7/10Vasco - Tomes 1 à 3

/ Critique - écrit par athanagor, le 24/02/2009
Notre verdict : 7/10 - L'alpha et le gamma (Ecrivez votre critique)

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Dans la série des Intégrales que Le Lombard s'attache régulièrement à sortir, nous avons droit ici au premier livre d'une série scénarisée et dessinée par Gilles Chaillet.

Quand le Journal de Tintin propose à Gilles Chaillet de réaliserCouverture de l'intégrale 1/7
Couverture de l'intégrale 1/7
sa propre série, il est depuis 2 ans le dessinateur de Lefranc, sous les ordres de Jacques Martin. Marqué par l'ascendance artistique de ce dernier, et surtout par sa série phare, Alix, Chaillet décide de créer une série historique. Mais hors de question de faire la même chose que son mentor. Satisfaisant à la fois sa passion de l'Histoire, son inclination artistique et son amour de l'Italie, et s'inspirant d'un personnage des Rois Maudits de Maurice Druon, Gilles Chaillet va donner naissance à Vasco, jeune homme d'origine lombarde, dans une Italie du 14e siècle tiraillée entre ses diverses républiques. Neveu de Tolomeo Tolomeï, le banquier siennois, sa charge de commis va le mener de par le monde, au fil des 22 tomes que compte, pour l'instant, la série.

Avant...
Avant...
Le présent livre réunit les trois premiers tomes des aventures du jeune homme, L'or et le fer, Le prisonnier de Satan et La byzantine. Fournissant à chaque fois un cadre historique dont la véracité est établie et plaçant son héros auprès des personnages ayant contribués au déroulement des évènements, Chaillet adopte une stratégie narrative particulière, là encore emprunté à la littérature. Si son héros est à l'image d'un personnage de Druon (Guccio Baglioni), sa façon de se situer dans l'aventure rappelle Les Fortunes de France de Robert Merle, dont le premier volume paraît en 1977. Comme Pierre de Siorac, Vasco prend part aux évènements historiques, mais aux côtés et dans l'ombre des acteurs principaux. Ainsi, il accompagne Colas di Rienzo (déjà à l'origine du Rienzi de Wagner) dans sa reconquête de Rome et sa volonté d'unifier l'Italie sous l'hégémonie de la cité éternelle, reprise aux Colonna et aux Orsini, et restituée à la papauté, alors exilée en Avignon. Le tome 2, Le prisonnier de Satan, offre une audace supplémentaire dans le procédé, en donnant une explication aux évènements (ici, la douce folie de Rienzo qui le mènera à sa perte), et surtout en réécrivant une partie de l'Histoire. Vasco sauve Rienzo à la fin du tome, là où l'Histoire stipule que celui-ci fut décapité et brulé par la foule romaine et que ses cendres furent jetée dans le Tibre. Dans le même esprit, Chaillet invente une série d'enlèvement dans La byzantine, mais dans le seul but de fournir une justification à la participation de Vasco dans l'épisode du siège de Constantinople par la république de Gênes en 1354.

Nous l'aurons constaté, une fois de plus, nous sommesAprès...
Après...
face à une BD d'un autre temps, qui tentait d'instruire en même temps qu'elle divertissait.

On comprend bien cette intention particulière de Chaillet grâce à cette édition de l'intégrale. En effet, un des grands intérêts de ces livres, ce sont les dossiers joints en fin d'ouvrage, qui jettent un éclairage sur l'auteur, sa carrière et son histoire personnelle. Ici, il est à la fois amusant et touchant de voir quelques dessins réalisés par Chaillet à l'âge de 6-7 ans, exhumés pour l'occasion (il y a également une planche dessinée vers 14 ans, et là, on commence à respecter). Mais on comprend aussi cette motivation à instruire son public. Chaillet fait référence, pour premières inspirations, bien sûr de BD historique comme le Chevalier Blanc (dont le premier épisode fut scénarisé par Macherot) ou déjà Alix (imaginez alors la joie du bonhomme quand il a commencé à travailler pour Martin), mais il fait aussi état des manuels d'Histoire comportant des illustrations édifiantes, de rois rendant la justice sous un chêne centenaire, par un beau jour d'été.

On comprend aussi, toujours grâce à ce dossier, la différence existant entre les éléments du corps dessinés par Chaillet, parfois désarticulés et peu crédibles, et le talents mis dans les représentations architecturales (dichotomie encore présente dans Vinci paru en 2008). Premièrement, Chaillet était le dessinateur de Martin, mais quand il a commencé VasPrenez des bains !
Prenez des bains !
co, il ne voulait pas en être un plagiaire. Il a donc tenté de modifier ses visages pour adopter un style plus proche de Jean Giraud (qu'il admire secrètement... chut !). Son trait de crayon ainsi modifié, mais seulement pour les personnages, il lui a fallu du temps pour s'en approprier toutes les facettes. Deuxièmement, Chaillet est le fils d'un architecte qu'il regardait travailler longuement, et il se destinait même à une carrière d'urbaniste. Ceci explique donc peut-être cela (mais peut-être pas). D'ailleurs un autre intérêt, souvent soulevé, concernant les intégrales, réside dans l'observation directe de l'évolution du trait. Ce livre 1 en est un bel exemple, tant l'auteur gagne la maîtrise de son trait en à peine deux tomes. Les visages de L'or et le fer font souvent rire, car souvent les yeux font le double de la taille normale, alors que La byzantine ne souffre quasiment plus d'aucun vice illustratif.

Que l'on apprécie ou pas le style fouillé et réaliste issu de l'école Jacques Martin (et pas celle des fans), on ne peut que reconnaître la tonne de boulot que cela a représenté, et surtout le grand talent dont fait preuve Gilles Chaillet pour installer son ambiance médiévale, à grand renfort de référence historique et de détails architecturaux. Certes, lancé dans l'aventure historique précise, ces albums papotent énormément. Mais quel bonheur, teinté d'une pointe de nostalgie, que de fermer un ouvrage divertissant en sachant avoir appris quelque chose.

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