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8/10Judith et Holopherne

/ Critique - écrit par Maixent, le 24/04/2022
Notre verdict : 8/10 - Transsubstantiation (Ecrivez votre critique)

Tags : judith holopherne caravage art musee gentileschi artemisia

Erotisme biblique

Quand on pense bande dessinée érotique, on n’associe pas vraiment le genre avec la Bible. On a pu trouver des adaptations de textes anciens comme Les Mille et Une Nuit, ou une version d’Achille, le légendaire héros de la mythologie grecque dans une déclinaison centrée sur l’érotisme, mais se servir de récits bibliques est pus ardu. Même si Robert Crumb a proposé une version en bande dessinée de La Genèse, celle-ci reste canonique malgré la réputation sulfureuse de l’auteur. Il n’en est pas de même pour Riverstone dont la présente édition présente deux histoires tirées certes de La Genèse ou du Livre de Judith, mais où la part belle est faite à la luxure.


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Dans un premier temps, on retrouvera Judith et Holopherne. Récit historique généralement considéré comme une fiction, il raconte que l’empereur Babylonien Nabuchodonosor aurait envoyé son général Holopherne en campagne de conquête vers l’Ouest, répandant terreur et pillage sur son passage et détruisant les sanctuaires locaux. Arrivé près de Bethulia, ville d’Israël, le siège s’organise. Alors que les habitants perdent peu à peu la foi en leur Dieu, Judith, accompagnée de sa seule servante, va se rendre chez son ennemi pour sauver son peuple, portée par ses convictions. Elle ramènera la tête d’Holopherne ce qui permettra la victoire des siens. Un motif qui sera repris de maintes fois dans la peinture et notamment dans la Renaissance italienne, que ce soit par Botticelli, Mantegna ou encore Titien.

Le second récit met en scène Thamara et Juda, que l’on retrouve dans la Genèse, au chapitre 38. Une histoire sous forme de parabole de laquelle on peut tirer plusieurs enseignements et morales mettant en scène Tamar. Épouse et veuve tour à tour des deux premiers fils de Juda (pas celui qu a trahit le Christ, on est quelques siècles auparavant), Er et Onan, elle demeure sans enfants et est censée épouser le troisième fils, Sehla. Or, Juda, par crainte que ce soit à cause d’une malédiction qu’il ait perdu ses deux premiers enfants, refuse d’honorer sa promesse. En femme bafouée, Tamar va alors user d’un subterfuge pour s’unir à Juda, devenant prostituée biblique, son acte moralement répréhensible fait cependant de Tamar l’objet de la rédemption de Juda en lui donnant deux fils qui ne seront autres que les ancêtres du roi David, figure importante de la Bible mais aussi du Coran .
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Dans le monde de la bande dessinée, si Robert Crumb a repris l’épisode de Judith et Holophene dans sa Genèse, c’est Chester Brown, autre représentant de la bande dessinée indépendante qui a adapté l’épisode de Tamar dans son ouvrage, Marie pleurait sur les pieds de Jésus.

On retrouve ici le trait caractéristique de Riverstone avec ses héroïnes au teint de porcelaine, aux seins lourds et aux hanches larges, capables de se contorsionner dans les poses les plus improbables , mêlant dans le dessin une esthétique étrange et facilement reconnaissable, comme une fusion de Métal Hurlant et de Goya. Ce souci du détail, amalgamant la beauté lisse et le monstrueux font des planches de Riverstone des œuvres uniques. Celles montrant par exemple Judith et sa servante Esther, au prise avec l’armée d’Holopherne, sont d’une violence inouïe où les hommes ne sont plus que des bêtes. De cette violence naît la beauté des corps qui exultent, des sacrifices nécessaires à la construction d’une civilisation. La technique de dessin est donc exceptionnelle avec un réelle souci du détail, notamment dans les fluides et un trait de peintre plus que de graphiste qui sert parfaitement le scénario. On se souviendra de cette échec lorsqu’il avait tenté le passage au tout numérique pour Ruines, donnant naissance à une aberration graphique. De même que les dialogues un peu ampoulés et vides de sens dans une pseudo mystique se perdaient un peu, portent ici parfaitement le message en trouvant le ton juste entre crudité pornographique et paroles bibliques.

Riverstone réussit ici un exercice difficile qui mérite cette réédition dans une belle collection, comme c’était déjà le cas pour Nagarya précédemment. On y retrouve ces femmes puissantes qu’affectionne l’auteur dans une transgression biblique respectueuse et qualitative. Des récits qui ont su traverser les siècles et acquièrent ici une dimension érotique qui de sous-jacente devient proéminente.