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7.5/10Niala

/ Critique - écrit par Maixent, le 12/03/2021
Notre verdict : 7.5/10 - Une panthère et un homme (Ecrivez votre critique)

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Faux débats et appropriation culturelle

Si la colonisation est bien entendu une période sombre de l'Histoire, elle a cependant nourri toute une fantasmatique aussi bien dans les arts que dans l'inconscient collectif. Ont ainsi pullulé des oeuvres cinématographiques ou littéraires, du mythe du bon sauvage à la représentation du colon blanc arborant fierement salacot et moustache comme on peut le voir dans Jumanji. S'en suivent d'autres images d'Epinal comme celle du missionaire ou du porteur noir, réalités historiques dérangeantes par le racisme qu'elles véhiculent. La bande dessinée n'est pas exempte de ces représentations, en témoigne le succès international de Tarzan, du Fantôme du Bengale et bien d'autres moins connus qui ont nourri des générations entières de lecteur de fumetti. On ne peut non plus oublier Tintin au Congo, première aventure complète du célèbre reporter du petit vingtième, qui, malgré les récentes critiques, justifiées pour la plupart, s'inscrit pleinement  dans cette vision fantasmée de l'Afrique mystérieuse et a connu le succès qu'on lui connait.


Le ridicule péremptoire des colonialistes

 

Quoi de plus naturel que de rendre hommage à cette littérature tout en en relevant ses défauts dans une bande dessinée contemporaine, se jouant des codes suranés et présentant une héroïne belle et libre dans une jungle luxuriante? N'en déplaisent aux détracteurs qui y ont vu une image avilissante des femmes en général et des femmes noires en particulier dans une société prête à s'indigner de tout, Niala est avant tout une parodie mettant à mal les idées reçues et permettant de dénoncer les travers humains tout en prônant une sexualité libre.

Fait rare malgré des prises de position difficiles et un érotisme frontal dans le dessin et le scénario, les auteurs ne viennent pas de la littérature érotique. En effet, la sexualité s'impose dans Niala pour des raisons évidentes de scénario mais sans aller dans des zones transgressives. C'est le désir qui est ici mis en avant pour des auteurs ayant compris que la sexualité est une réalité et qu'il serait absurde de la nier tout en conservant une facture classique ; Jean-Christophe Deveney ayant fourni des ouvrages tels que Géante ou Les Naufragés de la Méduse tandis que Christian Rossi a pu apparaitre dans la série XIII. Ce n'est donc pas à proprement parlé de la bande dessinée érotique. On est plus proche du pastiche avec des passages humoristiques comme celui de Nathalie la petite hotesse de Joop Van Linden et Jaap de Boer inspiré des aventures de Natacha.
Chercher son animal totem

 

 

 On suit donc Niala, incarnation vivante de l'esprit de la forêt en charge d'initier les jeunes hommes (puis les femmes même si cela n'est pas accepté d'abord mais le plaisir est l'attribu de tous)  des tribus avoisinantes. Elle les guidera ainsi pour qu'ils communiquent pleinement avec leur animal totem. N'étant pas sectaire, Niala prendra soin de tous ceux qui pénétrent dans la forêt :  hordes de bonnes soeurs, missionnaires ou aventuriers... Tous ces "honnêtes" européens tournés en ridicule et engoncés dans leurs certitudes et les convenances. Ainsi, en sept historiettes, on fera le tour de cette jungle luxuriante et imaginaire qui fourmille d'animaux bigarrés et d'une végétation très bien rendue par un dessin tout en clair obscur rappelant les anciens fanzine à la Tarzan car il s'agit véritablement d'un hommage au passé tout en en relevant les défauts moraux ou graphiques.


L'apprentissage de la nouvelle religion

 

Chaque histoire introduisant un nouvel intrus dans la jungle débarquant avec ses clichés et ses certitudes sera pris en main par Niala qui lui montrera une autre voie le débarassant de ce qui l'empêche de vivre pleinement. Plus qu'un jugement sur l'Afrique c'est ici l'ouverture vers une autre philosophie qui est prônée, celle du plaisir. Le tout sur un ton badin, rappelant que nous sommes tous des êtres de chair et qu'il faudrait peut être plus s'inspirer du mode de vie des bonobos et vivre en communion avec la nature et nos idéaux. Un message somme toute simple et positif. Et même si certains clichés sont mis en avant, la finesse des auteurs empêche toute dérive raciste tant il est évident que nous sommes dans la parodie et la dénonciation du colonialisme ou du fanatisme religieux. Le mythe du bon sauvage a été vilipandé par une vision européenne centrée sur elle-même, il n'empêche que débarassé des visoins paternalistes et d'un jugement à l'emporte pièce,  l'idée reste intéressante et que Niala a plus à nous apprendre que ce que l'on pourrait croire.

Niala remplit le contrat, un hommage réussi à une production datée qui, même avec ses nombreux défauts a fait date dans l'histoire. Une oeuvre d'autant plus importante de nos jours rappelant que "le désir est une jungle" (Rudyard Kipling) et qu'il serait temps de nous départir de nos idées reçues pour mieux suivre notre instinct, loin des régles édictées par la société.

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