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6.5/10Sans un mot...

/ Critique - écrit par Maixent, le 23/12/2022
Notre verdict : 6.5/10 - Silence (Ecrivez votre critique)

Tags : sans coben harlan auteur lecture netflix livres

La magie de l'image

Une bande dessinée sans paroles (ou presque) est un exercice périlleux mais beaucoup s’y sont essayés dans différents registres. On pourrait citer des grands noms du huitième art comme Chabouté, Cyril Pedrosa, Bastien Vivès ou encore Jiro Taniguchi qui nous ont proposé de grands albums, marquants par leur qualité graphique et la poésie qui se dégage de ce silence construit en creux d’un dessin qui se suffit à lui même. Mais c’est le plus souvent dans le cadre de l’humour, pour des strips courts, que l’on peut se passer de phylactères, en témoigne l’excellent Dickie de Pieter de Poortere, le comique de situation aidant. Il est plutôt cohérent d’appliquer cette formule à la bande dessinée érotique, visuelle par nature, dans une tentative de focaliser le lecteur sur l’essentiel avec seul le brouhaha des corps qui exultent.


Home invasion

 

Jerrert au scénario et Elena Ominetti au dessin s’essayent donc à l’exercice dans une compilation de quatre histoires d’une dizaine de pages chacune. On pourrait tiquer sur la nécessité d’un scénariste mais ce serait oublier que l’absence de dialogues ne signifie pas absence de cohérence et de schéma narratif construit. Toutes les historiettes de l’album prennent ici en compte une thématique et proposent une construction menant à une fin plus ou moins inattendue.
Piano bar

 

Dans la première, on entre de plein pied dans une intimité perverse, les rôles s’inversant pour un voleur surpris par la maîtresse des lieux et puni pour son plus grand plaisir. Nous irons ensuite dans un night club très jazzy qui devient intensément érotique au point de finir en orgie au son lancinant du piano bar. Seul celui perdu dans la contemplation de son téléphone portable restera en dehors de cette frénésie incontrôlable, apprenant à ses dépends qu’il vaut souvent mieux être concentré sur le présent. Ce que fait d’ailleurs très bien sa compagne… Le troisième volet est une rencontre impromptue due à une erreur de bagage à l’aéroport pour finir dans l’ambiance tamisée d’une chambre d’hôtel. Enfin, on se retrouvera dans la bibliothèque d’un campus universitaire où une jeune punk adepte du porno découvrira que parfois la fiction peut devenir réalité entre les étagères de livres.


A la bibliothèque

 

Dans tous les cas, les auteurs jouent particulièrement sur l’ambiance, notamment grâce à une palette contrastée. Au vert de la bibliothèque répond le rose des cheveux, des corps et de certains éléments mettant l’accent sur les parties érotiques. Un travail essentiel également sur les détails, les regards et la composition des cases pour donner à l’ensemble un aspect dynamique. Les auteurs se servent de tous les outils non textuels à leur disposition avec assez de technicité pour que l’on ne s’ennuie pas et que l’on puisse suivre la narration. En ce sens l’exercice est plutôt réussi. D’autant que l’accent est mis sur les expressions des visages grâce à un dessin de qualité qui manque parfois de profondeur sans perdre en efficacité. Cela donne des planches très riches où l’œil se perd un peu, s’arrêtant sur un point précis pour revenir ensuite à une lecture globale, enrichissant des pages où l’on s’arrête malgré tout. Car c’est aussi le point négatif des albums sans textes, la vitesse à laquelle on parcourt l’album, et qui procure un sentiment de frustration.

Techniquement de qualité, Sans un mot… a cependant les défauts de son style. Le muet offre une certaine poésie et permet de mieux se focaliser sur le dessin, cependant on a tendance à survoler l’album et à négliger la narration parfois pénible à suivre par manque de guide. Un exercice de style réussit, certes, mais ça reste un exercice.