Glénat : Le pépère, Phobos T4
Bande Dessinée / Critique - écrit par plienard, le 07/07/2026
Le Pépère – note : 7,5/10
Avec Le Pépère, Emmanuel Moynot signe chez Glénat un petit bijou d’humour noir, aussi grinçant que profondément dérangeant. Sous ses airs de chronique provinciale presque anodine, l’album glisse progressivement vers un portrait de tueur en série pathétique et terriblement humain. Et c’est précisément ce mélange entre banalité quotidienne et violence froide qui rend cette lecture aussi fascinante.
À Bordeaux, Pépère vit seul dans une vieille maison restée figée dans le passé. Un homme discret, maniaque, presque invisible. Mais derrière cette façade de petit retraité sans histoire se cache un assassin. D’abord accidentel, le meurtre devient peu à peu une habitude, presque une pulsion. Jusqu’au jour où Vanessa, une jeune punk à chien paumée et agressive, entre dans sa vie avec l’idée de profiter de ce vieil homme qu’elle croit vulnérable. Mauvaise pioche.

© Glénat 2026.
Moynot réussit à nous rire avec l’horreur sans jamais tomber dans la caricature grotesque. Un humour à la redoutable efficacité où les crimes de Pépère sont montrés avec une sécheresse presque absurde. Un coup de colère, un corps qu’il faut cacher, une tache de sang qui abîme la tapisserie, toute la mécanique du récit repose sur ce décalage permanent entre l’atrocité des actes et les préoccupations minuscules du personnage.
Le véritable malaise naît justement de là : Pépère n’est pas un monstre spectaculaire. C’est un homme banal, fatigué, enfermé dans ses habitudes, qui glisse lentement vers la violence avec une logique terriblement humaine.
En fond, derrière son apparence de thriller macabre, Le Pépère parle de solitude, de déclassement, et d’une France périphérique laissée à l’abandon. La vieille maison décrépite devient presque le symbole d’un monde disparu. Pépère vit entouré des souvenirs de ses parents, prisonnier d’un décor qui refuse d’évoluer. Face à lui, Vanessa représente une autre forme de naufrage social : précarité, violence, survie permanente.
L’auteur ne cherche jamais à excuser ses personnages, mais il leur donne une vraie épaisseur humaine. Même dans leurs pires moments, ils restent crédibles, presque touchants malgré eux. Cette ambiguïté morale donne toute sa force à l’album.
Graphiquement, Emmanuel Moynot reste fidèle à son style : trait nerveux, visages marqués, décors réalistes mais jamais figés. Tout paraît légèrement usé, fatigué, à l’image des personnages. Cette rugosité visuelle participe énormément à l’atmosphère du récit. La mise en scène est particulièrement réussie dans les moments de tension silencieuse : un regard, une posture ou un simple couloir vide suffisent à créer le malaise.
L'humour noir très sec, son absence de morale explicite et son regard désabusé sur l’humanité peuvent rebuter, mais c’est précisément cette radicalité qui donne à l’album sa personnalité. L’empathie troublante qui émane pour le personnage de Pépère donne à la lecture de l’album ce côté inconfortable et qui est l’essence même des romans noirs.
Emmanuel Moynot signe un roman graphique noir et jubilatoire, où le banal devient terrifiant. Une chronique sociale déguisée en récit de serial killer, aussi inconfortable que captivante. Un des albums noirs français les plus marquants de ce début d’année.
Phobos – Tome 4 : La tempête des destins – note : 4/10
Avec Phobos – Tome 4 : La Tempête des destins, l’adaptation BD de la saga culte de Victor Dixen atteint un tournant particulièrement tendu. Plus sombre, plus oppressant et beaucoup plus psychologique que les précédents volumes, ce quatrième tome abandonne peu à peu la simple romance spatiale pour plonger dans un thriller de survie.
Alors que les pionniers du programme Genesis sont coincés dans la base martienne sous la menace d’une tempête imminente, Léonor tente de résister à l’emprise de Serena McBee tout en essayant de préserver ce qui reste du groupe. Mais la situation se dégrade rapidement : peur, paranoïa et syndrome de Stockholm rongent peu à peu les survivants, pendant que les secrets du rapport Noé refont surface.

© Glénat 2026.
Ce nouvel album fait basculer Phobos vers quelque chose de plus dur et plus anxiogène avec une ambiance devenant presque claustrophobe. Mars n’apparaît plus comme un décor romantique ou spectaculaire, mais comme une prison hostile où chaque personnage semble progressivement perdre pied.
Victor Dixen accentue ici tout ce qui fait déjà la force de son univers, sur la manipulation médiatique, le contrôle psychologique, la dépendance émotionnelle, et la dérive autoritaire du pouvoir.
Cette tension humaine apporte beaucoup plus de profondeur au récit que dans les premiers tomes trop porté sur la romance.
Visuellement, Maria Francesca Perifano garde son parti pris d’un dessin à l’esthétique young adult, à l’ambiance de romance spatiale chargée. L’esprit de survie perd ainsi de son impact. Le découpage reste très dynamique et accentue parfaitement le côté feuilletonnant de la série.
Si ce tome 4 veut prendre le virage du thriller de survie paranoïaque, c’est bel et bien une sortie de route qui attend le lecteur.

Les couvertures des 2 albums - © Glénat 2026.