Casterman : Les murailles de Samaris, Lune de miel T3
Bande Dessinée / Critique - écrit par plienard, le 21/04/2026
Les cités obscures – Les murailles de Samaris – note : 8/10
Avec cette réédition 2026 de Les Murailles de Samaris, premier jalon des Les Cités obscures, publiée chez Casterman, on redécouvre une œuvre fondatrice… mais aussi profondément atypique, presque déroutante dans le paysage BD contemporain. Et c’est précisément ce qui la rend toujours aussi fascinante.

© Casterman 2026.
Dès les premières pages, le récit de Benoît Peeters et François Schuiten pose un cadre simple : un émissaire, Franz Bauer, est envoyé enquêter sur la mystérieuse cité de Samaris, dont personne ne revient. Mais très vite, la BD glisse vers autre chose : une lente dérive mentale, presque kafkaïenne.
Le voyage est long, la ville semble figée, répétitive, irréelle… jusqu’à la révélation finale : Samaris n’est qu’un décor, une illusion mécanique, une ville factice qui piège ses visiteurs.
Une profonde ambiance énigmatique parcourt le récit, même si la narration est parfois rigide, et les personnages apparaissent assez froids. Mais cette rigidité participe aussi à l’effet recherché : le lecteur ressent l’étrangeté, la répétition et l’ennui… comme le héros.
Graphiquement, même en 2026, l’album garde son choc visuel toujours intact. Initialement paru en 1984, il inaugure la naissance d’un univers majeur de la BD franco-belge, la série des cités obscures et ce qui fera sa force : Les villes ne sont pas des décors, elles sont de véritables personnages.
Et cette nouvelle édition, plus généreuse (format, pagination enrichie), permet de mieux apprécier ce travail, notamment avec l’ajout de récits complémentaires comme Les Mystères de Pâhry.
Une œuvre fondatrice, brillante dans son concept et son univers visuel.
Lune de miel - Tome 3 : Midi entre quatre planches – note : 7/10
Avec Lune de miel – Tome 3 : Midi entre quatre planches chez Casterman, Bastien Vivès poursuit sa série d’aventure… mais opère un léger déplacement de ton. Moins exotique, plus absurde, on sent que l’auteur a la volonté de se renouveler et ne pas rester dans un univers.
Exit les destinations lointaines : cette fois, Sophie et Quentin posent leurs valises à Bruxelles, où une simple conférence sur les surréalistes vire à la situation improbable.

© Casterman 2026.
La ville devient un décor quasi irréel : envahie par le brouillard, paralysée par les travaux, transformée en une sorte de Far West urbain où gangs et collectionneurs de BD s’affrontent. Bastien Vivès fait basculer le récit dans une sorte de délire où l’humour est plus présent, les situations plus absurdes et l’ambiance presque surréaliste, avec parfois l’impression de fonctionner par sketches.
Avec cet album, l’auteur réussit une évolution bienvenue, qui évite la répétition pure par rapport aux deux précédents tomes, contenant une énergie, une spontanéité. Bastien Vivès garde son trait épuré, avec une narration ultra lisible. Mais ses deux personnages, Sophie et Quentin, restent peu développés. Ils servent de vecteur à l’aventure.
Un tome plus original et décalé, qui apporte un vent de fraîcheur à la série.

Les couvertures des 2 albums - © Casterman 2026.