Oxymore : Alastor de Sombregarde T1, Greenlander T1

/ Critique - écrit par plienard, le 19/02/2026

Alastor de Sombregarde – Tome 1 : L’infâme gentilhomme – note : 7/10

 En janvier 2026, le premier tome du dyptique, Alastor de Sombregarde, vient enrichir le catalogue de la récente maison d'éditions Oxymore. Un récit de dark fantasy qui mêle cynisme et monde fantastique à la morale troublée.

Dans cet album de 88 pages, scénarisé par Dobbs et dessiné/colo­ré par Aurélien Morinière, on suit Alastor, un chevalier revenu d’entre les morts, cynique et désabusé. Accompagné de Guulghar, maître-gobelin philosophe et roublard, il parcourt un monde ravagé, en quête de Lilith, sa bien-aimée sorcière insaisissable – le tout dans un univers où le Bien et le Mal ne sont jamais aussi simples qu’ils en ont l’air.


© Oxymore 2026.

 

L’album est une série d’épisodes picaresques où les personnages traversent des champs de bataille, des forêts hantées, des forts hostiles et des châteaux étranges. Alastor est clairement un anti-héros avec beaucoup d’ambiguïté : chevalier de la Mort, il n’est pas vraiment courageux, et n’a pas la noblesse du chevalier traditionnel. Il possède cependant un certain charisme et une personnalité complexe à la moralité ambivalente, souvent teintée d’humour noir. Accompagné du maître-gobelin Guulghar dont la verve acide offre un contrepoint sarcastique et philosophique à l’intrigue, leurs échanges donent des moments drôles et piquants.

Les personnages évoluent dans un monde dépeint de fanatisme religieux, de moralité relative et de violence, où même les « bons » peuvent être oppressifs et les créatures marginales étonnamment attachantes.

Cette structure d’aventures successives crée un effet d’itinérance épique, à mi-chemin entre humour noir et quête tragique, qui rend la lecture à la fois dense et divertissante.

Aurélien Morinière signe un travail graphique qui sert parfaitement l’univers sombre et complexe de l’album. Son trait donne corps à un monde médiéval teinté de mystère et de danger parsemé de créatures fantastiques, de décors variés et des personnages secondaires. Le choix des couleurs souvent sombres, contrastées et lugubres contribue à l’atmosphère gothique de l’ensemble, tout en laissant place à quelques moments plus lumineux ou humoristiques lorsque le récit le demande.

L’ensemble donne une atmosphère à la fois rugueuse et captivante, parfaitement en phase avec le ton cynique du récit.

Alastor de Sombregarde – T1 : L’Infâme Gentilhomme est une BD de dark fantasy riche et ambiguë, porté par un anti-héros cynique, un compagnon gobelin roublard et une mythologie qui ne se contente pas de renverser les clichés du genre, mais les exploite pour mieux surprendre. En somme, ce premier tome pose des bases intrigantes et prometteuses qui laissent présager une suite de saga tout aussi captivante.

 

Greenlander – Tome 1 : L'aimé-des-ours – note : 8,5/10  

Christophe Bec signe le scénario du premier tome du diptyque Greenlander aux éditions Oxymore, avec des dessins de Przemyslaw Klosin. Une aventure dans le genre Fantasy mettant en scène une des dernières colonies vikings du Groënland.

Björn, surnommé l’aimé-des-ours, élève seul ses moutons à l’écart des hommes. Mais un mystérieux prédateur décime son troupeau. Il n’a plus d’autre choix que de retourner à la colonie de Brattahlid où la famine et la maladie sévissent.


© Oxymore 2026.

 

Un récit âpre de Christophe Bec où il est question de survie pour une colonie prise entre ancienne croyance et nouvelle religion. Dans ce contexte, Björn est le témoin des événements et des forces qui s’opposent, et n’a rien d’un héros salvateur. Simple berger, il cache tout de même un passé (glorieux ?) et des fêlures (enfant adopté par une famille skraelings).

Au travers d’évocations et de sous-entendus, les auteurs mettent en place une tension toujours plus vive à chaque page tournée. Un danger s’approche, mais quel est-il réellement ?

Przemyslaw Klosin alterne les plans serrés et larges tel un caméraman pour installer la tension. Son trait détaillé, fin et précis, donne du réalisme à cette histoire qui laisse planer une ambiance fantastique. On flirte parfois avec Thorgal quand il est fait allusion aux pierres d’étoile, et héros auquel on ne peut s’empêcher de penser quand il s'agit de viking. Mais le récit ne prend pas du tout les mêmes orientations et Björn n’a rien d’un scalde.

Un récit qui ne tombe pas dans le grandiloquent et ne personnalise pas les événements au travers d’un personnage héroïque. Cependant, on ne doute pas que Björn jouera un rôle important dans la suite qu’on attend avec impatience.

 


Les couvertures des 2 albums - © Oxymore 2026.