Soleil : Guerres et dragons T5, Cyborgs T4, Sangre T5
Bande Dessinée / Critique - écrit par plienard, le 27/04/2026
Guerres & dragons – Tome 5 : Vietnam – note : 7,5/10
Dans Guerres & Dragons – Tome 5 : Vietnam, la série imaginée par Nicolas Jarry et Jean‑Luc Istin poursuit son concept original : revisiter les grandes guerres de l’Histoire en y introduisant la présence de dragons liés au destin de certains êtres humains. Ce cinquième volume transporte cette fois le lecteur en 1969, au cœur de la guerre du Vietnam, dans un épisode à la tonalité particulièrement sombre.

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L’intrigue s’ouvre sur la chute de plusieurs hélicoptères américains dans la jungle. La cause n’est ni une embuscade ni une défaillance mécanique, mais l’attaque d’un dragon. Nick, tireur d’élite hanté par la mort de son frère, découvre bientôt qu’un enfant contrôle la créature. Au lieu de l’abattre, il choisit de le protéger, passant de traqueur à traqué.
Le scénario joue sur le contraste entre le fantastique et le réalisme brutal du conflit vietnamien. Ce mélange fonctionne plutôt bien : le dragon devient une métaphore de la violence incontrôlable de la guerre et des dilemmes moraux auxquels sont confrontés les soldats. La décision de Nick d’épargner l’enfant apporte une dimension humaine au récit et introduit un conflit intérieur qui dépasse la simple confrontation spectaculaire.
Au dessin, Stéphane Bervas propose un style dynamique et nerveux qui sert efficacement l’atmosphère de guérilla et de tension permanente. Les scènes dans la jungle, étouffantes et oppressantes, renforcent la sensation d’un piège qui se referme sur les protagonistes. Les couleurs d’Arif Prianto accentuent l’ambiance dramatique, alternant teintes sombres et vertes de la forêt asiatique.
Si l’album reste fidèle à la structure anthologique de la série — chaque tome explorant un conflit différent — il se distingue par une tonalité plus tragique que spectaculaire.
Avec ce cinquième volume, Guerres & Dragons confirme l’intérêt de son concept mêlant histoire militaire et fantasy. Vietnam se révèle être un épisode intense et sombre, porté par une atmosphère oppressante et un questionnement moral qui dépasse le simple récit d’action. Une lecture efficace pour les amateurs de fantasy historique et de récits de guerre revisités.
Cyborgs – Tome 4 : Hawk – note : 8/10
Hawk est le quatrième opus de la série Cyborgs aux éditions Soleil, scénarisé par Jean-Luc Istin et mis en images par Alina Yerofieieva, Le scénariste poursuit une formule qu’il maitrise : un récit autonome centré sur un personnage, tout en densifiant un univers dystopique.

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Le récit démarre assez brutalement : Syl est déposée par sa mère dans le Trans-Iceland qui va l’emmener jusqu’à la cité d’Europa où vit son père. Elle sera la seule survivante de l’accident que va subir le transport en commun, mais y perdra la vue et l’usage de ses jambes. Sauvée par son père, le célèbre soldat de la guerre des silos. Aidé du docteur Blaye, ils vont redonner de l’espoir à la jeune femme qui devient la cible d’un mystérieux tueur à gages.
Comme les précédents tomes, Hawk repose sur le même scénario – un personnage mutilé, augmenté cybernétiquement – mais qui surprend par son angle moins spectaculaire et plus par l’aspect récit de survie avec une ambiance de SF sociale reste bien présent.
Chronologiquement, l’album s’inscrit dans le début du récit. Il apporte donc des éclaircissements aux zones d’ombres des trois premiers tomes. On reste cependant bien dans un album autosuffisant.
Le trait de Yerofieieva est dans la continuité de la série : lisible, dynamique dans les scènes d’action, efficace dans la représentation des corps augmentés. Les décors futuristes fonctionnent bien, mais restent assez génériques. On sent une volonté d’accessibilité constante : tout est pensé pour être immédiatement compréhensible, au risque d’un certain lissage esthétique.
Ce quatrième volume confirme la solidité du concept Cyborgs : Hawk est un bon tome, efficace, prenant, porté par son héroïne et son thème.
Sangre – Tome 5 : Rugleïs, l’ogre – note : 7,5/10
Avec ce cinquième tome, Christophe Arleston poursuit la logique sérielle de Sangre : traquer un à un les responsables du massacre des siens et du rapt de sa mère.

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Ici, Sangre retrouve Rugleïs, figure d’ogre devenue maître d’un territoire dominé par le jeu et la manipulation. Le décor du “Monde-Rouge”, avec ses casinos et ses faux-semblants, introduit une variation dans la structure répétitive de la série : la vengeance passe par la ruse, le déguisement et la mise en scène.
Mais au fond, le scénariste à succès reste dans une mécanique éprouvée sans casser son schéma décliné depuis 5 albums : Sangre cherche l’infiltration, la confrontation et une révélation choc !
La quête entêtante de l’héroïne, la vengeance et la recherche de sa mère, trouvent ici une réponse inédite faisant basculer le récit dans quelque chose de plus intime et plus dérangeant.
Un choix payant qui évite de donner à la série une répétition coupable et facile. Arleston redonne ainsi du poids à la quête, et recontextualise la violence précédente, mais provoque aussi un effet secondaire : l’album est moins explosif que les précédents, plus tourné vers la révélation que vers le choc.
Le cadre du casino offre au départ une tension ludique (triche, manipulation, faux-semblants) et une impression de maîtrise de la part du personnage. Puis progressivement, le piège se referme sur elle avec une perte de contrôle, et une bascule vers une ambiance plus étouffante. Ce glissement fonctionne bien et donne au tome une vraie identité.
Le travail de Stefano Vergani, depuis le tome 4 et après avoir succédé à Adrien Floch, reste dans la continuité de la série : la narration est claire, avec une lisibilité constante et une efficacité dans l’action.
L’album réussit sa fonction : il développe une nouvelle cible, ajoute une pièce au puzzle, et fait avancer la quête. Mais il s’affiche aussi comme un tome charnière par ce qu’il révèle.

Les couvertures des 3 albums - © Soleil 2026.