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Chez Francisque - Tome 3 - Une année vue du zinc

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par - le 26/02/2009

Le monde de la bande dessinée est décidément impitoyable : alors que les éditions Fluide Glacial s'enrichissaient l'an dernier d'un Frank Margerin venu en compagnie de son rocker Lucien, elles se voyaient désertées dans le même temps par la sœur Marie-Thérèse de Maëster et par le duo Lindingre-Larcenet et leurs
piliers de comptoir débiteurs de propos avinés. Ces derniers atterrissent chez Dargaud, qui édite sous la forme d'un Almanach les planches parues dans Fluide en 2008.

Une chose est sûre : Chez Francisque continue de bénéficier d'un format d'édition classieux. Après les grands volumes mous et leur beau papier chez Fluide, c'est sous l'aspect d'un gros bouquin solidement cartonné et doté d'une présentation délibérément vieillotte que cette Année vue du zinc paraît. Un format si agréable qu'on serait prêt à le feuilleter quel qu'en soit le contenu... En l'occurrence, les textes de Lindingre et les dessins signés se défendent forcément bien, mais y a-t-il vraiment de quoi se ruer sur une formule déjà déclinée jusqu'à l'épuisement dans les tomes précédents ? Si le deuxième essayait de varier un peu les sujets, et que celui-ci fait l'effort de s'axer autour des évènements marquants de l'actualité, on retrouve néanmoins dans ces brèves de comptoir la même sempiternelle vision du Français moyen, beauf, raciste et surtout alcoolique, qui en vient à relever elle-même d'une sorte de beauferie facile.

Si les trognes croquées par Larcenet continuent d'amuser, on se demande tout de même dans quelle mesure il ne s'agit pas d'une simple collection de dessins interchangeables, que le dessinateur aurait photocopié à l'usage de son pote scénariste : un gars à casquette, un gars à moustache, etc. Démerde-toi donc avec ça et remplis les bulles au-dessus. Et pourtant, le Lindingre sait dessiner avec ses propres doigts puisqu'il a lui-même œuvré dans le dessin de presse jadis, et que Fluide accueille ses planches de Titine depuis plusieurs années. Une Titine qui passe elle aussi son temps au bistrot, un lieu dont l'auteur donne forcément l'impression de ne pas beaucoup décoller...

Objet agréable dans un coin de salon (il traînera sans doute dans beaucoup d'entre eux grâce aux noms de la couverture, gages de qualité), qui se feuillette sans peine à l'heure de l'apéritif, Une année vue du zinc laisse transparaître une certaine paresse de ses auteurs, qui n'osent ni le dessin de presse engagé ni le gag aux velléités hilarantes. La galerie de pochtrons finit par tourner en rond, avec un discours qui ne va jamais plus loin que « Patron, un petit blanc sec ». Et si on dessaoulait un peu ?

riffhifi riffhifi [6/10]