Dupuis : Ce que j'ai vu à Auschwitz, Cinq Avril T4

/ Critique - écrit par plienard, le 28/04/2026

Ce que j'ai vu à Auschwitz – note : 7/10

Avec Ce que j’ai vu à Auschwitz – Les cahiers d’Alter publié chez Dupuis, la bande dessinée scénarisée par Jean-David Morvan et Victor Matet et dessinée par Rafael Ortiz quitte clairement le terrain de la fiction pour entrer dans celui, beaucoup plus exigeant, du témoignage brut.


© Dupuis 2026.

 

Cet album adapte les écrits d’Alter Fajnzylberg, membre des Sonderkommandos à Auschwitz-Birkenau. Les sonderkommandos étaient les « Équipes spéciales » chargées de diverses tâches sous le régime nazi. À Auschwitz, le Sonderkommando était une équipe de Juifs employée dans les installations de mise à mort, en particulier à la crémation des corps, et régulièrement renouvelée après l’assassinat de la précédente équipe.

Roger est le fils d’Alter. Il lui aura fallu plusieurs années avant d’ouvrir la boite à chaussures contenant les carnets de son père et de découvrir les secrets que ses parents lui ont toujours cachés pour le préserver.

D’emblée, le lecteur comprend que l’album se veut être un témoignage. Construit sans réel arc narratif, il n’est pas là pour séduire ou raconter une « bonne histoire » mais témoigner, révéler, « dire ce qu’il avait vu ».

Graphiquement, Rafael Ortiz adopte une approche mesurée. Evitant l’esthétisation outrancière de l’horreur et les mises en scène choc gratuites, il privilégie un dessin lisible, presque retenu ce qui a le paradoxe de renforcer la violence de ce qui est montré.

Les scènes liées aux Sonderkommandos sont particulièrement marquantes : elles ne cherchent pas l’effet, mais la précision. Et c’est précisément cette distance qui crée le malaise.

L’album est essentiel parce qu’il repose sur un témoignage rarissime — celui d’un membre des Sonderkommandos, que les nazis cherchaient à faire disparaître pour effacer toute trace, ce qui en fait une BD de transmission, plus que de narration. On est ici plus proche d’un travail de mémoire que d’un récit classique.

 

Cinq Avril – Tome 4 : Le berceau des Nations – note : 8/10

Le tome 4 de Cinq Avril – Tome 4 : Le berceau des nations arrive avec une promesse lourde : conclure une fresque historico-aventureuse qui, depuis le début, joue autant sur le romanesque que sur la vulgarisation de la Renaissance. Et il faut le dire d’emblée : c’est un final efficace… mais pas totalement irréprochable.

Sur le plan du scénario, signé Fred Duval et Michel Bussi, ce tome fonctionne comme une résolution en cascade. Toute l’intrigue converge vers la révélation des origines d’Avril, moteur de la série depuis le premier album. L’histoire enchaîne infiltration au Vatican, codex de Nicolas Copernic, manipulations politiques et apparition de figures historiques comme Hippolyte de Médicis.

Le problème, c’est que cette richesse narrative vire parfois à la précipitation. Là où les tomes précédents prenaient le temps d’installer leurs enjeux, celui-ci donne l’impression de cocher les cases du dénouement : révélations, retournements, conclusion. Tout y est, mais souvent compressé.

Comme le reste de la série, ce tome s’inscrit dans une volonté de mêler fiction et Histoire : intrigues politiques européennes, bouleversements scientifiques, humanisme renaissant…

Et c’est sans doute l’un de ses points forts. Même dans l’accélération finale, l’album conserve cette capacité à rendre accessibles des enjeux complexes (religieux, scientifiques, géopolitiques) sans tomber dans le didactisme lourd. On sent toujours cette ambition de “BD intelligente”, qui cherche à transmettre autant qu’à divertir.

Le travail de Noë Monin reste cohérent avec les tomes précédents : un style dynamique, lisible, qui privilégie l’efficacité narrative.

Les scènes d’action et les décors historiques fonctionnent bien, même si l’album ne cherche pas particulièrement à impressionner visuellement. On est davantage dans une BD d’aventure classique bien exécutée que dans une démonstration graphique.

Ce tome conclusif remplit sa mission principale : apporter des réponses. Et de ce point de vue, il ne triche pas : les mystères trouvent une résolution claire, l’arc d’Avril aboutit, et la série se boucle mais ne se prive de quelques révélations inattendues

Un bon tome de conclusion, solide et généreux, qui confirme les qualités de la série entrevues tout au long des trois précédents tomes.

 


Les couvertures des 2 albums - © Dupuis 2026.