8/10X-Men - 1999-2000 - Les enfants de l'atome

/ Critique - écrit par riffhifi, le 21/05/2007
Notre verdict : 8/10 - Le mutant passe vite (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 1 réaction

Sans exagérer, on peut considérer que cet album est un indispensable, aussi bien pour le nostalgique des premiers X-Men que pour le lecteur occasionnel des aventures mutantes.

Rappel des faits : en septembre 1963, les X-Men font leur première apparition. L'équipe est alors composé des tous jeunes Scott Summers (Cyclope), Warren Worthington III (Angel), Hank McCoy (le Fauve sans poil) et Bobby Drake (Iceberg), tous élèves du professeur Charles Xavier (qu'on appelle alors professeur X). Dans ce premier numéro, ils sont rejoints par Jean Grey (Marvel Girl) et affrontent sans plus tarder Magneto.
En 1999, Joe Casey se propose de décrire les quelques mois qui ont précédé cette première aventure, en montrant à la fois le climat social du moment et le recrutement des jeunes gens par Xavier...

Un album pour les fans

undefined944.Débarrassons-nous directement de la critique essentielle qu'on peut faire à l'album : avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas enchaîner cette histoire avec celle du premier numéro d'X-Men. Même si les dernières cases cherchent à faire le lien avec cette première histoire, trop d'éléments viennent contredire la continuité : d'une part nous sommes ici clairement dans les années 90 (outre d'évidents indices dans les décors et les accessoires, quelques références très amusantes sont faites à Monica Lewinski ou encore à Dennis Rodman), d'autre part on trouve plusieurs contradictions entre les éléments relatés et ceux qui sont censés se dérouler plus tard (par exemple, le statut de mutant de Warren et Hank semble connu du monde entier). Mais ne soyons pas pointilleux, l'album se savoure très bien en solo.

Car le plaisir de découvrir les personnages dans leur prime jeunesse est bien là : Hank McCoy est la star de foot du lycée, Warren Worthington joue les justiciers solitaires, Bobby Drake a du mal à accepter l'émergence de ses pouvoirs, et Scott est l'archétype de l'adolescent mal dans sa peau. Le nez plongé dans ses bouquins, la démarche mal assurée et le cou en avant, il est sans doute celui des cinq qui a eu droit au traitement le plus intéressant. Jean Grey reste évidemment très en retrait, et sa présence semble plus destinée à satisfaire les amateurs de la jolie rouquine qu'à servir l'intrigue.
Les scènes d'action et les personnages en collants moulants sont rares, mais là n'est pas le sujet, et le dessin limpide typé années 60 fait suffisamment plaisir aux yeux pour faire facilement oublier au lecteur l'absence de combats homériques. Bien que trois dessinateurs se soient succédés sur le projet (initialement paru dans une mini-série de six numéros), le style est parfaitement uniforme et le passage de l'un à l'autre se fait sans heurt. La lisibilité de leur travail fait d'autant plus plaisir à voir que les années 90 avaient été celles de l'explosion des cases et des couleurs dans les comics, à tel point qu'un tube d'aspirine aurait dû être vendu en option avec certains titres.

Un album pour les profanes

undefined943.Mais ce qui fait de ces Enfants de l'atome un album particulièrement appréciable - et accessible à un public plus large que les autres, c'est l'universalité de son intrigue, qui d'un côté ne nécessite pas d'avoir lu soixante parutions de Marvel pour en comprendre les rouages, et d'un autre côté synthétise avec talent les thèmes essentiels abordés tout au long de la saga des X-Men.
Il est donc question d'une société où les mutants commencent à apparaître, suscitant les plus vives polémiques et faisant naître une vague de haine alimentée par ceux qui ont peur de voir leur existence d'homo sapiens menacée par cette nouvelle espèce. Cette société est montrée à travers de fréquents inserts d'émissions télévisées, qui ne sont pas sans rappeler celles dont Frank Miller truffait son excellent Dark Knight Returns.
De multiples métaphores sont visibles ici, de façon plus nette que jamais : la peur de l'évolution bien sûr, mais aussi cette façon que peut avoir une Amérique pourtant bâtie sur le métissage racial et culturel de former des clans, et de nourrir des luttes intestines malgré la bonne volonté un peu vaine de certains idéalistes. Le Ku Klux Klan est clairement évoqué par un groupe de lyncheurs masqués, ainsi que la chasse aux sorcières organisée dans les années 50 par le sénateur McCarthy, qui voulait traquer les communistes jusqu'au dernier, générant ainsi une période malsaine de délations et de crainte. Dans Les enfants de l'atome, un extrémiste politique appelle le peuple à recenser et éliminer les mutants, qui sont considérés comme un danger. Et comme le peuple en question est facilement influençable et effrayé par la différence, rares sont ceux qui osent se poser les bonnes questions. Le sujet fait froid dans le dos, mais ne semble pas prêt d'être clos.

Sans exagérer, on peut considérer que cet album est un indispensable, aussi bien pour le nostalgique des premiers X-Men que pour le lecteur occasionnel des aventures mutantes. Comme souvent, la version française se casse les dents sur quelques subtilités, mais elle reste globalement très correcte, et visuellement, la collection 100% Marvel traite son matériau avec beaucoup de respect.

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