Grand Angle : Dred Scott T2, Mort blanche
Bande Dessinée / Critique - écrit par plienard, le 08/04/2026
Dred Scott – Tome 2 : L’empire invisible – note : 7/10
Tom Graffin et Jérôme Roppert concluent leur diptyque Dred Scott – L’empire invisible aux éditions Grand Angle. Avec ce second volume, Dred Scott trouve une conclusion solide et sombre dans un New York de la fin du XIXᵉ siècle traversé par les tensions raciales et les luttes de pouvoir. Dans ce dernier tome, le héros éponyme, ancien esclave devenu enquêteur officieux, se retrouve pris au cœur d’un jeu d’influences où se mêlent police corrompue, crime organisé et sociétés secrètes racistes.

© Grand Angle 2026.
Trahi par le chef de police Byrnes, le héros n’a d’autre choix que de se placer sous la protection de Margaret Bellemont, figure influente du crime organisé… et ancienne propriétaire de ses parents. Cette alliance paradoxale entraîne Dred dans une dangereuse quête autour du mystérieux « Collier de la Liberté », un objet convoité par plusieurs factions rivales. Mais cette collaboration improbable déclenche aussi la colère d’un ennemi bien plus sinistre : l’« Empire invisible », incarnation du Ku Klux Klan, dont l’ombre plane sur toute l’intrigue.
Le scénario signé Tom Graffin et Jérôme Ropert renforce la dimension politique esquissée dans le premier tome. Le récit adopte les codes du polar historique, tout en explorant les fractures d’une Amérique encore marquée par l’héritage de l’esclavage. Les alliances fragiles et les trahisons successives entretiennent une tension constante, même si l’intrigue reste parfois dense.
Au dessin, Thibault Descamps propose un style réaliste efficace, particulièrement convaincant dans la restitution des rues sombres et agitées du New York de l’époque. Les ambiances nocturnes et la palette de couleurs accentuent le climat oppressant d’un récit où la violence sociale demeure omniprésente.
Mort blanche – note 7/10
Mort blanche est un récit complet de Kid Toussaint et Inaki Holgado aux éditions Grand Angle. Les auteurs proposent une plongée dans le silence glacé de la guerre en nous invitant à suivre un tireur d’élite surnommé « mort blanche ». De son vrai nom, Riku, il va devenir une légende sur les champs de bataille.

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Plutôt qu’un récit de guerre classique, les auteurs livrent le portrait d’un homme hanté par ses souvenirs, marqué par une enfance violente et par les traumatismes de la guerre.
Le scénario de Kid Toussaint navigue entre introspection et légende et s’appuie sur un rythme volontairement posé, presque contemplatif. L’action militaire reste présente, mais elle sert surtout de toile de fond à une exploration psychologique du personnage principal. Riku est moins un héros qu’un survivant : un homme façonné par la violence de son père et par les pertes successives que lui inflige la guerre.
L’album joue habilement sur la frontière entre mythe et réalité. Aux yeux de ses ennemis, Riku est une figure quasi fantomatique, un tireur invisible qui surgit de la neige avant de disparaître aussitôt. Mais derrière cette image de légende se cache une question centrale : que reste-t-il d’un homme lorsque la guerre a fait de lui une arme ?
Cette dualité donne au récit une tonalité mélancolique et parfois fataliste, accentuée par les retours sur l’enfance du personnage et par les souvenirs qui hantent sa conscience.
Le dessin réaliste d’Iñaki Holgado s’attache à restituer la rudesse des paysages nordiques : forêts figées par le gel, lacs gelés, immensités blanches où la moindre silhouette devient une cible.
Les planches exploitent pleinement les contrastes entre le blanc de la neige et les silhouettes sombres des soldats. Cette économie de couleurs crée une ambiance froide et silencieuse qui renforce la tension dramatique. Le découpage, souvent ample, laisse respirer les paysages et souligne la solitude du protagoniste.
Holgado parvient également à traduire la violence de la guerre sans tomber dans la surenchère spectaculaire : la brutalité surgit par touches, presque furtivement, comme un écho aux tirs isolés du sniper.
Avec Mort blanche, Kid Toussaint et Iñaki Holgado livrent une bande dessinée à la fois sobre et immersive. Loin des récits guerriers spectaculaires, l’album privilégie l’atmosphère et la psychologie pour dresser le portrait d’un homme brisé par la guerre.
Porté par un dessin évocateur et par un scénario empreint de mélancolie, ce récit complet s’impose comme une œuvre sensible sur la solitude du combattant et sur la frontière fragile entre l’homme et la légende.

Les couvertures des 2 albums - © Grand Angle 2026.