Tout mais pas Beyrouth

/ Critique - écrit par Cirriana, le 12/07/2026

Tout mais pas Beyrouth 

Une bande dessinée essentielle pour comprendre le Liban d’aujourd’hui, voilà point.

Certaines bandes dessinées racontent une histoire. D’autres permettent de comprendre un pays, une époque et les êtres humains qui les traversent. Tout mais pas Beyrouth, de Mathieu Diez et Jibé, appartient clairement à cette seconde catégorie.


©  Delcourt 2026.

 

À travers le récit de quatre années passées au Liban, l’album propose bien davantage qu’un simple carnet de voyage. Il offre une immersion sensible, intelligente et profondément humaine dans un pays souvent réduit, dans les médias occidentaux, à ses crises successives. Dès les premières pages, le lecteur découvre un Beyrouth contrasté : meurtri par les difficultés économiques, marqué par les conséquences de l’explosion du port, mais aussi incroyablement vivant, créatif et attachant.

La grande force de cette bande dessinée réside dans son équilibre. Les auteurs évitent aussi bien le misérabilisme que l’exotisme facile. Ils montrent les difficultés du quotidien sans jamais effacer l’énergie de la société libanaise. Cette approche permet de dépasser les clichés pour révéler toute la complexité d’un pays où l’histoire, la politique et la vie ordinaire s’entremêlent en permanence.

Le dessin de Jibé accompagne parfaitement cette ambition. Son trait expressif et accessible rend les enjeux géopolitiques compréhensibles sans les simplifier à l’excès. Les scènes de rue, les rencontres et les moments de vie donnent une véritable épaisseur humaine au récit. On ne lit pas seulement une chronique diplomatique (mission culturelle pour la francophonie) : on partage une expérience familliale vécue.

L’album prend également une dimension particulière dans le contexte actuel. Alors que le Liban continue de traverser des périodes d’incertitude et de tensions régionales, Tout mais pas Beyrouth rappelle que derrière les événements internationaux se trouvent des millions de personnes qui poursuivent leur existence, travaillent, créent, espèrent et résistent. Cette dimension humaine donne au livre une résonance rare.

Sur le plan historique, l’ouvrage constitue aussi une remarquable porte d’entrée vers la compréhension du Liban contemporain. Les auteurs replacent les événements récents dans une histoire plus longue, marquée par les fractures politiques, les influences étrangères, la guerre civile et les défis de la reconstruction. Sans jamais se transformer en manuel, la bande dessinée transmet des clés de lecture précieuses pour saisir les réalités du pays.

Mais ce qui rend finalement Tout mais pas Beyrouth si réussi, c’est l’affection sincère qui traverse chaque page. Malgré les crises, malgré les difficultés, le récit est porté par une profonde admiration pour Beyrouth et ses habitants. Cette tendresse donne au livre une chaleur particulière et empêche tout regard condescendant.

À une époque où l’actualité internationale est souvent consommée sous forme de titres rapides et d’images fugaces, cette bande dessinée rappelle la puissance du récit long et du témoignage personnel. Elle éclaire, elle informe, mais surtout elle rapproche.

Bref, ne passez pas à côté de Tout mais pas Beyrouth qui est ainsi une œuvre passionnante qu’utile, capable de faire découvrir le Liban à ceux qui le connaissent peu tout en offrant aux lecteurs déjà familiers de la région un regard sensible et nuancé. Une lecture fortement recommandée, à la fois document historique, récit de voyage et déclaration d’amour à une ville qui continue de fasciner malgré toutes les épreuves.