Delcourt : La bête du Nord, Le vent dans les saules

/ Critique - écrit par plienard, le 08/05/2026

La bête du Nord – note : 6/10

Le héros iconique de Robert E Howard fait l’objet d’une adaptation d’Oscar Martin et Leonel Castellani aux éditions Delcourt dans un one-shot d’aventure héroïque et barbare, comme il se doit.


© Delcourt 2026.

 

Dans cet album, le cimmérien qui n’est pas encore roi arrive dans la cité frontalière de Hud-hund Engaun. Il va accepter la mission de délivrer la fille d’un chef de clan — soi-disant enlevée par un clan rival — mais se retrouve rapidement plongé dans une conspiration mortelle où trahisons, alliances douteuses et violence omniprésente se succèdent.

Le scénario signé Oscar Martin s’inspire librement de l’univers créé par Robert E. Howard tout en proposant une intrigue originale. Le récit ne se contente pas d’enchaîner les combats : il joue avec des retournements narratifs qui pimentent la quête initiale, explorant les rivalités entre bandes, les trahisons et les faux semblants. La violence n’est jamais gratuite, mais elle souligne constamment l’atmosphère âpre et hostile du cadre.

Ce rythme soutenu et ces rebondissements évitent l’écueil d’un simple enchaînement de bastons sans substance, même si l’action reste au cœur de l’expérience pour le lecteur.

Le dessin et les couleurs sont signés par Leonel Alexis Castellani. Le style graphique suggère une esthétique réaliste mais un peu enfantine qui peut desservir l’ambiance brutale de cet univers pour des lecteurs qui attendent plus de pragmatisme. La colorisation, quant à elle, joue un rôle important avec ses teintes sombres qui renforcent l’ambiance lourde et dangereuse des lieux.

Un récit qui ne laisse de place à l’ennui, mêlant combats, trahisons et mystères. Plus qu’un guerrier brutal, le barbare se révèle nuancé : il pense, il calcule, il s’adapte aux rebondissements imprévus.

 

Le vent dans les saules – note : 9/10

Avec l’intégrale Le Vent dans les Saules publiée chez Delcourt, on ne parle pas simplement d’une réédition patrimoniale : on redécouvre une œuvre qui fait partie de ces BD capables de traverser les décennies sans perdre leur pouvoir d’enchantement… ni leur étrangeté.


© Delcourt 2026.

 

Et pourtant, sous ses airs de conte animalier, ce n’est pas une lecture aussi innocente qu’elle en a l’air.

Adaptée du roman de Kenneth Grahame, cette version signée Michel Plessix suit les aventures de Taupe, Rat, Blaireau et du fantasque Crapaud dans un monde bucolique… constamment perturbé par les excès de ce dernier.

Le Vent dans les Saules n’est pas une BD d’action. De longues séquences de promenade, des dialogues tranquilles, des scènes de vie presque anecdotiques, c’est précisément là que réside sa force.

Parmi les personnages, celui de Crapaud est celui qui ressort. Obsédé par le progrès, capricieux, irresponsable, ses lubies (notamment pour l’automobile) entraînent le groupe dans une série de catastrophes. Mais derrière l’humour, il y a une vraie lecture critique :
Crapaud incarne une aristocratie décadente, fascinée par la modernité au point d’en perdre tout bon sens.

On est loin du simple personnage comique : c’est une satire douce-amère du progrès et de la société.

Visuellement, l’intégrale permet de mesurer à quel point Plessix était un immense dessinateur. Décors foisonnants, nature vivante, chaque planche respire. On prend le temps de regarder, de s’attarder, de se perdre dans les détails.

Cette édition intégrale permet de redécouvrir ce dessin d’une richesse exceptionnelle.

Une œuvre majeure de la BD franco-belge, à la fois douce, drôle et profondément mélancolique. Une intégrale superbe, qui magnifie un classique.

 


Les couvertures des 2 albums - © Delcourt 2026.