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Bande dessinée Critique
L’Odyssée - Tome 1 - Ulysse

L'odyssée - Tome 1 - Ulysse

Notre note : 3,75/5

Nolan peut trembler, Ulysse a déjà raté son bateau

Votre note pour L’Odyssée - Tome 1 - Ulysse :

Alors que Christopher Nolan fait actuellement voguer son Odyssée sur les écrans, Bamboo embarque à son tour pour Ithaque avec une adaptation en bande dessinée du récit d’Homère. Maxe L’Hermenier et Thomas Labourot s’attaquent à un monument de la littérature antique avec une mission aussi périlleuse que le retour d’Ulysse : rendre l’épopée accessible sans perdre le lecteur en route. Pari réussi ? Globalement oui, même si le voyage file parfois un peu trop vite.

Il fallait oser. Pour inaugurer Nootilus, sa nouvelle collection consacrée à l’adaptation des grands classiques de la littérature, Bamboo choisit tout simplement L’Odyssée. Pas vraiment le petit roman de plage que l’on glisse dans son sac avant de partir en vacances. Et le hasard fait plutôt bien les choses : au même moment, Ulysse est également de retour dans les salles obscures sous la caméra de Christopher Nolan. Autant dire que le héros grec bénéficie d’une sacrée campagne de communication. Même après presque trois millénaires, le bonhomme n’a toujours pas fini de voyager.


© Bamboo - Nootilus 2026.

Mais là où Nolan dispose de plusieurs heures et d’un écran géant pour déployer son épopée, Maxe L’Hermenier doit condenser l’œuvre d’Homère en deux albums. Une contrainte forcément lourde pour une histoire qui accumule les rencontres, les monstres, les dieux susceptibles, les tempêtes et les détours en tout genre. 

Le principe est connu : la guerre de Troie est terminée et Ulysse n’a plus qu’une idée en tête, rentrer chez lui. Simple ? Absolument pas. Entre les interventions divines, les îles mystérieuses, les créatures mythologiques et les petites contrariétés maritimes, le trajet vers Ithaque ressemble rapidement à une succession de mauvaises décisions touristiques.


© Bamboo - Nootilus 2026.

L’adaptation suit les grandes étapes du périple et ne cherche pas à réinventer le récit. L’objectif est clairement de raconter L’Odyssée de manière fluide et accessible, notamment pour un lectorat jeune. Le pari fonctionne, car l’essentiel de l’intrigue reste parfaitement compréhensible.


© Bamboo - Nootilus 2026.

Ulysse quitte une île, en découvre une autre, rencontre un monstre, échappe à un dieu, repart… et hop, étape suivante. Si on retrouve bien les moments emblématiques du récit, certains épisodes auraient mérité de s’installer davantage. L’île des Lotophages, le Cyclope ou encore Circé sont là, mais l’enchaînement donne parfois l’impression d’une compilation des « meilleures escales d’Ulysse ». Tout est présent, mais tout passe très vite.La condensation de l’œuvre sur deux albums entraîne forcément des raccourcis et une succession d’étapes parfois dépourvues de véritables transitions. Pour un lecteur connaissant déjà le poème d’Homère (si, si, il y en a !!), cela peut donner une sensation de résumé illustré. Pour un jeune lecteur découvrant l’histoire, en revanche, l’approche possède un avantage évident : elle ne l’abandonne jamais au milieu du labyrinthe mythologique.


© Bamboo - Nootilus 2026.
Le travail de Thomas Labourot vient faire oublier ces petites accélérations narratives. 
Son dessin apporte une véritable dimension spectaculaire au récit. Les personnages sont expressifs, les créatures mythologiques ont de la gueule et les différentes divinités bénéficient de designs suffisamment marqués pour éviter la traditionnelle procession de barbus en toge. La mise en couleurs, assurée par Labourot avec Luc Perdriset et Anne-Lise Sauvêtre, participe également à cette volonté de rendre l’épopée immédiatement lisible. Certaines représentations, notamment celles de personnages comme Leucothoé, Circé ou Éole, apportent même une touche graphique assez moderne à cette histoire antique.

Cette BD propose plutôt une porte d’entrée vers l’œuvre originale. Une sorte de « viens, je vais te raconter l’histoire d’Ulysse sans te demander de commencer par trois années d’études de grec ancien ».

Cette première partie de L’Odyssée est donc une adaptation efficace, spectaculaire et accessible, même si elle souffre parfois d’un sérieux problème de vitesse. À force de vouloir faire rentrer autant d’aventures dans un espace limité, l’album sacrifie un peu de la respiration qui fait justement le charme du voyage d’Ulysse. Mais l’essentiel est là : les monstres, les dieux, les tempêtes, la ruse, l’aventure et surtout cette obsession du retour à la maison.

On referme l’album avec une envie assez simple : connaître la suite. Et pour une adaptation d’un classique vieux de près de 3 000 ans, c’est finalement plutôt bon signe.

Nolan a son écran géant, Homère son poème, Bamboo a sa BD. Et Ulysse, lui, n’est toujours pas arrivé à Ithaque.

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