Glénat : Captain Biceps T8, Braquage à la hussarde

/ Critique - écrit par plienard, le 14/07/2026

Captain Biceps – Tome 8 : L’atomiseur – note : 8/10

Le tome 8 de Captain Biceps – Tome 8 : L’Atomiseur, publié chez Glénat, est arrivé comme une bonne blague le 1er avril 2026 et marque surtout un retour : celui d’une série culte de l’humour absurde, après une assez longue absence. Et ça se sent immédiatement… pour le meilleur comme pour le plus discutable.


© Glénat 2026.

 

Le principe de la série est respecté : des gags courts, ultra-rythmés, où Captain Biceps affronte des parodies de figures pop venues de partout — super-héros, mangas, jeux vidéo, etc.

Ce tome pousse le délire en adoptant un cadre « multivers », ce qui permet toutes les collisions improbables avec une avalanche de références (parfois très actuelles), un humour immédiat, souvent visuel, et des chutes qui reposent sur la bêtise assumée du personnage.

Sur ce plan, le duo Zep / Tébo maîtrise parfaitement son timing comique. Certaines planches font mouche avec une efficacité redoutable — surtout quand elles jouent sur la déconstruction des codes super-héroïques.

Graphiquement, Tébo reste l’atout majeur de la série. Son style élastique, ultra-dynamique, colle parfaitement à la violence absurde des situations : des déformations extrêmes, des explosions visuelles, et une lisibilité impeccable malgré le chaos.

Un album fidèle à l’ADN de Captain Biceps.

 

Braquage à la hussarde – note : 7,5/10

Avec Braquage à la hussarde, Vincent Brugeas et Mr Fab signent un album aussi original que captivant. Après avoir démontré leur talent pour les récits d'aventure et les univers historiques, les deux auteurs s'attaquent ici à un exercice particulièrement séduisant : transposer les codes du film de casse dans la France de 1814, au moment où l'Empire napoléonien vacille sous les coups des armées coalisées. Le résultat est une bande dessinée nerveuse, intelligente et remarquablement maîtrisée, qui mêle suspense, politique et drame humain.


© Glénat 2026.

 

L'intrigue repose sur une idée particulièrement efficace. Alors que la chute de Napoléon semble inéluctable, cinq officiers français liés par la franc-maçonnerie décident de s'emparer d'un mystérieux coffre détenu par une comtesse royaliste réfugiée dans un château isolé. Derrière ce qui ressemble à un simple butin se cachent pourtant des informations susceptibles d'influencer le destin du pays. Mais une fois l'assaut lancé, rien ne se déroule comme prévu et les ambitions personnelles viennent rapidement fragiliser l'unité du groupe.

L'une des grandes réussites de l'album réside dans sa construction scénaristique. Vincent Brugeas ne livre pas un simple récit d'action historique. Très rapidement, le braquage devient le prétexte à un véritable thriller psychologique où les rapports de force évoluent constamment. Les alliances se font et se défont, les rancœurs remontent à la surface et chaque personnage révèle progressivement ses véritables motivations. Le coffre devient alors presque secondaire face aux tensions humaines qui explosent au sein du groupe.

Le contexte historique apporte également une réelle richesse au récit. La fin du Premier Empire constitue une période particulièrement propice aux intrigues politiques. Brugeas exploite habilement cette époque charnière où chacun tente de deviner quel sera le visage de la France de demain. Fidélité à Napoléon, nostalgie monarchiste, opportunisme ou simple instinct de survie : toutes ces sensibilités s'affrontent dans un huis clos où chaque décision peut avoir des conséquences majeures. L'Histoire n'est jamais un simple décor ; elle nourrit constamment les enjeux du récit.


© Glénat 2026.

 

Le huis clos constitue d'ailleurs l'un des principaux atouts de l'album. Une fois les protagonistes réunis dans le château, la tension ne cesse de monter. Le sentiment d'enfermement devient palpable et chaque échange contribue à renforcer une atmosphère de méfiance permanente. Cette montée progressive de la pression rappelle parfois certains thrillers cinématographiques où la parole devient aussi dangereuse que les armes. Le suspense repose moins sur l'action que sur l'incertitude quant aux choix que feront les personnages.

Graphiquement, Mr Fab réalise une prestation de tout premier ordre. Son dessin réaliste restitue parfaitement l'atmosphère crépusculaire de cette France au bord du basculement. Les uniformes, les armes, les intérieurs du château et les paysages ruraux témoignent d'un important travail de documentation. Mais au-delà de la reconstitution historique, c'est surtout sa capacité à faire vivre les personnages qui impressionne. Les regards, les postures et les expressions traduisent avec finesse les tensions qui traversent le récit.

Ses couleurs participent également à l'identité visuelle de l'album. Les tonalités légèrement ternies et poussiéreuses évoquent un monde en train de disparaître. Cette palette renforce le sentiment de fin d'époque qui imprègne chaque page et donne à l'ensemble une véritable cohérence esthétique.

L'autre force de Braquage à la hussarde est son sens du rythme. Malgré son format relativement court de 80 pages, l'album ne donne jamais l'impression de précipiter ses événements. Chaque scène apporte une information, développe un personnage ou fait progresser la tension dramatique. Cette efficacité narrative permet au récit de conserver une intensité constante jusqu'à son dénouement.

Au final, Braquage à la hussarde est une excellente surprise. En mêlant le film de casse, le thriller politique et la fresque historique, Vincent Brugeas et Mr Fab parviennent à créer une œuvre originale qui évite les pièges du genre. Porté par une intrigue solidement construite, des personnages ambigus et un dessin particulièrement inspiré, l'album offre une lecture immersive et passionnante. Une réussite qui démontre une nouvelle fois que l'Histoire constitue un formidable terrain de jeu lorsqu'elle est mise au service d'un récit aussi maîtrisé.

 


Les couvertures des 2 albums - © Glénat 2026.