La Garde (attention pépite) et Sorciers et bourbiers

/ Critique - écrit par Cirriana, le 27/06/2026

La Garde au coeur du soin

Certaines bandes dessinées racontent une histoire, d’autres nous ouvrent une porte sur un monde que l’on ne connait pas vraiment. La Garde appartient à cette seconde catégorie. À travers vingt-quatre heures passées dans un service de réanimation pédiatrique, cette œuvre documentaire nous entraîne au plus près de celles et ceux qui veillent, soignent, rassurent et parfois luttent contre l’inacceptable.

Le premier mérite de cette bande dessinée est sa délicatesse. Là où un sujet aussi sensible pourrait facilement sombrer dans le pathos ou le sensationnalisme, les autrices choisissent au contraire la retenue. Elles observent les gestes, les regards, les silences. Elles montrent la médecine non comme une succession d’exploits techniques, mais comme un engagement humain de chaque instant. Une attention portée à l’autre qui donne tout son sens au serment d'hypocrate.

Le lecteur découvre ainsi la réalité quotidienne de l’hôpital contemporain. Les équipes médicales et soignantes y apparaissent dans toute leur complexité : compétentes, passionnées, parfois épuisées, mais toujours animées par la volonté d’accompagner les patients et leurs familles. La bande dessinée rend visible ce qui reste souvent invisible : les heures de garde, les décisions difficiles, la coordination permanente entre les différents métiers, l’équilibre fragile entre expertise scientifique et présence humaine.

Sur le plan graphique, l’album se distingue par une approche sensible et lumineuse voir même poétique. Le dessin sait saisir aussi bien l’intensité dramatique de certaines situations que les moments de grâce, d’humour ou de solidarité... qui permettent aux soignants de tenir. Cette poésie discrète donne à l’ouvrage une profondeur particulière. Elle rappelle que même dans les lieux marqués par la souffrance, la vie continue de circuler à travers les liens qui se tissent entre les individus (coucou les pages sur le don d'organes).

Mais La Garde est également une œuvre instructive, sans jamais prendre la forme d’un cours magistral, elle éclaire le fonctionnement de l’hôpital public, les défis auxquels il est confronté et les tensions qui traversent aujourd’hui le système de santé, son historique aussi avec ses grands mouvements et ses récentes loies. Le lecteur comprend mieux les contraintes matérielles, la pression constante et la responsabilité immense qui pèse sur les équipes médicales. Cette dimension documentaire enrichit le récit et lui confère une portée citoyenne.

La Garde c'est avant tout une déclaration d’admiration envers celles et ceux qui consacrent leur énergie à prendre soin des autres. En donnant un visage à ces femmes et ces hommes souvent réduits à leur fonction, la bande dessinée rappelle que l’hôpital est d’abord une aventure humaine, qui doit être corélé par un administriatif pesant et un budget aloué.

Bref, belle, émouvante et humainement éclairante, La Garde est une lecture qui touche autant qu’elle instruit. Une œuvre nécessaire, apès l'euphorie du Covid, qui invite à regarder autrement le monde hospitalier et à mesurer la valeur de celles et ceux qui, chaque jour et chaque nuit, restent en garde pour les autres. ps : ne boudez pas les dernières pages entre réalités plus crues et morceaux de biographies enrubanées de poésie elles valent le coup.
© Delcourt 2026.

 

Sorciers et bourbiers : le colosse rouge

Sorciers et Bourbiers réussit un exercice délicat : raconter une histoire complète tout en laissant entrevoir un univers bien plus vaste. En clair vous pouvez lire ce premier tome sans être frustré. Sans noyer le lecteur sous les explications, la bande dessinée distille au fil des pages des indices sur un monde riche en magie, en créatures étranges et en destins bien affutés. On y croise des croisés, des sorcières, des vampires, des rois et des barons, un menestrel... bref toute la chouette panoplie d'un récit d'aventure. On soupoudre, meurtre, poisons, jugement attif et trahison et on obtient une recette de BD qui vous plonge dans un bel univers fantasy.

Porté par des personnages attachants et un sens de l’aventure très efficace, le récit se lit avec plaisir même sans connaître davantage de cet univers. Pourtant, une fois l’album refermé, l’envie d’y retourner est bien réelle. C’est sans doute sa plus grande réussite : offrir une aventure autonome tout en donnant le sentiment qu’il reste encore beaucoup à découvrir.

Bref, une lecture accessible, imaginative et prometteuse, qui pose les bases d’un univers dont on espère explorer bientôt d’autres recoins.


© Delcourt 2026.