Grand Angle : La ballade de Dusty, Nos embellies, Verdun T3

/ Critique - écrit par plienard, le 11/04/2018

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On se demande si on aura, un jour, l'occasion de ne pas être content d'une BD chez Grand Angle. Ce ne sera pas pour cette fois. On va donc continuer à en lire ...

La Ballade de Dusty - Tome 1 : Bertha wagon à bestiaux - note : 7/10

Dusty est une jeune fille qui vit dans l'Amérique de la Grande Dépression. Nous sommes dans les années 1930 et son père est parti à Washington demander des comptes au Président. Cela fait maintenant dix mois qu'il est parti et six mois qu'il ne donne plus de nouvelles. La maison a été reprise  par les huissiers et la famille est obligée de vivre chez les voisins. Son père doit absolument revenir. Et Dusty va se charger de le ramener. Elle se lance alors sur la route. Mais pour commencer, Washington, c'est à gauche ou à droite ?


© Grand Angle 2018.

 Aurélien Ducoudray est le scénariste de cette sympathique histoire aux éditions Grand Angle et qui lorgne sur l'Amérique des années 1930 racontées par Steinbeck dans les Raisins de la colère mais avec un côté plus drôle et sans doute plus léger. De nombreuses icônes, réelles ou fictives, de cette période sont d'ailleurs reprises et feront une apparition dans ce premier tome. Dans le désordre, on pourra citer Bonnie and Clyde avec un sympathique clin d'œil à la chanson de Gainsbourg, Tom Joad le héros des Raisins de la colère, les artistes du cirque du film Freaks, la photographe Dorothea Lange et sa photo de Mona Lisa des années 30. Mais aussi le mythe du Hobo, ce vagabond made in América, qui voyage par train, vit de la manche et de petits boulots avec notamment le personnage de Beany, un unijambiste à peine plus vieux que Dusty, ou Bertha "Wagon à bestiaux" une colossale bonne femme reine des hobos inspirée du personnage du roman de Bertha Thompson.

Pour mettre en image le road trip de cette jeune fille, c'est Gilles Aris qui s'y colle. Le dessinateur avait délaissé la BD depuis 2011 pour se lancer dans l'animation au studio Ankama. Il revient ici pour un album parfaitement maîtrisé.

L'époque traitée pourrait faire craindre une histoire misérabiliste, mais Aurélien Ducoudray qui a signé la récente reprise de Bob Morane aux éditions du Lombard, propose plutôt une histoire drôle, faite de péripéties et d'émotion, aidé en cela par le dessin de Gilles Aris. Une vision de la lutte des classes qui n'est pas sans rappeler la version dessin animé (pour les quarantenaires) de Tom Sawyer et son ami Huckleberry Finn . Deux personnages qui devraient d'ailleurs faire leur apparition dans le deuxième et dernier tome prévu dès juin 2018.

 

Nos Embellies - note : 8,5/10

Lily est une jeune photographe qui vient d'apprendre une incroyable nouvelle : elle est enceinte ! Un événement pas forcément attendu ni préparé. Est-elle prête ? Et comment annoncer cela à son compagnon Félix ? Il vient de décrocher un contrat pour faire un disque avec son groupe de musique et une tournée d'un an en Amérique. Et il y a Balthazar, le petit neveu de Félix, qui arrive du Canada, traumatisé par le divorce de ses parents et dont Lily va devoir s'occuper seule pendant une semaine.


© Grand Angle 2018.

 Avant de dire ce que l'on pense de l'histoire, on a envie de crier …. notre admiration pour le dessin de Marie Duvoisin. Il est fin, élégant, d'une précision incroyable. Les proportions sont impeccables. On reste scotché devant la perfection de certaines cases. Bref, c'est beau.

Côté scénario, Gwénola Morizur démarre avec une histoire de grossesse inattendue. Et c'est le questionnement habituel : comment je lui dis ? Est-ce que je le garde ? Ça c'est pour faire mon grincheux, car très vite, on balaie cet apriori. Lily semble bien trop bouleversée. Elle respire la simplicité et la gentillesse. On aimerait comprendre son désarroi, ce qu'elle cache. Et puis il y a l'arrivée de Balthazar. Le problème de Lily devient presque secondaire tant le gamin est émouvant. Et les voilà qui partent à la montagne, embarquent un auto-stoppeur inconnu et atterrissent dans une chambre d'hôte en Auvergne chez un grand-père dont on aimerait qu'il soit le notre tellement il incarne la gentillesse. On est loin de la caricature bourrue du vieux fermier. Si ils sont tous comme cela en Auvergne, j'y vais de ce pas !

Bon, ça respire les bons sentiments, mais qu'est-ce que ça fait du bien. Le dessin de Marie Duvoisin est idéal pour ce genre d'histoire. Ce n'est jamais larmoyant. Les sujets sont nombreux sur les rapports humains, la confiance en soi, l'héritage familial ou encore l'exclusion ou le rejet des différences. Des moments émouvants parsèment l'album.

C'est parfait. Je me demande encore pourquoi je ne lui ai mis que 8,5 ?

 

Verdun - Tome 3 : Les fusillés de Fleury - note : 8/10

C'était il y a un siècle et la grande guerre arrivait enfin à son terme. Encore six mois de combat avant l'armistice. Depuis, quatre ans, bon nombre de séries ont vu le jour sur cette période tragique pour l'Europe, et la France en particulier. Parmi celles-ci, Verdun, aux éditions Grand Angle revient sur des épisodes réels et marquants. Ici, dans le troisième tome, il est question des fusillés de Fleury, un épisode peu glorieux pour l'armée française, et surtout son état-major !


© Grand Angle 2018.

 Fernande Herduin est la femme du sous-lieutenant Gustave Herduin qui est passé au peloton d'exécution pour avoir désobéi aux ordres et lâché la position. Un acte grave si on s'en tient au rapport de l'état-major. Sauf que la réalité est légèrement différente. Et Fernande entend bien rétablir l'honneur bafoué de son mari. Mais comment casser un jugement lorsqu'il n'y a pas eu de procès ? Un long parcours judiciaire s'annonce mais elle trouvera l'aide inattendue d'un avocat, communiste et député qui plus est.

Un récit de Jean-Yves Le Naour, mis en scène par Marko et dessiné par Inaki Holgado. Ce trio offre un album prenant, émouvant, qui parvient à donner du suspens dans le parcours difficile de la recherche de la justice. Les ruses de l'avocat pour obtenir un procès sont clairement expliquées et les retours en arrières dans les évènements apportent la justification du combat  de Fernande et aussi sa part d'émotion. L'album revient sur l'épisode des soldats fusillés de la grande guerre pour l'exemple et des mensonges de l'état-major pour cacher, disons le clairement, des meurtres.

 


Les couvertures des 3 albums  - © Grand Angle 2018.

 

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