5/10W.E.S.T. - Tomes 1 à 3

/ Critique - écrit par iscarioth, le 27/09/2006
Notre verdict : 5/10 - Peu de choses sous les complications (Ecrivez votre critique)

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Critique des tomes 1 à 3 : WEST noie le lecteur sous une avalanche de vignettes, d'écritures, d'information, pour finalement laisser une impression de vide psychologique, d'absence d'enjeux.

West, comme un western ? Non, pas vraiment. Les histoires contées par West se déroulent tout début du 20ème siècle, à une époque où les tonalités western telles que nous les connaissons commençaient déjà sérieusement à s'estomper dans le paysage. West raconte en fait la formation et les enquêtes d'un groupe d'élite. « Weird Enforcement Special Team ».

43900_250.Les quatrièmes de couverture des albums l'annoncent franchement par de petits slogans tonitruants (« L'histoire est en marche et eux seuls peuvent l'arrêter », « des parias, des hors-la-loi »), le groupe formé se veut puissant et charismatique. Cette formule proposant de combiner des archétypes pour constituer un groupe électrique de personnalités fortes est un élément souvent répété dans les fictions de tout genre, que ce soit pour le cinéma, la télévision ou la littérature. On retrouve donc avec WEST quatre personnalités bien encrées : Salvaje le vieux baroudeur réjoui, Bishop, le jeune coq impulsif et sarcastique, Angel, l'indien-catholique mystique et, le leader, parce qu'il en faut bien un, Morton, un vieux gentleman increvable. A ces quatre personnages de base va venir se greffer la demoiselle de la bande, Miss Lennox, médecin spécialiste de l'aliénation. Les personnages sont tous fixés dans leurs rôles très vite, souvent à grand renfort de clichés. Pour exemple, la mise en scène de Murton, dans toute sa splendide et son flegme anglo-saxon. Un gentleman cowboy qui dégaine colt ou couteau sans même avoir besoin d'ouvrir les yeux. La série prend le parti de se diviser en épisodes racontés par diptyques. La première histoire nous parle d'une série de meurtre, au plus haut niveau des affaires et de la politique. La seconde affaire, entamée avec le tome trois, nous amène à Cuba où le sorcier Islero terrorise l'île disputée entre les indépendantistes et les partisans de l'annexion aux Etats-Unis. Les histoires proposées sont saupoudrées de quelques élans fantastiques ou tout au moins ésotériques et mystérieux.

43901_250.Enquêtes policières sur deux albums, personnages stéréotypés, groupe d'enquêteurs/baroudeurs... En partant de cette base, on peut s'imaginer une série plutôt facile d'accès, classique, qui se parcourt allégrement. Eh bien pas du tout. Si WEST prend le parti peut être un peu trop facile et commun de fixer ses personnages en stéréotypes dès les premières vignettes de leur apparition, la série n'expédie pas pour autant la teneur des enquêtes et mystères proposés. Il faut attendre le second épisode de chaque histoire pour que toutes les saynètes et indices disséminés se rejoignent et s'entrecoupent logiquement. La plupart des albums de bande dessinée se lisent sur une demi heure. Ce n'est franchement pas le cas de WEST, qui prend le parti d'être considérablement chargé en dialogues et écritures. Même si les choses s'allègent avec le tome trois, WEST se parcourt lentement de par la multitude des pistes et informations lancées. La somnolence ou la semi-concentration ne sont pas permises. Cette caractéristique pourrait contenter, par une teneur soutenue qui s'éloigne des habituelles facilités, mais a plutôt tendance à fatiguer, à rendre les albums indigestes. Il est à la fois difficile de lire les deux albums d'un diptyque de WEST d'affilée sans subir les désagréments de l'indigestion mais aussi de parcourir la seconde partie d'une histoire sans avoir la première bien en tête. Au final, WEST donne beaucoup plus à lire qu'à regarder, ce qui est parfaitement regrettable vu la bonne qualité des dessins et couleurs de Christian Rossi, sur lesquels le lecteur n'a pas le temps de s'attarder (voir les pages 20 et 21 de Century Club, bon exemple pour illustrer le côté laborieux de la lecture et l'éclipse du texte sur le dessin).

this7626_1154356013_250Techniquement, WEST est plutôt correct, dans une veine classique, sans trop de surprises. Le découpage est traditionnel, sauf pour le début du tome un où les auteurs se sont essayés à un découpage sur deux planches, effet manqué, le format, la pliure des pages ne se prêtant pas à une lecture confortable dans ce sens. Les couleurs reprennent des tons brunâtres et orageux, très caractéristiques de la façon dont on représente l'Amérique du début vingtième ou même celle du western. WEST, à la sortie du premier tome, a tout de même pas mal déçu. La réunion de Xavier Dorison, maintes fois félicité pour son Troisième Testament et de Rossi (dessinateur de La gloire d'Héra, Tirésias) promettait beaucoup d'innovations et de forces narratives. WEST est en fait une transposition BD des mécaniques classiques du polar hollywoodien (personnages typés, psychologie faiblarde, débats politiques sous-jacents esquivés). Un côté laborieux et convenu accentué par des transitions peu évidentes, qui catapultent le lecteur de personnage en personnage, de situation en situation, de façon plutôt confuse.


WEST noie le lecteur sous une avalanche de vignettes, d'écritures, d'information, pour finalement laisser une impression de vide psychologique, d'absence d'enjeux. L'intrigue est convenue et rabâchée mais donne l'impression d'innover par une narration très alambiquée.

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