Les Humanos : Carthago T16 et That distant Fire

/ Critique - écrit par Cirriana, le 09/03/2026

Carthago Tome 16

Le seizième tome de Carthago confirme la diversité de l'univers Carthago et l'efficacité dramatique de la série (tout le monde meurt ou presque). L’intrigue avance à un rythme soutenu, portée par une atmosphère tendue et des enjeux scientifiques sous-jacents. L’immersion fonctionne pleinement : isolement, danger, mensonges et mystère constituent une fois encore le cœur battant du récit.


©  Les Humanoïdes Associés 2026.

 

Graphiquement, l’album tient ses promesses, les décors marins, les scènes d’action et le travail sur la lumière renforcent le sentiment de profondeur et d'environnement varié. 

En revanche, il y a une faiblesse dans la structure du récit. La narration multiplie les points de vue et les bascules sans toujours offrir de repères clairs. Ce choix crée parfois une confusion qui peut faire perdre le fil narratif et diluer l’impact dramatique. L’histoire reste prenante, mais sa construction donne par moments une impression de fragmentation.

Bref, un tome visuellement beau et efficace, mais dont la structure narrative plus éclatée peut perdre une partie des lecteurs.

That distant Fire

Issu de l’adaptation d’un roman de science-fiction, That Distant Fire se confrontait à une difficulté majeure : faire passer un univers riche, structuré et théorique dans la forme plus ramassée et visuelle de la bande dessinée. L’album reprend la trame essentielle : une société dominée par une technocratie où une découverte énergétique cristallise des tensions politiques ... mais cette réduction du matériau d’origine entraîne des résultats inégaux.


©  Les Humanoïdes Associés 2026.

 

La transposition du texte au médium graphique implique inévitablement des ellipses et des raccourcis. Si la ligne narrative reste lisible, une part de l’épaisseur du monde semble s’être amenuisée. Les rouages politiques et scientifiques, probablement plus fouillés dans le roman, apparaissent ici parfois simplifiés. Les enjeux sont compréhensibles, mais leurs complexités ne se déploient pas toujours pleinement, ce qui atténue par moments la force et la subtilité du propos.

Cette contraction affecte aussi les personnages. Le couple central convainc par ses doutes et ses conflits intérieurs, mais son évolution peut sembler précipitée. Certaines décisions déterminantes interviennent de façon un peu abrupte, comme si le souci de maintenir la tension dramatique avait pris le pas sur une progression psychologique plus nuancée. On pressent une densité plus importante en arrière-plan, sans qu’elle soit totalement explorée.

Sur le plan visuel, en revanche, l’album trouve une véritable cohérence. L’ambiance froide, industrielle et sous surveillance est solidement installée. Les décors contribuent fortement au sentiment d’oppression et de contrôle constant. Les séquences muettes exploitent bien les ressources propres à la BD et traduisent avec justesse la gravité du contexte.

Malgré ces qualités, l’ensemble manque parfois de souffle. La tension ne se déploie pas toujours de manière progressive et continue ; le rythme connaît des variations. Certains passages explicatifs alourdissent la lecture sans apporter de véritable profondeur supplémentaire, tandis que des moments décisifs semblent avoir été traité trop rapidement. L’équilibre entre fidélité au roman et nécessité de synthèse reste fragile, et ne convainc pas totalement.

Bref, That Distant Fire donne le sentiment d’une adaptation sérieuse mais inaboutie. Les thématiques sont solides, l’univers tient la route, mais l’ensemble souffre d’irrégularités. On referme l’album avec l’impression d’avoir approché une œuvre ambitieuse dont toute la puissance ne s’est pas entièrement révélée.

 


©  Les Humanoïdes Associés 2026.