros). Au fond, le scénario passe au second plan. L'important n'étant pas l'objectif ni l'idée, mais la manière. On relève par exemple, surtout sur les premières planches, une succession d'incrustations d'images symboliques (le constat à l'amiable pour l'accident, jeu sur le code à barres dans Le Choucas met le feu aux poudres). Les jeux de mots sont fleuve, les clins d'oeil au genre noir multiples. Le coté policier s'estompe un peu au fil des albums pour laisser la place à une mécanique qui relève plus du genre d'aventure, avec plus d'exotisme (Le Choucas n'en mène pas large).


Jeux de mots, gueules cassées, humour noir et références au genre polar font du Choucas, première époque, un personnage emblématique et charismatique de la BD franco-belge. Un prolo au fond bien ordinaire, à préférer aux pelletées de super-Largo chromés. A ranger entre le Nestor Burma de Tardi et le Canardo de Sokal.

Affaire classée.

 

Tome 1 - Le Choucas rapplique (2001)
Tome 2 - Le Choucas s'incruste (2001)
Tome 3 - Le Choucas enfonce le clou (2001)
Tome 4 - Le Choucas n'en mène pas large (2002)
Tome 5 - Le Choucas met le feu aux poudres (2003)
Tome 6 - Le Choucas gagne à être connu (2004)
Intégrale - 2006

 

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