9.5/10Ma vie mal dessinée

/ Critique - écrit par Maixent, le 28/01/2009
Notre verdict : 9.5/10 - La vie bien racontée (Ecrivez votre critique)

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Une oeuvre magistrale d'un auteur dont le talent n'est plus à prouver. Gipi nous amène dans les tréfonds de l'âme humaine à travers sa propre expérience.

Prix Goscinny 2005, Gipi n’a pas pour autant pris la grosse tête et ses souffrances intérieures qu’il exploitait déjà dans Le local ou Notes pour une histoire de guerre sont toujours présentes.

Creusant encore plus profondément dans sa chair et son âme J'apprends à nager
J'apprends à nager
d’auteur, Gipi livre dans Une vie mal dessinée un grand récit autobiographique sans tabous, oscillant sans cesse entre la cruauté et la grâce. S’adressant directement à ses lecteurs, Gipi partage tout. De ses peurs d’être traité de pédé à ses maladies sexuelles en passant par ses inhibitions et ses plongées dans l’enfer de la drogue et de la violence, sans pour autant faire l’impasse sur les bonheurs de la vie, les amitiés indestructibles et les amours éternels. La force de Gipi tient dans le fait qu’il ne cherche pas à émouvoir, ni à montrer un exemple. Il s’abandonne tout entier dans ce récit complexe, assez décousu, comme une vie humaine.

A 45 ans, Gipi essaye de se comprendre. De découvrir pourquoi il a pu causer tant de souffrances sans vraiment le vouloir. Dans une sorte d’auto-thérapie ayant pour point de départ son incapacité à aimer, il tente de remonter aux sources de sa souffrance intérieure pour pouvoir enfin l’apprivoiser et trouver un peu de paix. Mais au-delà de cette recherche intérieure, le récit dérive sur des questions d’ordre plus généralistes et métaphysiques, tenter de trouver un sens à la vie dans cet imbroglio d’histoire. L’auteur se perd lui-même dans ses pensées, et les digressions sont légion mais ne représentent que mieux le subconscient et ne perdent en aucun cas le lecteur. On est porté par l’honnêteté eL'homme en noir
L'homme en noir
t les sentiments de l’auteur et même si le dessin semble au premier abord difficile, on le suit avec plaisir dans les méandres torturés de son passé, obsédé par "l’homme dans le noir", déclic à la souffrance de son existence. Gipi donne à voir et à penser dans un trait énergique et coup de poing qui ne peut pas laisser indifférent. Trimballant avec lui tout le mal du siècle, son dessin est un cri humaniste. Avec seulement quelques traits et anecdotes, il dépeint avec une finesse rare les tourments et les petites joies, brossant un portrait juste et sincère de ce début de XXIème siècle poussif et désenchanté. Hanté par le jugement des autres et la peur de l’amour.

Le récit autobiographique, dessiné comme sur le vif en noir et blanc, est entrecoupé L'Amour du pirate
L'Amour du pirate
de scènes plus travaillées, une histoire de pirates sanguinaires où il est question d’amour et de « Sfrush ». En prise avec son imaginaire, l’anti-héros est embarqué dans un récit traumatisant de son enfance, à la merci d’un capitaine pirate au visage émacié et à la cruauté sans nulle autre pareille. Ce récit dans le récit, au-delà de son fort potentiel narratif, donnant une structure plus élaborée à l’ensemble, permet de mélanger fantasme et réalité. Le récit n’en est que plus complet, le lecteur étant projeté à la fois dans le moi, le sur-moi et le ça de l’auteur. Gipi nous propose donc un voyage à l’intérieur de soi qui peut paraître brouillon, mais d’une richesse incommensurable. Il offre ici un livre à garder chez soi qu’il faudra relire plusieurs fois et à différents âges pour en comprendre toute la portée. Un remarquable travail d’improvisation maîtrisée qui sort des sentiers battus et nous transporte au plus profond de nous-mêmes.

Un seul commentaire négatif tout de même pour finir, c’est vraiment du masochisme que d’appeler cet album « Ma vie mal dessinée » et je pense que tous les dessinateurs ont déposé une fatwa à l’encontre de Gipi pour foutage de gueule généralisé car s’il considère avoir gâché une partie de sa vie, de son talent de dessinateur il n’y a rien à dire.

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