Zéphyr : Ghost squadron T1, Rhino T1, Buck Danny classic T3, Les ailes du temps T3

/ Critique - écrit par plienard, le 10/03/2026

Ghost squadron – Tome 1 : L’atoll maudit – note : 7.5/10

Ghost squadron est la nouvelle série de Patrice Buendia et de Damien Andrieu pour le label Zéphyr des éditions Dupuis. Après la double série L’aigle à 2 têtes, ils reviennent avec un récit qui est un savant mélange de vintage et de modernité avec des clins d’œil aux « auteurs de l’âge d’or de la BD franco-belge ... dans le tramage et certains effets graphiques », aux auteurs américains comme Milton Caniff ou Alex Toth, ou encore dans le comics moderne.


© Dupuis-Zéphyr BD 2025.

 

Fletcher Williams se la coule douce dans le Pacifique. Mais un déserteur de l’armée américaine n’est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise. Et pour lui, elle se nomme capitaine Moorhead qui va l’obliger à chercher un milliardaire mystérieusement disparu dans une zone maritime que les pêcheurs locaux évitent à tout prix. De mystérieux phénomènes s’y déroulent …

Comme toute bonne série du label Zéphyr, les avions son bien présents avec un sacré panel de warbirds de la seconde guerre mondiale qui sont comme une représentation mécanique de la personnalité des membres composants l’escadrille fantôme.

Une série qui veut plaire au plus large public possible mélangeant belle mécanique volante et personnages hauts en couleurs.

 

Rhino – Tome 1 : Pervitine – note : 7,5/10

Le premier tome de Rhino est une bande dessinée de 48 pages signée par le scénariste Yann et le dessinateur Julien Camp. Elle s’inscrit dans le genre historique / psychologique, offrant une vision originale de la Seconde Guerre mondiale à travers le destin de deux frères pilotes allemands.


© Dupuis-Zéphyr BD 2026.

 

L’intrigue propose un parallèle entre Ludwig, un pilote admiré de tous mais aux prises avec des choix personnels douloureux, et son frère Reinhold, plus fragile physiquement mais rapidement porté aux honneurs des combats du front de l’Est. Ce dernier s’en remet à la pervitine — stimulant utilisé par certains combattants pour tenir l’épuisement — et sombre peu à peu dans une réalité altérée, hantée par des hallucinations et des visions inquiétantes.

L’album ne se contente pas de raconter la guerre : il explore la folie, la dépendance, la brutalité des combats et l’effet des drogues et du stress permanent.

Rhino aurait pu être un récit de guerre classique mais le scénariste Yann a la volonté de plonger dans la psyché du protagoniste. Plutôt que de privilégier une chronologie des batailles, il s’attache à restituer l’expérience émotionnelle et mentale de Reinhold : la perte de repères, la confusion entre souvenirs et hallucinations, et la lente désintégration de sa santé mentale, déjà fragilisée par le manque de reconnaissance paternelle.

Cette approche donne une dimension humaniste et tragique à l’album, en montrant comment la guerre peut briser une personne bien plus sûrement que n’importe quel obus. L’usage de la pervitine, loin d’être anecdotique, devient le vecteur d’une transformation psychologique inquiétante, creusant un fossé entre réalité et illusion.

Le trait de Julien Camp s’avère être un des points forts de l’album. Déjà reconnu pour son travail sur des séries comme Eagle, l’aigle à deux têtes, Camp sait restituer le réalisme des avions, des combats aériens et du matériel militaire.

Les scènes de combat se lisent avec une grande clarté graphique, où le dynamisme et la précision technique servent parfaitement l’action.

Les moments introspectifs, plus oniriques, exploitent une composition différente et parfois symbolique, ce qui renforce l’effet des hallucinations vécues par Reinhold.

Le choix des couleurs contribue également à cette atmosphère troublante : des palettes souvent sombres ou contrastées, qui soulignent l’épuisement, le froid, la boue des cieux de guerre ou les éclairs de lucidité mentale.

Beaucoup d’œuvres se concentrent sur les stratégies ou les héros connus de la Seconde Guerre mondiale. Rhino choisit une perspective originale sur un thème déjà vu avec un angle plus introspectif et psychologique, centré sur l’aliénation progressive d’un homme au coeur d’un conflit.

La relation fraternelle entre Ludwig et Reinhold, quoique peu développée, donne de l’épaisseur au récit : l’un valorisé socialement mais vulnérable dans ses choix personnels, l’autre méprisé puis propulsé par ses exploits, mais détruit de l’intérieur.

Julien Camp maîtrise parfaitement la représentation aéronautique, ce qui ravira les amateurs de BD de guerre et d’aviation, mais aussi ceux qui apprécient une mise en scène visuelle soignée.

Ce premier tome donne l’impression d’un univers installé laissant de nombreuses questions ouvertes pour la suite.

Rhino – Tome 1 : Pervitine est une entrée en matière ambitieuse et visuellement réussie dans une série qui marie histoire, psychologie et récit de guerre. Avec un scénario plus porté sur l’intériorité et les conséquences humaines du conflit, l’album se démarque de nombreuses autres productions du même genre.

 

Buck Danny classic – Tome 13 : Mission Pharaon – note : 7/10

Les aventures de Buck Danny se déclinent en de nombreuses collections : « l’officielle », « la classic », « les histoires courtes », « les origines ». Frédéric Zumbiehl (scénario), Frédéric Marniquet (scénario) et André Le Bras (dessins) officient sur « la classic » et démarrent un nouveau cycle sur la crise du canal de Suez avec ce tome 13 aux éditions Zéphyr. Un récit fictionnel dans un contexte historique.


© Dupuis-Zéphyr BD 2026.

 

C’est une époque pas si lointaine où les USA jouaient le gendarme du monde (remarquez, cela n'a pas beaucoup changé !) avec l’intention d’apaiser les relations dans le respect du droit international. Nous sommes en 1956 et le canal de Suez vient d’être nationalisé par Nasser. La crise qui en découle, et qui oppose Français, Britanniques et Israéliens d’un côté et Egyptiens de l’autre amènent les Américains à vouloir évacuer ses ressortissants d’Egypte.

Personnages emblématiques de la BD franco-belge, Buck Danny et ses amis Tumbler et Sonny Tuckson sont toujours de la partie pour résoudre les problèmes du monde. Les chevaliers blancs du ciel se retrouvent dans une crise aux enjeux géopolitiques qui les dépassent et doivent faire face à des ennemis qui sont prêts à tout pour envenimer la situation.

Les scénaristes Frédéric Zumbiehl et Frédéric Marniquet mettent à profit leur expérience professionnelles dans l’armée de l’air pour prodiguer un récit crédible en plein cœur d’un conflit historique.

André Le Bras, comme le veut la collection de la série, offre un trait et une mise en scène assez classique dans le genre. Les fans de Buck Danny n’en seront que plus ravis.

Signé par des auteurs qui savent de quoi ils parlent et respectueux des premiers récits de Buck Danny créé par Georges Troisfontaines, Victor Hubinon et Jean-Michel Charlier, cet album est un hommage en même temps qu’une bonne BD.

Les amateurs de ce genre de récits avec un trait plus moderne tourneront les talons, les nostalgiques d’une certaine époque s’enthousiasmeront. 

 

Les ailes du temps – Tome 3 : Le temps des warbirds – note : 6/10

Le 3eme épisode de la série les Ailes du temps vient de paraître en février 2026 aux éditions Zéphyr. Un récit mélangeant science-fiction dans un contexte historique ce qui en fait une uchronie aviationnelle. Après la première guerre mondiale, les deux protagonistes Lucie et Dunk se retrouvent propulsés en pleine seconde guerre mondiale.


© Dupuis-Zéphyr BD 2026.

 

Lucie et Dunk parviennent à s’extraire de l’année 1917 à l’aide de leur avion de l’époque, mais contrairement à leur espoir de se retrouver en 2024, leur trajectoire les jette cette fois en 1944, en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale durant le débarquement en Provence. Leur appareil est immédiatement abattu et ils doivent désormais retrouver le F-18 qu’ils avaient laissé en 1917 s’ils veulent survivre et espérer rentrer chez eux.

L’intrigue de ce troisième tome est plus tendue et fait la part belle à plus de retournements de situation, mêlant habilement échappées spectaculaires, espionnage aérien et enjeux militaires cruciaux.

Le duo de scénaristes Patrice Buendia et Frédéric Zumbiehl continue d’user des thèmes d’uchronie et de confrontation historique. Le scénario exploite efficacement la collision entre deux époques, transformant le voyage temporel en moteur dramatique plutôt qu’en simple gadget. La série, déjà connue pour ses voyages à travers différentes époques, prend un nouveau virage narratif avec le désir de vengeance du pilote allemand devenu dignitaire nazi à travers les années.

Cette saga d’aviation, qui mêle science-fiction et histoire, joue habilement avec les paradoxes temporels tout en gardant une profondeur émotionnelle autour des choix de ses héros.

Les rapports entre les personnages ont largement évolué depuis les premiers albums. Leur mésentente du début fait maintenant place à une meilleure collaboration, voire presque une certaine complicité.

Les dessins d’Olivier Jolivet, épaulé par la mise en couleurs de Nicolas Caniaux, ont un beau dynamisme visuel. Les séquences aériennes, les reconstitutions historiques et les scènes d’action sont dessinées avec une précision technique qui convainc, en particulier dans les scènes de combats aériens.

Difficile d’être totalement embarqué par ce troisième tome si vous n’avez pas eu l’occasion de lire les tomes précédents. Pour autant, Les ailes du temps – Tome 3 : Le temps des Warbirds est une suite ambitieuse et palpitante qui élargit l’univers établi par les tomes précédents, en mariant fiction historique, science-fiction et aventure aérienne de manière convaincante. La BD s’adresse particulièrement à un public qui aime les récits d’uchronie à enjeux sérieux, les amateurs de scènes aéronautiques dynamiques et de contextes historiques, et les lecteurs fidèles de la série qui suivent les voyages temporels de ses protagonistes.

 


Les couvertures des 4 albums - © Dupuis-Zéphyr BD.