Le film d'horreur est un genre quasi constant au cinéma. Enfant du film criminel et du film fantastique, le film d'horreur émerge dans les années cinquante pour ne plus quitter le grand écran, malgré quelques fluctuations. On dit le neuvième art très proche du septième. On s'en rend compte lorsque l'on compare les thèmes abordés. Certains genres sont toutefois plus exploités en BD qu'au cinéma. Les BD héroïc fantasy pullulent alors que les sorties ciné dans cet esprit sont rares. Inversement, le cinéma exploite beaucoup l'horreur, alors que la BD n'y met que rarement les pieds.
Un exercice difficile et périlleux

Angel Fire est l'une de ces très rares bandes dessinées à investir le domaine et à se jouer des codes cinématographiques de l'épouvante. L'histoire est celle de John, qui, après la mort suspecte de sa femme, hérite d'une propriété familiale lugubre sur une île au fin fond de la brumeuse Ecosse. On a à plusieurs moments l'impression de parcourir le story board du dernier slasher ou d'assister à l'énumération des principales caractéristiques du film de genre. La mécanique du film d'horreur s'articule autant au travers du son que de l'image. La terreur est souvent provoquée par ce qui s'anime, par ce que l'on entend mais qu'on ne voit pas. Impossible de recréer cette ambiance dans une bande dessinée, le lecteur étant son propre bruiteur. Seuls quelques grands maîtres sont parvenus à dominer les ambiances et à créer un univers terrifiant, ce fut le cas de Didier Comès avec Silence. Souvent, ces auteurs, pour générer l'angoisse, ne réutilisent pas les ressorts cinématographiques, impossibles à transposer sur une planche avec efficacité. Blythe et Parkhouse tombent dans ce travers.
La BD comme un film
Angel fire tente de communiquer comme un film, ce qui occasionne un bon nombre de ratés. Les auteurs utilisent par exemple le scaredy cat, ce procédé qui consiste à insérer dans les arrières plans des apparitions fantomatiques furtives (The Grudge, The Descent). La terreur qu'ont voulu installer les auteurs d'Angel Fire est essentiellement sonore : bruits de pas, rires terrifiants, présences mystiques. Des bruits qu'ils n'ont pu transmettre autrement que par l'écrit. Vous devinez bien que la peur générée par l'album est limitée. De plus, au cinéma, le rythme du récit est imposé. Le spectateur subit l'enchaînement des images, en bande dessinée, il en est le maître. Encore une caractéristique qui handicape la bande dessinée en tant que tel par rapport au cinéma sur le registre de l'épouvante.
Cas concret

La page quarante-huit de l'album illustre bien la façon dont les auteurs communiquent avec des codes cinématographiques transposés. Sur cette page, le personnage principal marche dans une rue, en arrière plan d'une tablette suspendue annonçant le nom d'un café. Au fur et à mesure que le héros s'avance, la tablette, à la base floutée, s'éclaircit et se laisse finalement lire. Le but de cet effet est de générer le suspense, la surprise puis l'effroi à la découverte du nom du bar. Cet effet cinématographique tombe complètement à l'eau ainsi transposé de manière directe en BD. Passons sur la qualité douteuse de l'effet expédié sous Photoshop, jurant avec le reste de la vignette. Le réflexe d'un lecteur est de parcourir l'ensemble d'une planche de gauche à droite. Dans le cas de la page quarante huit de l'album, le lecteur est d'abord happé par le haut des vignettes et comprend en un quart de seconde l'effet de flou qui s'estompe. Il néglige ensuite du regard le personnage s'avançant en dessous. Et cette planche n'est qu'un exemple de transposition ratée. L'album en comporte de nombreux autres.
Rattrapé par le dessin ?
Pour ce qui est du dessin, les planches sont structurées à la manière des comics. Le trait est approximatif, on relève des erreurs de perspective (vignette 1 page 68) et des maladresses anatomiques (page 29). La coloration informatisée est assez fade et certains effets jurent très nettement avec les contours et intérieurs encrés. On relève tout de même des qualités. Les dialogues sont d'un bon niveau, l'histoire est assez facile à lire et l'on apprécie quelques bonnes plaisanteries.
L'impression est plus que mitigée sur cet album qui se contente de transposer un cinéma d'horreur en BD avec trop de simplisme et de linéarité. Cela suffira peut être aux amateurs d'épouvante peu exigeants.
iscarioth []

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