6/10Ma vie en l'air

/ Critique - écrit par iscarioth, le 11/09/2005
Notre verdict : 6/10 - Comme dans un cauchemar (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 2 minute(s) - 1 réaction

Vraiment déstabilisant... Presque expérimental.

Les auteurs

Ethnologue de formation, Anne Sibran a marqué la bande dessinée franco-belge pour deux scénarios de one-shot qui restent dans les mémoires comme parmi les meilleurs : La Terre sans mal, réalisé en collaboration avec Emmanuel Lepage et Là-bas, avec Tronchet. Tronchet, le dessinateur que tout le monde connaît pour ses deux personnages fétiches : Raymond Calbuth et bien sûr Jean-Claude Thergal.

L'histoire

Une petite fille prénommée Elsa nous raconte sa vie. Elle nous explique comment, un jour, elle s'est surprise à voler...

La tête dans les orages

Difficile de parler d'une oeuvre comme Ma vie en l'air. Le one shot nous sort complètement de nos habitudes de lecteur. Lair01f01_250.es dix premières pages se passent comme dans un rêve, sans rien de concret. Puis l'on commence à distinguer un univers autour du personnage principal : des parents, une soeur, des vacances chez une grand-mère... Au travers de la vision embuée et infantile d'Elsa, on arrive peu à peu à distinguer une réalité concrète. Certainement fragilisée par son environnement familial, Elsa semble trouver refuge dans les méandres de son imagination. On la sent ensuite simple d'esprit, puis parfois carrément folle. L'impression déstabilisante que nous communique cet album, c'est de percevoir le monde au travers des yeux d'une petite fille déboussolée. Ainsi, le lecteur cherche souvent à « traduire » les instants de vie rapportés et s'efforce de les comprendre avec lucidité... Et celui-ci arrive bien à saisir, même au travers d'un faisceau narratif aussi déformant, la façon dont la société met hypocritement à l'écart les gens « non-conformes », en prétendant les soigner. L'éducation totalitaire et marginalisante des bonnes soeurs et de l'Eglise, la mise à l'écart et la privation de libertés dans l'asile pour tous les êtres marginaux...

Morosité

Le dessin de Tronchet reste à peu près le même qu'avec Là-bas. Un trait fort épais, caricatural et névrosé. La mise en couleur de cet album est très impressionnante car véritablement cauchemardesque. Les tons sont orageux, vomissants, crades... Des couleurs qui tétanisent le lecteur déjà frappé par la morosité et la tristesse qui se dégage de l'histoire qui lui est contée.


Ma vie en l'air est un journal intime au ton froid, traumatisé, voire violent. On est très loin de ce qu'a pu faire Tronchet jusqu'à présent. Vraiment déstabilisant... Presque expérimental.

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