Jian - Tome 2 - La peau de l'ours
Attention, ours méchant !
Jian - Tome 2 - La peau de l'ours figure parmi nos BD les mieux notées.
Après un premier tome qui mélangeait habilement Antiquité, aventure et folklore pyrénéen, Jian revient avec La peau de l’ours. Cette fois, le jeune Hun et son père Attius se retrouvent embarqués dans une chasse au monstre aux côtés d’un mercenaire carthaginois. Mais chez les Maffre, les créatures ne sont pas forcément les plus inquiétantes. Et lorsque la violence devient le seul langage commun, la chasse tourne rapidement au cauchemar.
Avec Jian, les frères Maffre avaient pris un malin plaisir à mélanger les genres. Un peu de péplum, une pincée de récit de sabre, de la mythologie pyrénéenne et deux héros qui n’ont franchement rien d’un tandem classique. Le premier tome, Ceux de la montagne, avait posé les bases d’un univers aussi étrange qu’intrigant.
Avec ce deuxième tome, les frères Maffre enrichissent leur recette, rendant ce deuxième épisode encore plus intéressant.
Attius est mal en point. Pour payer les soins nécessaires à son père, Jian accepte de s’associer à Ghilas, un chasseur carthaginois qui lui propose une affaire apparemment simple : traquer une créature mythique connue sous le nom de Jean de l’Ours. Mais ce qui s'annonçait des plus simples va vite se révéler compliqué. Parce qu’un chasseur brutal, une créature légendaire et Jian dans la même forêt, cela fait rarement un bon mélange.
Très rapidement, l’album déplace son intérêt. La question n’est plus vraiment de savoir si Jean de l’Ours existe ou s’il représente une menace. La véritable menace vient progressivement de ceux qui prétendent vouloir le tuer. Et c’est là que les Maffre jouent une carte plutôt efficace : le monstre devient presque secondaire.
Alors que le premier tome reposait beaucoup sur la relation entre Jian et Attius, le deuxième tome introduit le personnage de Ghilas qui vient perturber cet équilibre. Un personnage qui est tout sauf sympathique.bLe chasseur carthaginois possède cette brutalité froide qui met immédiatement mal à l’aise. Il ne discute pas vraiment. Il impose. Il tue. Il avance. Et si quelqu’un se met sur son chemin, tant pis pour lui. Cette association donne évidemment lieu à quelques belles étincelles avec Jian, emmenant les personnages à prendre des décisions qui les mène à un point de non-retour.
Le premier tome nous avait surtout présenté Jian comme un jeune homme mystérieux, partagé entre plusieurs origines et accompagné d’un père dont l’histoire restait largement à découvrir. Ce deuxième album commence à faire tomber quelques morceaux du masque. Si Jian reste énigmatique, ses choix permettent de mieux comprendre sa personnalité. Il n’est pas simplement le héros courageux qui fonce quand le danger arrive. Il doute, observe, hésite parfois. Et surtout, son rapport à Attius prend une dimension plus intéressante. Le père et le fils sont liés par quelque chose qui dépasse largement les liens du sang. Attius est affaibli, Jian doit désormais prendre davantage de décisions et cette inversion progressive des rôles donne au récit une vraie tension émotionnelle.
Avec cette série, les Maffre ne cherchent pas à créer une fantasy classique. Le fantastique est présent, mais reste intimement lié à l’environnement historique. Jean de l’Ours s’inscrit dans un imaginaire ancien, celui des légendes et des récits transmis de génération en génération. Cela permet à la série de conserver cette ambiance particulière initiée par le premier album où l’on ne sait jamais très bien si l’on est face à un phénomène surnaturel ou à une histoire amplifiée par les hommes. Cette ambiguïté fonctionne et permet surtout aux auteurs de ne pas transformer leur créature en simple boss de fin de niveau.
Au dessin, Ludovica Ceregatti confirme les qualités entrevues dans le premier album. Son trait accompagne parfaitement cette Antiquité sauvage et rugueuse. Les personnages ont de la présence, les scènes d’affrontement sont lisibles et les paysages donnent à l’ensemble une vraie ampleur. Mais c’est surtout dans les scènes de violence que son travail fonctionne particulièrement bien. Pas besoin d’en faire des tonnes : un regard, une posture, une silhouette qui apparaît dans un décor suffisent parfois à créer la tension. Et les décors montagneux contribuent largement à cette impression d’isolement. Les personnages sont littéralement coincés avec leurs propres choix.
Avec ses 72 pages, La peau de l’ours dispose d’un espace narratif plus confortable qu’un album classique. Et cela se ressent. Les auteurs prennent le temps d’installer l’ambiance, de faire évoluer les relations entre les personnages et de développer leur intrigue. Tout n’est pas résolu — heureusement — et certaines questions restent volontairement ouvertes. C’est à la fois la force et la petite frustration de ce tome.
On aimerait parfois que certaines révélations arrivent plus vite. Mais en même temps, cette frustration signifie que la série commence à construire un véritable univers plutôt qu’à enchaîner des aventures indépendantes.
Jian n’est ni une BD historique pure, ni une fantasy traditionnelle, ni une aventure de sabre, ni un récit horrifique. C’est un peu tout cela à la fois. Et La peau de l’ours pousse encore davantage le curseur vers la noirceur. L’aventure est toujours là. L’action aussi. Mais les personnages deviennent plus ambigus et les frontières entre humains et monstres commencent sérieusement à se brouiller.
Avec La peau de l’ours, Jian confirme les promesses de son premier tome et commence surtout à montrer ce qu’elle pourrait devenir. L’univers gagne en profondeur, Jian s’affirme, Attius reste intriguant et l’arrivée de Ghilas apporte une dose bienvenue de brutalité. Un deuxième tome plus sombre, plus violent et plus ambitieux. Et surtout, une série qui commence à avoir quelque chose à raconter.








