Glénat : Frangipane, Au Sud l'agonie, Au nom de la rose T2
Bande Dessinée / Critique - écrit par plienard, le 15/04/2026
Frangipane – note : 6/10
Frangipane est une comédie familiale et sociale centrée sur une tradition annuelle : une réunion de famille autour d’une galette des Rois.
Chaque année, Jérôme et sa sœur Adèle se retrouvent dans la maison bordelaise de leur père pour partager ce moment… mais cette fois, rien ne se passe comme prévu : un père mutique, des grèves sociales qui tendent l’atmosphère, et surtout, une pénurie de frangipane sévit, due au manque d’amandes provoqué par la guerre en Ukraine.

© Glénat 2026.
Cette situation absurde devient le point de départ d’une satire de la société française, de ses tensions politiques et de ses fractures idéologiques. Les retrouvailles sont l’occasion de mettre en scène un frère de droite et une sœur de gauche, dont les visions du monde s’opposent frontalement. Malgré le contexte politique, l’album reste une comédie de mœurs, centrée sur les petites mesquineries, les non‑dits et les rituels familiaux.
Hervé Bourhis signe scénario et dessin de cet album au ton humoristique, acerbe, ancré dans l’actualité, selon une approche de chronique sociale. Son dessin accompagne cette veine satirique : expressif, vivant, au service des dialogues et des situations qui tirent clairement sur les comédies d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri dont le personnage de Jérôme est clairement l’avatar.
Frangipane est une comédie politique et familiale qui utilise la galette des Rois comme prétexte pour explorer les tensions contemporaines : famille fracturée, société polarisée, absurdités du quotidien.
C’est un one‑shot drôle, mordant et très actuel, qui s’inscrit dans la tradition des BD franco‑belges d’humour social.
Au sud, l'agonie – note : 8/10
L’album Au Sud, l’agonie fait partie d’une trilogie Trois touches de noir qui rend hommage au film noir américain. Et c’est peu de dire que cette histoire de Philippe Pelaez est un récit sombre et puissant, qui se déroule dans le Sud de l’Amérique profonde.

© Glénat 2026.
Nous sommes en 1926, dans la ville de Savannah, en Géorgie. La défaite de la guerre de sécession reste encore vive et l’abolition de l’esclavage n’a réellement pas changé grand-chose. Le Ku Klux Klan fait régner la peur. Les esclaves ne portent plus ce nom mais leur condition sont identiques. Parmi eux, le jeune Zacharie Daniel, qui n’hésitent pas à provoquer les Blancs, parmi les plus intégristes et qui va aider l’agent du FBI, Jonathan David, a enquêté sur le lynchage de son ami Malcom.
Cet album mêle polar historique, tragédie sociale et chronique raciale en suivant l’agent Jonathan David, envoyé pour enquêter sur un lynchage qui reflète une société rongée par la peur, la haine et la misère.
Ce cadre historique lourd est traité avec un réalisme sans compromis. L’album ne cherche pas à adoucir les faits : les tensions raciales, la domination religieuse et la violence banalisée sont au cœur du récit. Cette approche donne à l’œuvre une dimension quasi documentaire, tout en conservant le rythme d’un thriller.
Le dessin de Hugues Labiano est un des points forts de la BD. Son style est rugueux, expressif, et il a parfaitement su instaurer l’atmosphère oppressante du Sud, entre chaleur étouffante et noir profond. Il capte la dureté des regards et l’immobilisme pesant des petites villes du Sud. Les ombres et la composition des cases renforcent cette sensation d’être plongé dans un monde où la lumière et l’espoir se font rares.
Les personnages principaux fonctionnent bien comme archétypes : Jonathan David, l’enquêteur rationnel, sert de regard extérieur sur un monde qu’il découvre avec scepticisme et malaise ; Zacharie Daniel, métis fier et courageux, incarne la résistance fragile au système de domination.
Le scénario mélange enquête policière et exploration sociale, et plutôt que d’enchaîner les rebondissements, il mise sur une tension constante et une montée progressive de l’émotion. Un choix narratif cohérent avec le propos dramatique de l’œuvre.
Au Sud, l’agonie est bien plus qu’un polar historique : c’est une réflexion sur les séquelles persistantes du racisme, sur l’héritage traumatique de l’histoire américaine, et sur la manière dont l’idéologie peut être instrumentalisée au détriment de la vérité et de la justice. Ces thèmes, bien qu’ancrés en 1926, restent troublants dans leur résonance actuelle, ce qui donne à la BD une profondeur supplémentaire.
On a ici une bande dessinée puissante, sombre et socialement engagée, portée par un dessin expressif et une écriture serrée. Elle s’impose comme une lecture marquante pour les amateurs de BD adultes qui cherchent à mêler enquête, histoire et réflexion sociétale. Sa force réside autant dans son ambiance que dans sa manière d’aborder des sujets toujours pertinents aujourd’hui.
Le nom de la rose – Tome 2 : - note : 8/10
Milo Manara conclut l’adaptation BD du roman d’Umberto Eco, Le nom de la rose avec ce tome 2 aux éditions Glénat . 72 page d’une bande dessinée d’enquête dans un contexte historique qui s’adresse à un public d’ados-adultes.
Dans ce second et dernier tome, l’enquête se poursuit dans une abbaye bénédictine du nord de l’Italie en 1327. Le frère détective Guillaume de Baskerville et son jeune secrétaire Adso de Melk tentent de percer le mystère des morts successives dans l’abbaye, alors que les tensions religieuses et politiques s’exacerbent. La bibliothèque — immense et dangereuse — devient le centre de toutes les interrogations, tandis que l’Inquisition se rapproche.

© Glénat 2026.
Cette adaptation se veut fidèle à l’esprit du roman d’Umberto Eco, jouant sur les thèmes des interrogations théologiques, des jeux de pouvoirs et une intrigue riche en symbole. Milo Manara nous plonge dans une ambiance immersive et parvient à restituer les sentiments de claustration et de peur, et joue avec ses qualités pour exprimer le mélange de mystère ; d’hérésie et de désir. Il instille un contexte historique fort avec cette enquête policière qui se heurte aux réflexion sur le savoir, la foi et la censure.
Le style de Manara est toujours élégant et précis. Au travers des décors monastiques, des visages et des jeux d’ombres, il crée une ambiance à la fois réaliste et mystérieuse. Ainsi, la représentation de la bibliothèque et sa forme labyrinthique joue comme un véritable personnage. La mise en page place le lecteur dans les couloirs et les secrets de l’abbaye. Et avec ses couleurs au tons froids, il renforce cette sensation d’atmosphère sombre au récit.
Le tome 2 du Nom de la Rose conclut brillamment l’adaptation BD d’un classique de la littérature. L’équilibre entre enquête policière, réflexion philosophique et tension historique est bien maîtrisé. Même si la densité du propos exige une lecture attentive, les planches et la mise en scène de Manara rendent l’ensemble captivant.
L’adaptation est particulièrement recommandée aux lecteurs qui aiment les BD historiques profondes, les thrillers intellectuels et ceux qui apprécient les récits où la réflexion compte autant que l’action.

Les couvertures des 3 albums - © Glénat 2026.