Delcourt : Reines de sang - Agrippine & Poppée

/ Critique - écrit par plienard, le 23/04/2026

Reines de Sang - Agrippine – Tome 2 : Le théâtre des fous – note : 7,5/10

C’est une période particulièrement sombre que traite cette trilogie sur Agrippine, qui coche toutes les cases pour être intégrées dans la série-concept des éditions Delcourt, Les reines de sang.


© Delcourt 2025.

 

Descendante de la gens Julia, Agrippine est la sœur de Caligula et la mère de Néron. Elle n’a de cesse d’œuvrer pour que son fils devienne le prochain empereur de Rome. Mais son frère sombre peu à peu dans la folie et la schizophrénie et va la déporter sur une île. Cela ne l’empêchera pas de fomenter son assassinat. Mais le pouvoir attire bien des convoitises et après son frère, c’est la femme de son oncle, Messaline, qui sera le prochain obstacle.

Si vous vous perdez dans les noms et les liens entre chaque protagoniste de l’histoire romaine, cette trilogie parvient parfaitement à identifier et à replacer les personnages. Elle montre toutes les perfidies et les complots qui peuvent s’exercer pour acquérir le pouvoir. Et Agrippine, qui n’a rien à voir avec l’héroïne de Brétécher, n’est pas en reste en empoisonnements, complots et assassinats. Elle gagne clairement ses lettres de noblesse pour être sacrée Reine de sang.

Luca Blengino, Roberto Ali, les auteurs de Babylone, dans la série des 7 merveilles, dévoilent clairement les horreurs et les bassesses de chacun pour arriver à leurs fins.

Une trilogie qui se complète avec les autres albums de la série, Messaline et Poppée (voir ci-dessous), scénarisés aussi par Luca Blengino.

 

Reines de sang – Agrippine – Tome 3 : Ce qui ne peut être nommé – note : 7/10

Le tome 3 de Les Reines de sang – Agrippine, scénarisé par Luca Blengino et dessiné par Roberto Ali, conclut la trilogie consacrée à l’une des figures les plus redoutables de la Rome antique.

Nous sommes en 54 après J.-C. : Néron est empereur, mais sa mère Agrippine refuse de rester dans l’ombre. Son ambition la pousse à affronter son propre fils, ainsi que de nouveaux rivaux comme Poppée.


© Delcourt 2026.

 

Un dernier tome qui converge vers une guerre intime et politique, où le récit se focalise sur la montée en tension entre la mère et son fils, et la radicalisation du personnage d’Agrippine. Tout cela donne une dimension quasi shakespearienne à leurs affrontements. Agrippine y incarne la volonté de pouvoir.

Le milanais, Roberto Ali, propose un trait puissant, avec des compositions dynamiques, des visages expressifs et marqués, et une violence omniprésente dans les corps et les regards. La mise en scène privilégie le spectaculaire, alors que certaines cases manquent parfois de lisibilité et de détails.

Un tome conclusif qui présente le pouvoir comme une machine destructrice. Mais les auteurs se démarquent des mêmes récits de la collection Reines de Sang avec une conclusion qui présente Agrippine comme la victime d’une société viscéralement patriarcale.

 

Reines de sang – Poppée – La femme qui vécut deux fois – note : 7/10

Toujours écrit par Luca Blengino, mais dessiné cette fois par Riccardo Randazzo, cet album se concentre sur Poppée Sabina, figure centrale de la cour de Néron.

Poppée, survivante d’un massacre familial, cherche à accéder au pouvoir en séduisant les empereurs successifs. Mais son ascension la confronte à Néron, dont elle devient à la fois l’épouse et la victime.


© Delcourt 2026.

 

Contrairement à Agrippine, le récit adopte une approche plus intime et psychologique. Le scénario se distingue par une construction en miroir (ascension / chute), avec une héroïne moins monolithique. Poppée n’est pas seulement ambitieuse : elle est aussi prise au piège de ses propres stratégies.

Le dessin de Riccardo Randazzo est plus classique mais aussi plus lisible, avec une élégance des compositions.

L’album offre une tension psychologique réussie avec un sous-titre qui prend toute sa quintessence dans sa seconde partie. Mais du coup, sommes-nous toujours dans la collection reines de sang ? Je vous laisse seul juge.

Après Agrippine, Luca Blengino se démarque avec cette nouvelle reine.

 

Les albums s’inscrivent dans la même chronologie romaine et partagent les mêmes figures historiques (Néron, cour impériale), une vision sombre du pouvoir et un même scénariste. Pour autant, leur traitement diverge fortement et offre deux visions du pouvoir féminin : La reine Agrippine qui a une volonté de domination, et l’objectif du pouvoir qui est traité comme une conquête totale, quand Poppée offre un visage de séduction et d’adaptation, où le pouvoir est une illusion instable.

Les deux albums se répondent explicitement : Poppée devient l’adversaire d’Agrippine dans la lutte pour influencer Néron. Dans chacun on y retrouve ainsi les mêmes scènes. Le scénariste Luca Blengino a donc signé un diptyque presque complémentaire où il présente un pouvoir féminin qui n’est ni héroïque ni émancipateur et qui se retrouve piégé dans les mêmes mécanismes de violence que le pouvoir masculin.

Luca Blengino est ainsi le scénariste des albums consacrées aux reines romaines avec les triptyques Les Trois Julia, et Agrippine et les one-shot Poppée et Messaline. Chaque récit se retrouvent rattachés aux mêmes familles, et aux mêmes personnages : une sorte de cross-over royal.

 


Le couretures des 3 albums - © Delcourt 2026.