7/10Le manoir Sheridan - Tome 1 - La porte de Géhenne

/ Critique - écrit par Maixent, le 01/08/2021
Notre verdict : 7/10 - De l'autre côté (Ecrivez votre critique)

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Tags : tome manoir daniel sheridan porte gehenne jacques

Fantastique et horreur

Envisagé comme un diptyque, Le manoir de Sheridan renvoie dans sa conception aux romans fantastiques de la fin du XIXe ou du début XXe. Une période marquée par un engouement raffiné vis à vis des sciences occultes et de l’ésotérisme. Ainsi se dégage de la bande dessinée une ambiance que l’on a pu retrouver chez Maupassant, Balzac, Wilde et bien sûr Poe, tout en y apportant une touche de modernité dans le style et la narration.


Edana

 

Tout commence dans les paysages enneigés du Canada en 1922 quand Daniel se réveille dans une chambre inconnue après que son traîneau ait été englouti dans les eaux d’un lac gelé. Il y fait la connaissance de Mickaï, majordome taciturne au physique titanesque et à l’esprit lent ainsi que du maître des lieux, un aristocrate déchu du nom d’ Angus Mac Mahon. Ce n’est que plus tard après une longue errance dans cet immense manoir isolé et inquiétant qu’il découvrira la présence d’un ultime protagoniste, la belle Edana, nièce d’Angus, plongée dans un profond état de catalepsie.
La porte de Géhenne

 

Si dans un premier temps Angus apparaît comme un hôte attentionné, il se révélera comme un être sournois et pervers, bien décidé à se servir de Daniel pour accomplir son sombre dessein, atteindre l’immortalité à n’importe quel prix. En effet, à l’aide de puissants artefacts comme la porte de Géhenne ou la canine de Lucifer, feu le frère d’Angus avait ouvert un passage vers le monde des ombres, mettant par la même occasion à nu le caractère malfaisant d’Angus. Un lieu peuplé de créatures monstrueuses sorties tout droit d’un cauchemar infernal dans lequel est lancé Daniel contre son gré, mais le danger vient surtout de l’avidité de l’homme comme le sous entend la fin du tome, nous laissant avec un Daniel mortellement blessé.


Des démons

 

A la fois récit d’action et fantastique, Le manoir Sheridan est particulièrement réussi dans l’ambiance qu’il met en avant. Véritable récit horrifique empruntant aux maîtres du genre, on est déjà plongé dans l’angoisse de cette bâtisse avant même l’apparition des démons. Toute la première partie où l’on déambule dans des couloirs trop grands et des pièces trop hautes cernées par un paysage gelé, rappelle au lecteur l’Overlook et cet isolement confinant Jack Torrance à la folie. La deuxième partie est plutôt burtonienne. On y retrouve les bois angoissants de Sleepy Hollow mais peuplés de créatures lovecraftiennes. Ces deux univers, très différents mais suscitant le même malaise, conférent à l’ensemble une certaine cohérence et permet au rythme de ne jamais retomber. On est happé par ce monde angoissant où les éléments s’agencent avec brio avec juste assez de mystères pour donner envie de vite connaître la suite. Qui plus est, le dessin de qualité et la composition des planches alternant plans larges et scènes intimistes, renforcent cette idée.

Sans révolutionner le genre, Le manoir de Sheridan apporte sa pierre au récit d’horreur avec beaucoup de qualités. Un récit très prenant et un travail maîtrisé de bout en bout.

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