7/10Wildcats - 2003 - Clause de confidentialité

/ Critique - écrit par athanagor, le 20/11/2008
Notre verdict : 7/10 - T.V.A. sur la baston (Ecrivez votre critique)

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Les WildC.A.Ts apparaissent en 1992 et se développent, autour d'un thème central, en plusieurs sous-séries. Voici la traduction française et la compilation de l'une d'elles, parue entre octobre 2002 et janvier 2007.

Les WildC.A.T.s (Covert Action Team) sont apparus en 1992 chez Image Comics. Créée par Brandon Choi et Jim Lee, puis dessinée et scénarisée, on s'en doute, par nombre d'auteurs, cette série raconte en substance la lutte séculaire de deux espèces extra-terrestres qui, après s'être écrasées sur Terre bien avant notre ère, se sont mêlées à nous pour mieux se mettre sur la gueule dans le feutré. Le fait que l'une des deux espèces soit plus favorable au sort des humains (les Kherubims) que l'autre (les Daemonites) permet, par l'assimilation à une polarité religieuse, de rajouter ce petit plus qui sous-tend l'immense majorité des comics, à savoir la confusion existant dans la perception des héros, à la limite du divin.

De par son âge et la foison des parutions, il s'avère difficile de saisir tout le système de pensée élaboré autour de la série et fort Grifter et Spartan
Grifter et Spartan
heureusement, on se passe très bien de cette connaissance pour apprécier ce tome 2, le tome 1 étant résumé dans les premières pages de l'ouvrage de façon suffisamment claire et courte. Ce petit rappel autorise donc à se lâcher sans crainte dans les turpitudes des impétrants.

Dans cet ouvrage, l'histoire n'évolue que très peu, et on se concentre essentiellement sur les multiples implications psychologiques que les quelques évènements survenants, tous intenses, ont sur les personnages. Cole Cash, alias Grifter, une des figures emblématiques des WildC.A.T.s commence à souffrir du manque d'action. Colloqué dans un fauteuil roulant à la suite de sa récupération de l'Agent Orange, robot tueur du FBI, il aura le temps de repérer en Edwin Dolby, comptable chez Halo (la firme dirigée par Jack Marlowe alias Spartan) un digne successeur. Hélas, malgré l'entraînement, Dolby n'est pas un tueur et sa première mission en tant que Grifter, l'acculant à l'acte ultime, manquera de peu le laisser dans une dépression sans fond. A l'opposé, son ancien collègue Sam Garfield, comptable lui aussi, se retrouve également dans la position de l'assassin. Mais contrairement à Dolby qui est rongé par sa conscience, Garfield ne tremble à la pensée de son geste que parce que celui-ci le mènera à coup sûr en prison, où son intégrité physique de derrière sera immanquablement mise à mal. Il se remet d'ailleurs très vite de son geste en apprenant l'intersession de Marlowe à son égard, et la disparition de la menace carcérale.

On touche alors légèrement du doigt à un des aspects constitutifs des comics : l'importance des costumes pour les super-héros. Le plus souvent ils sont compris comme éléments de couverture, garantissant la sécurité en dissimulant l'identité, mais aussi et surtout comme la seconde peau qui permet auTraining day
Training day
citoyen lambda de ne plus être lui, mais bien le héros que l'extrémité des situations pousse souvent à l'insupportable. Mû par la conscience aiguë de son devoir, il accepte le sacrifice de ses valeurs pour la sauvegarde du plus grand nombre, mais ne le supporte que grâce à cette illusion dissociative. Or, ici tout est plus simple. Malgré son costume et ce que cela lui autorise en théorie, Dolby n'y arrive pas, tout simplement parce que pour être un super-héros et assumer ce genre de responsabilités et d'actions, il ne suffit pas de porter un masque, il faut aussi être un salaud. Ce thème est porté par le personnage de Garfield donc, qui tuant à visage découvert pour une broutille et ne craignant que pour lui, assume bien vite et avec aise la mission que lui assigne son sauveur, alors que Dolby, pourtant avantagé par son déguisement de Grifter, n'y parvient pas. Au final, on constate que de tous les gens de l'histoire dont les pouvoirs et/ou le talent justifient leur place dans le livre d'or des justiciers, aucun ne portera de costume. Cet honneur n'est réservé qu'à Dolby, seul de tous les personnages ne disposant d'aucune des capacités nécessaires. Dans cette logique, le cran intermédiaire est incarné par les deux hommes de mains SM ultra-violents, qui s'habillent en cuir, chaînes et colliers à pointes pour le plaisir, et cela aussi en dit long.

Puis ce sont toutes les notions de chevalerie et d'abnégation supposément portées par les héros qui tombent dans la moulinette de cet album : l'agent Wax qui, bien que du bon côté, utilise ses pouvoirs hypnotiques pour abuser de la femme de son chef, et Grifter (l'original) dont les hommes de mains sont ces dominateurs SM version hard. L'image du super-héros sera encore un peu plus écornée pendant la formation de Dolby, où Grifter n'oubliera pas de lui apprendre à bien tenir son flingue légèrement sur le côté pWorking day
Working day
our avoir l'air cool et surtout à développer la répartie lui permettant de sortir un bon mot avant d'achever son adversaire. Pour parachever le tableau, le monde environnant est peuplé de héros retraités, dont certains arrondissent leurs fins de mois en vendant à la sauvette les armes qui ont fait leur succès à la belle époque. Le seul qui semble se préoccuper un tant soit peu du sort de l'humanité, c'est Jack Marlowe, androïde habité par l'âme d'un extra-terrestre.

Le ton résolument trash de la BD, par son cynisme et sa crudité, ainsi que le monde dans lequel il prend place, poussent à se demander s'il ne s'agit pas d'un mouvement de fond dans les comics. Comme pour Batman dans la chronologie de ses apparitions, la difficulté croissante à reconnaître dans le héros un gars sympathique trouve ici un écho qui se prolonge à des extrêmes tel que Wanted, où un comptable (encore un) devient un héros du côté obscur, dont le pouvoir est une incroyable capacité à tuer. Mais le plus déroutant, c'est que malgré tout, on aime bien, sans savoir si c'est vraiment la critique sous-jacente qui nous branche.

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