Soleil : Wyoming 1863 T2, Une grande aventure des P'tits diables T2
Bande Dessinée / Critique - écrit par plienard, le 13/07/2026
Wyoming, 1863 – Tome 2 : L’arbre du pendu – note : 7,5/10
Lorsque Jean-François Di Giorgio et Fabrizio Des Dorides lançaient Wyoming, 1863 avec Cinq jours pour mourir, ils proposaient un western nerveux et brutal construit autour de trois trajectoires destinées à se croiser : Emma Bridges, mère prête à tout pour retrouver ses filles enlevées, Bill, mystérieux tireur solitaire, et Diego, chef d'une bande de pillards aussi violents qu'imprévisibles. Ce premier tome se distinguait par son sens du rythme, son atmosphère crépusculaire et sa capacité à installer de nombreuses zones d'ombre autour de ses personnages.

© Soleil 2026.
Avec L’Arbre au pendu, les auteurs abandonnent en partie la phase d'installation pour entrer dans celle des révélations et des affrontements. Emma poursuit inlassablement sa quête dans les Grandes Plaines, à une époque où la conquête de l'Ouest transforme profondément les territoires amérindiens, tandis que les grandes lignes de chemin de fer progressent et que les troupeaux de bisons disparaissent peu à peu. Coincée dans un ranch creek avec de nouveaux alliés de circonstance, elle se retrouve confrontée à des ennemis dont la menace devient de plus en plus concrète.
La grande force de ce deuxième volume réside dans son refus du western manichéen. Di Giorgio construit un récit où chacun porte sa part de souffrance et de culpabilité. Emma demeure le moteur émotionnel de l'histoire, mais elle n'est plus seulement une mère en quête de vengeance. Les épreuves traversées depuis le premier tome l'ont transformée en survivante déterminée, parfois prête à franchir des limites morales que l'on n'aurait pas imaginées chez elle au début du récit.
Le personnage de Bill gagne également en épaisseur. Là où le premier album entretenait soigneusement le mystère autour de son passé, cette suite dévoile progressivement les raisons de sa solitude et de son comportement souvent ambigu. Cette évolution apporte une profondeur bienvenue à un personnage qui risquait autrement de rester cantonné à la figure classique du tireur taciturne.

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L'intrigue profite également de l'excellente gestion des tensions héritées du premier tome. Les différentes lignes narratives convergent enfin et donnent le sentiment que les auteurs avaient parfaitement planifié leur récit dès l'origine. Les révélations surviennent au bon moment, sans sacrifier le suspense, tandis que la violence qui traverse l'album conserve une dimension réaliste et jamais gratuite.
Graphiquement, Fabrizio Des Dorides confirme tout le bien que l'on pensait de son travail. Son dessin réaliste restitue avec une remarquable efficacité les paysages du Wyoming, les ranchs isolés et les vastes étendues où l'homme semble constamment menacé par une nature indifférente. Les scènes d'action gagnent encore en intensité grâce à une mise en page dynamique et à un découpage particulièrement lisible. Les couleurs de Garluk participent pleinement à cette immersion, en alternant les lumières écrasantes des plaines et les atmosphères plus sombres des séquences nocturnes.
Le récit privilégie clairement l'efficacité narrative, parfois au détriment d'une exploration plus approfondie de certains enjeux liés aux communautés creek ou au contexte historique de l'époque. Mais ce choix permet aussi à l'album de conserver un rythme soutenu du début à la fin.
Au final, L’Arbre au pendu apparaît comme une suite solide qui récompense la patience des lecteurs du premier volume. Là où Cinq jours pour mourir posait les fondations d'un western de vengeance classique mais prometteur, ce deuxième tome élargit les enjeux humains et émotionnels pour offrir une aventure plus dense et plus mature. Jean-François Di Giorgio démontre une nouvelle fois sa maîtrise du genre, tandis que Fabrizio Des Dorides confirme qu'il possède toutes les qualités requises pour faire vivre les grands espaces américains en bande dessinée.
Une grande aventure des P'tits diables – Tome 2 : La maison infernale ! – note : 7,5/10
Avec La Maison infernale !, ce deuxième tome de la collection Une grande aventure des P’tits Diables poursuit l’adaptation en format album des célèbres personnages imaginés par Olivier Dutto. Fidèle à l’esprit de la série mère Les P’tits Diables, publiée chez Soleil, cet opus assume pleinement son positionnement : une comédie d’aventure destinée à un jeune public, où l’humour, la fratrie et le goût du chaos domestique servent de moteur narratif.
L’histoire reprend les deux héros emblématiques, Tom et Nina, toujours aussi complices… et toujours aussi infernaux l’un pour l’autre. Après leurs mésaventures quotidiennes faites de chamailleries, de stratagèmes et de petites guerres fraternelles, ils se retrouvent ici confrontés à une situation plus resserrée et plus “aventure” que dans le format gags classique : une exploration qui tourne mal dans la maison d’un voisin inquiétant, Cannibal Jo. Ce point de départ permet de transformer l’univers habituel de la série en véritable mini-récit de suspense, sans jamais abandonner la tonalité humoristique.
L’un des intérêts de ce tome 2 réside justement dans cette évolution du format. Là où la série principale fonctionne souvent sur des strips autonomes et des situations répétitives, cette collection “grande aventure” cherche à installer une continuité narrative. Le premier tome posait déjà cette intention : proposer une histoire complète, plus structurée, tout en conservant le rythme rapide et les gags visuels qui font le sel de la licence. Ce second volume confirme cette orientation, en renforçant la dimension “huis clos” et en accentuant les éléments de frisson bon enfant.
On retrouve ainsi un équilibre typique de la série : un danger légèrement caricatural, jamais réellement inquiétant pour le lecteur, mais suffisamment présent pour dynamiser le récit. La maison du voisin devient un terrain de jeu narratif où chaque pièce peut cacher un piège, une surprise ou un retournement comique. Cette mécanique fonctionne particulièrement bien avec des lecteurs jeunes, qui alternent entre rire et légère tension, sans jamais sortir du registre de la comédie.
Sur le plan des personnages, Tom et Nina restent fidèles à eux-mêmes. Leur relation, faite d’agressivité affectueuse et de solidarité malgré les disputes, demeure le cœur de la série depuis ses débuts. Cette dynamique, déjà bien installée dans les albums précédents des P’tits Diables, trouve ici une nouvelle occasion de s’exprimer : face à une situation extérieure plus dangereuse, les conflits habituels s’effacent par moments au profit d’une coopération forcée. C’est là que la série parvient à toucher juste, en glissant sous l’humour un message simple sur la fraternité.
Graphiquement, Olivier Dutto conserve son style immédiatement reconnaissable : un trait clair, expressif, volontairement caricatural, qui privilégie la lisibilité et l’efficacité comique. Les expressions faciales sont au centre du dispositif humoristique, tout comme les réactions exagérées des personnages. Les décors, sans être surchargés, servent efficacement le récit, notamment dans la représentation de la maison du voisin, qui devient presque un personnage à part entière.
Si l’on compare ce volume au premier tome de la collection Une grande aventure des P’tits Diables, on observe une continuité assumée : même logique de mini-récit d’aventure, même volonté de sortir du simple gag pour proposer une histoire complète, et même dosage entre humour et frisson léger. Là où le tome 1 posait les bases de cette nouvelle formule, La Maison infernale ! semble davantage à l’aise dans son dispositif, en jouant plus librement avec les codes du récit de “maison piège”.
On pourra néanmoins reprocher une certaine prévisibilité dans le déroulement. Le cadre narratif reste simple, et les ressorts comiques reposent souvent sur des mécaniques déjà bien connues des lecteurs de la série. Mais ce n’est pas tant une faiblesse qu’un choix assumé : celui de la répétition rassurante, adaptée à un public jeunesse qui retrouve ici des personnages familiers dans une situation légèrement renouvelée.
Au final, ce tome 2 s’inscrit parfaitement dans la logique de divertissement immédiat qui fait la force des P’tits Diables. Sans chercher à révolutionner la formule, il la décline avec efficacité dans un format plus long, plus narratif, et légèrement teinté de suspense. Une lecture fluide, rythmée, qui fonctionne avant tout par son énergie et son accessibilité.

Les couvertures des 2 albums - © Soleil 2026.