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7/10Come Together

/ Critique - écrit par Maixent, le 06/11/2022
Notre verdict : 7/10 - Jeux coquins pour couple (Ecrivez votre critique)

Tags : come together beatles titre album lennon chanson

Le charme libertin des 70's

Incontournable de la bande dessinée érotique, Erich Von Götha a su, à l’instar de Manara, imposer un style immédiatement reconnaissable. Cependant, l’auteur britannique diffère de son homologue italien par une sexualité plus tournée vers les rapports de domination et de soumission comme on a pu le voir dans Les Malheurs de Janice ou plus ouverte et fantasmée dans Twenty. Avec Come Together, nous revenons aux débuts de cet auteur phare, retrouvant une légèreté teintée de fausse nostalgie vintage qui pourrait rappeler le côté brouillon de Hara Kiri tout en marquant durablement les esprits.
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C’est un projet titanesque auquel s’est attelé Erich Von Götha de 1979 à 1986, en s’occupant de la revue Torrid, la gérant à lui tout seul du début à la fin et en y publiant une flopée d’histoires érotiques. Bien qu’inachevée, Come Together est la plus longue, la plus complète et la plus représentative des récits publiés par Torrid, inscrivant en son sein l’ensemble d’une œuvre à venir. Dans un travail d’historien et d’archiviste, les éditions Dynamite offrent une réédition de ces pages de magazine dans une version luxe avec un bel album cartonné qui ravira les amateurs de curiosa, permettant au plus grand nombre de découvrir cette œuvre introuvable par ailleurs.


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Le récit s’ouvre d’une manière très explicite avec cette phrase qui présente nos deux héros et l’arrivée immédiate d’un élément perturbateur dans le schéma narratif classique : « Après seulement six mois de mariage, Jo et David avaient atteint un tournant dans leur relation », ou plus crûment comme l’annonce Jo : « David, j’aimerais te voir baiser une autre fille ». Le lecteur découvre (en même temps que Jo, malgré six mois de mariage, mais pourquoi pas…) que David est photographe pornographique, et Jo va devenir son assistante. Une première incursion dans la recherche de ce fameux « piment » du couple. Les personnages sont posés et l’action débute sur les chapeaux de roue avec l’enlèvement de Jo par trois hommes, une situation et un viol qui auraient pu être très mal vécus si Jo n’avait pas pensé du début à la fin qu’il s’agissait d’un jeu sexuel mis en scène par David. En tout cas, le traumatisme est évité et les deux amants reprennent leurs ébats comme si de rien n’était. S’en suivront de nombreuses scènes de libertinage incluant de multiples partenaires de tout âge et des deux sexes, parfois réalistes, voire touchantes, parfois totalement improbables dans un pur but fantasmatique.
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C’est là l’avantage et l’inconvénient du feuilleton. On gagne en efficacité et en abondance, ce que l’on perd en cohérence. Mais tout cela n’a pas vraiment d’importance car il faut plutôt voir dans Come Together un laboratoire dans lequel Erich Von Götha est totalement libre d’expérimenter. On peut s’en rendre compte notamment au niveau du dessin, assez inégal tant l’auteur y peaufine son style. Il y a des noirs profonds, des traits estompés, des contours trop marqués ou trop fins, des essais de matière ou encore des ombrages approximatifs. Ce qui n’empêche pas de très belles planches, habilement mises en valeur par un travail éditorial de qualité.

Pour véritablement apprécié Come Together, il faut se remettre dans le contexte de l’époque où la bande dessinée érotique et pornographique n’existe pas (du moins pas officiellement, ou sous le manteau). Il y a bien les Bibles de Tijuana quelques années auparavant ou des illustrations coquines de qualité comme celles de Bill Ward mais il faudra attendre 1983 pour la publication du Déclic de Manara qui commencera à ouvrir le genre au grand public. Se lancer dans une telle entreprise avec Torrid relève tout simplement de la folie avec cette avalanche de scènes torrides (comme son nom l’indique), de sexualité libre et assumée et de perversion toujours grandissante. D’autant que Erich Von Götha est conscient de ce qu’il produit, ne se prenant pas, la plupart du temps, au sérieux et déversant sa riche imagination kinky dans un flot ininterrompu. Come Together a donc ses faiblesses, c’est certain, mais le rendre accessible était indispensable.