4/10Bob Morane - Tome 44 - Les berges du temps

/ Critique - écrit par athanagor, le 05/06/2008
Notre verdict : 4/10 - L'emploi du vent (Ecrivez votre critique)

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Pour sa 55e année, le roi des aventuriers pèche en s'acharnant sur les recettes qui firent son succès : nous faire peur avec des tubes à essai et des boîtes de Pétri.

Robert (Bob) Morane voit le jour en 1953, sous la plume du romancier belge Charles-Henri Dewisme, alias Henri Vernes. Que cela soit en roman ou en bande dessinée, il comptabilise à vue de nez plus de 250 histoires originales, sans compter les films et séries télévisées. Mais il est difficile de donner autre chose qu'une estimation quand on n'a pas sa licence de moranologie, discipline récemment créée à l'université de Mons-Hainault.

Champion toutes catégories des aventuriers qui ont la classe, détective du paranormal, Bob Morane s'est souvent foutu sur la gueule avec des monstres interdimensionnels, appelés sur notre bonne vieille planète par des connards de fous furieux prêts à vendre leur technologie démoniaque au plus offrant.

C'est très vite que le personnage de Bob Morane prendra cette habitude de se frotter à des phénomènes paranormaux, à des bestioles étranges et à desEt oui... Bob Morane préfère les chats.
Et oui... Bob Morane préfère les chats.
procédés scientifiques plus que douteux. Eminent témoin d'une époque où la jeune maîtrise de l'atome effrayait énormément un public malgré tout avide d'en savoir plus, ce héros donnait l'occasion d'illustrer les inquiétudes pouvant naître des nouvelles capacités scientifiques, qui sont aujourd'hui banales, mais qui ont pu et peuvent encore coller les miquettes à 100%, comme le principe du clonage. Plus effrayante encore que des hypothétiques extraterrestres, la science qui dérape effraie, quand elle commence à devenir une puissance de création et de destruction incontrôlable.

En plus de ces histoires qui donnaient envie de se coller la tête bien profond dans le sol, les illustrations, dont celles de Vance (XIII), s'attachaient vraiment à figurer les situations de la façon la plus terrifiante possible. Certains font encore des rêves effrayants, peuplés par Les poupées de l'Ombre Jaune, et se réveillent en sueur en appelant leur mère. Les pauvres.

Malheureusement ce héros, comme bien d'autres, n'a pas bien résisté aux assauts du temps et à la communication scientifique de plus en plus tournée vers un public néophyte, et sa présente prestation sent plus la sueur que le sable chaud.

En bref, le professeur Saint-Loup a inventé un appareil trop cool qui dissocie l'espace du temps : le Lycotron. On ne sait pas trop dans quel but car il cherche à le vendre et non à s'en servir pour faire des recherches. Mais ce cas de figure est une constante sans laquelle aucune aventure n'est possible. L'acquéreur n'est autre que le « féroce dictateur du Soudan », Abou-Abou, déjà connu des services de police pour des affaires de dictature antérieures. Curieux comme il est, le gouvernement français envoie Calmos et Drevet, deux soldats d'élite, enquêter sur le centre de recherche du Lycotron. Capturés dans l'exercice de leur fonction, les deux soldats sont portés disparus. Et qui c'est qu'on envoie pour sauver des soldats d'élite ? Et ouais les mecs ! Bob Morane et son pote Bill Ballantine.

C'est à peu près à cet instant que l'histoire s'arrête.

Certes, un peu plus loin Bob et Bill trouvent les deux soldats. Tout le monde est propulsé dans une dimension parallèle, puis une autre et puis ils reviennent et c'est tout. On s'étonnera d'ailleurs que les seuls à revenir de ces dimensions, lors de la destruction du Lycotron, soient les gentils, alors que tous les méchants sont apparemment restés là-bas.

Alors qu'il fut un temps où Vernes nous faisait flipper avec des découvertes Quelle balance ce Bob !
Quelle balance ce Bob !
scientifiques exploitées à des fins néfastes, là il ne s'agit que d'une expérimentation de l'appareil qui donne l'occasion à Bob et ses potes de se faire un bad trip dans la cinquième dimension, puis la sixième, sans que rien ne s'oriente vers un quelconque début de morale ou de philosophie, si ce n'est que c'est très vilain de jouer avec l'espace-temps, message transmis par la mort du savant, victime de sa propre création. Le tout n'est véritablement mis en place pour ne servir qu'un seul but : permettre aux auteurs de donner leurs interprétations de ce que pourraient être des univers en 5 et 6 dimensions et ainsi continuer de jouer les pontes de la BD fantastico-paranormale. Et on assiste bel et bien à un étalage de vues d'artistes sans pouvoir faire autre chose que des « oh ! » et des « ah ! » ou encore des « oh la belle rose ! », car il n'y a rien d'autre à contempler que le choix des couleurs flashy, qui ont de tout temps constitué l'identité graphique du héros.

En soi, la représentation des dimensions est amusante dans un premier temps, puis vite agaçante, tournant comme elle le fait autour du même artifice, à savoir que la cinquième dimensions est définie par la forme pentagonale des faces des cailloux, et la sixième par des cailloux à faces... hexagonales. C'est léger !... On rajoutera par dessus ça une population de cristaux belliqueux qui se nourrissent de calcium (donc de squelettes) et puis on aura vite fait de torcher l'histoire avant de prendre une tisane et zou ! au lit !

Bref Bob Morane ne surprend plus vraiment, ne fait plus peur et n'intéresse que très moyennement, ce qui est bien normal, considéré que son fond de commerce était l'ignorance de la science qui en nourrissait sa crainte, ignorance qui tend de nos jours à disparaître.

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