8.5/10Atar Gull, ou le destin d'un esclave modèle

/ Critique - écrit par riffhifi, le 04/11/2011
Notre verdict : 8.5/10 - Quoi, mon Gull ? Qu’est-ce qu’il a mon Gull ? (Ecrivez votre critique)

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Le scénariste Fabien Nury et le dessinateur Brüno font équipe pour adapter un roman méconnu d’Eugène Sue. Forcément, c’est du bon.

Eugène Sue est connu essentiellement pour ses romans Les Mystères de Paris (adapté une dizaine de fois à l’écran, tout de même !) et Le Juif Errant. Mais c’est une de ses toutes premières œuvres qui est adaptée ici, un roman maritime écrit en 1831 dans la foulée de Kernok le pirate, et fiévreusement dédié à Fenimore Cooper, l’auteur du Dernier des Mohicans. Les responsables de ce déterrage de bouquin ? Le scénariste Fabien Nury (Je suis Légion, W.E.S.T., Il était une fois en France) et le dessinateur Brüno (Nemo, Biotope, Commando colonial, Junk), qui représentent chacun 62761.jpgle gratin de leur discipline.

Le capitaine Benoît, bourgeois replet gratifié d’une famille modèle, s’en va faire du commerce en Afrique. La marchandise ? Des esclaves piochés dans la tribu des petits Namaquas, opportunément capturés par leurs ennemis séculaires, les grands namaquas. Parmi eux, le jeune chef Atar-Gull est un solide gaillard, dont la soumission apparente masque une volonté de fer, et un serment fait dans son enfance : il ne pleurera jamais.

D’un roman divisé en six parties, Nury tire un album en deux grands chapitres, respectivement titrés La traversée et La plantation. Cette épuration, que l’on ne qualifiera pas de simplification, trouve écho dans le dessin toujours nickel de Brüno : pas un trait en trop, pas de fioriture inutile. Chaque réplique, chaque dessin est soigneusement pesé, et les couleurs de Laurence Croix (partenaire régulière de Brüno) participent activement à l’efficacité de l’ensemble. Une approche qui reflète l’attitude du personnage principal : Atar-Gull est muré dans un mutisme fier, presque arrogant, et ne laisse rien filtrer de ses sentiments. Il repousse sans cesse le moment de montrer sa haine, sa colère, et préfère ruser… au risque de devenir pire que ses bourreaux. Abordant sans lourdeur la question du racisme (en évitant habilement la bourde qui consiste à porter un regard trop contemporain sur des personnages du XIXème siècle), Nury et Brüno donnent à voir un poignant drame humain, où se croisent plusieurs personnages meurtris, imparfaits, souvent trop sûrs de leurs actions et de leurs droits.

Brulart le pirate opiomane, Tom Will le planteur soi-disant humaniste, tous s’inclinent devant la force de caractère d’Atar Gull, un roi déchu, meurtri, qui n’est pas sans rappeler Ben-Hur : prince ravalé au rang de bête, puis "promu" au grade d’esclave de luxe. Avec une revanche dans un coin du cerveau… Une excellente BD, aussi agréable à l’œil que génératrice d’émotions, et qui incite du même coup à traquer le roman d’origine, injustement oublié.

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