Le Lombard : Ray Ringo T2, Cartagena

/ Critique - écrit par plienard, le 10/07/2026

Ray Ringo – Tome 2 : La captive – note : 7,5/10

Avec Ray Ringo – Tome 2 : La Captive, publié chez Le Lombard, la reprise du western de William Vance entre vraiment dans le vif du sujet après un premier tome qui posait de nouvelles bases.

Dans cette suite, Ray Ringo part à la recherche de sa fiancée enlevée, dans une course contre la montre à travers un Ouest hostile.


© Le Lombard 2026.

 

L’album se lit d’une traite, presque trop vite pour terminer sur une fin particulièrement brutale. On est loin des BD feel good et des fins positives. On est ici dans le genre traditionnel du western avec une quête personnelle forte (sauver l’être aimé), un territoire dangereux, des affrontements réguliers (embuscades, poursuites, traques). Le récit est un hommage frontal au western franco-belge, dans la droite ligne des récits d’aventure d’autrefois.

Graphiquement, Roman Surzhenko offre un dessin à la filiation évidente avec l’œuvre originale de William Vance, mais ne tombe pas dans la simple imitation.

 

Cartagena – note : 7/10

Avec Cartagena, Yves H. et Hermann livrent un polar crépusculaire d’une noirceur saisissante, porté par une atmosphère suffocante et un regard profondément désabusé sur la violence sociale. Et à bien des égards, cet album résonne comme une œuvre testamentaire tant il concentre tout ce qui a fait la force du maître belge : la rugosité humaine, la fatalité et une puissance graphique toujours intacte.


© Le Lombard 2026.

 

L’histoire nous entraîne dans les quartiers pauvres de Cartagena, ville rongée par les cartels. Alvaro, vingt ans à peine, pense trouver une issue à sa misère en rejoignant le gang d’El Cocho Arriega avec son ami Nacho. Face à eux, le policier Felix Garzon poursuit inlassablement sa guerre contre le trafic de drogue. Deux trajectoires opposées, promises à se heurter dans une ville où la violence semble avoir remplacé toute perspective d’avenir.

Ce qui frappe immédiatement dans Cartagena, c’est son climat.
Dès les premières pages, Hermann impose une chaleur écrasante, une moiteur permanente, presque physique. La ville – sale, oppressante, gangrénée par la pauvreté et le crime – devient un personnage à part entière. Ce n’est pas pour rien qu’elle est le titre de l’album. Personne ne semble réellement libre. Les jeunes sont aspirés par les cartels faute d’alternative, tandis que les forces de l’ordre apparaissent épuisées, conscientes que leur combat est perdu d’avance.

Yves H. construit un récit extrêmement tendu où la violence n’est jamais spectaculaire gratuitement. Elle surgit brutalement, presque banalement, comme une conséquence logique.

Sous ses airs de récit criminel, Cartagena parle surtout de déterminisme social, de corruption généralisée.

Alvaro n’a rien du futur caïd charismatique, mais c’est déjà broyé avant même d’avoir commencé à vivre. Cette absence totale d’héroïsme donne au récit une dimension particulièrement amère. Le scénario nous emmène irrémédiablement vers l’inévitable.

Graphiquement, l’album impressionne constamment. Hermann retrouve ici tout ce qui a fait sa légende : visages burinés, corps lourds et fatigués, lumières écrasantes, décors poussiéreux et vivants. Chaque case semble transpirer la chaleur et la tension. Les regards racontent souvent davantage que les dialogues. La mise en scène est d’une maîtrise remarquable : pas besoin d’exagération pour installer la peur ou la menace. Un silence, une posture ou un décor suffisent.

Mais Cartagena prend aussi une dimension particulière depuis la disparition récente d’Hermann, le 22 mars 2026 : l’album apparaît presque comme une ultime synthèse de son œuvre, entre western moderne, polar social et tragédie humaine.

Cartagena n’est pas une BD spectaculaire sur les cartels. C’est une tragédie urbaine sèche et mélancolique, portée par un Hermann au sommet de son art. Un album dense, dur et habité, qui confirme une dernière fois la capacité du dessinateur à capter la brutalité du monde avec une force visuelle rare.

 


Les couvertures des 2 albums - © Le Lombard 2026.