2/10Les Véritables légendes urbaines - Tome 1

/ Critique - écrit par iscarioth, le 26/02/2007
Notre verdict : 2/10 - Scream ! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 2 réactions

L'album reprend les gimmicks des pires slashers pour ados des années 1990, avec des histoires à sursaut sans consistance ni intérêt.

Les légendes urbaines... Urban Legend, en anglais. Rappelez vous du film du même nom, sorti dans la tourmente "slasher" des années 1990. Le cinéma d'horreur se portait alors très mal. Après avoir connu des sommets de terreur suggestive, le genre s'est autoparodié, dans sa vague "post-Scream", multipliant les histoires de fêtes universitaires, de serial killers au couteau et de menaces téléphoniques sur fond de suffoquements rauques. Oui, définitivement la comparaison est bonne. Cet album est à l'horreur en BD ce que fut Urban Legend au cinéma de genre américain. Un navet.


Dargaud a effectué dans son travail d'édition un véritable effort de communication, pour étiqueter l'album dans la tête de tous les lecteurs comme un titre éminemment horrifique. « A ne pas lire seul le soir... » clame l'autocollant promotionnel. Dans le coin droit de l'album, on peut observer un logo "16+", qu'on a l'habitude de croiser sur le boîtier de certains jeux vidéos violents. Pas de quoi s'affoler ici, pourtant. Ce logo semble avoir été placé là plus pour appâter le lecteur en manque de sensations fortes que pour le prévenir de véritables traumatismes. Ce premier album rassemble tous les éléments du genre "slasher", tous ces clichés dont on nous a cinématographiquement abreuvés jusqu'à l'overdose. Heureusement, la vague Scary movie est passée par là, et le genre horrifique semble avoir tiré les leçons de la parodie. Leçons qu'il faudrait délivrer une nouvelle fois aux auteurs de cet album. A la lecture du premier récit, on croit même à la blague. Une babysitter reçoit des coups de fil inquiétants d'un psychopathe. La scène de Scream, si souvent répétée et parodiée, revient en tête, le personnage y faisant même référence lui-même. On l'a dit et répété, la peur et l'angoisse sont les sentiments les plus difficiles à développer chez le lecteur de BD. Alors qu'au cinéma, une porte qui claque ou un psychopathe dissimulé en arrière plan suffisent à faire sursauter les plus distraits d'entre nous, en BD, la simple transposition de cette méthode s'avère désastreuse.


Comme pour feindre l'audace, Guérin et Corbeyran ont disséminé dans chaque épisode ce qu'il faut d'effets gores. Ou plutôt de tentatives d'effets gores... Les quelques flaques de sang et mutilations vaguement esquissées n'ont pas de quoi surprendre ou effrayer les plus de huit ans. Le plus insupportable est très certainement l'amoncellement de clichés : le psychopathe à capuche tapi dans l'ombre, le crime signé énigmatiquement par un message laissé sur le sol, la poignée d'une porte qui s'affole, les cliquetis du sang qui s'écoule... Et, cerise sur le gâteau, un narrateur qu'on a voulu effrayant mais qui fait l'effet d'un clown tant il concentre en lui tous les stigmates du "grand méchant" : imperméable, joues creusées et mine ombragée, gants de cuir, regard imperceptible derrière des lunettes métallisées, et, bien sûr, une répartie à la cruauté sans égale. Les histoires sont insipides, creuses, en plus d'être introduites de façon très artificielles (Le téléphone portable). Et les dessins ne relèvent pas la fadeur des scénarios. Damour et Henriet, qui dessinent chacun un chapitre, révélés par le très moyen Pandora Box, ont un style très classique et passe-partout, qui ne rajoute aucune classe à des récits qui en manquent déjà terriblement. Seul Gil Formosa tire son épingle du jeu. On a redécouvert l'auteur récemment avec l'excellent Double gauche. Sur un scénario sans grande originalité, le dessinateur parvient tout de même à concevoir un univers mêlant gothisme, impressions post-apocalyptiques (le camion à la Mad Max) et Amérique des 50's.


Ces quatre petites histoires horrifiques auraient pu nous faire l'effet des meilleurs épisodes des Contes de la Crypte ou du récent et inégal Masters of horror. On en est très loin. L'album reprend les gimmicks des pires slashers pour ados des années 1990, avec des histoires à sursaut sans consistance ni intérêt. A fuir.

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