6.5/10The Twelve - 2008 - Un siècle difficile

/ Critique - écrit par riffhifi, le 25/05/2009
Notre verdict : 6.5/10 - Douze hommes en colère (dont une femme) (Ecrivez votre critique)

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Marvel tente de se créer un équivalent de Watchmen, avec l'aide du scénariste J.M. Straczynski. L'effort est laborieux et les personnages ne sont pas tous intéressants, mais quelques éclairs zèbrent l'ensemble.

On connaît la genèse de Watchmen : dans les années 80, chargés de faire revivre quelques personnages oubliés de l'âge d'or de DC Comics, Alan Moore et Dave Gibbons ont transformé leur mission en réinventant leurs héros sous de nouvelles formes et en teintant le tout de réflexion sur le genre super-héroïque. Le résultat fut un triomphe, multi-récompensé, vénéré des lecteurs et accueilli par de flatteurs « hum, hum » de la part des critiques littéraires qui considéraient jusque là les bandes dessinées comme de simples torchons adressés à une jeunesse semi-débile. Vingt ans plus tard, en plein milieu de l'excitation liée à la sortie prochaine du film adapté de Watchmen, voilà-t-y pas que Marvel, le concurrent majeur de DC Comics, présente une série appelée The Twelve dans laquelle on trouve une équipe composée de héros créés dans les années 40 (à l'époque où Marvel s'appelait encore Timely Comics), sous la plume de l'auteur super-classe J.M. Straczynski (scénariste bd, télé et maintenant ciné avec L'échange de Clint Eastwood). Coïncidence ? Mon œil ! D'ailleurs, n'y a-t-il pas douze aiguilles sur le cadran d'une montre ?...


Nous sommes en avril 1945, la guerre est en train d'être gagnée et tous les super-héros se retrouvent à Berlin pour faire péter le champagne. Comme on ne mélange pas les torchons et les serviettes, on trouve d'un côté les stars du catch comme Captain America, Namor, la Torche Humaine, etc., et de l'autre les demi-losers oubliés par la postérité. Douze d'entre eux se voient ainsi réunis par hasard dans un piège tendu par quelques Allemands, et subissent une congélation dont ils ne sortent qu'en 2008. C'est un peu le « traitement Captain America » multiplié par douze, pas la peine de s'exciter sur l'originalité du procédé. Les zozos ont des noms mélodieux : Captain Wonder, Mr E (rien à voir avec le chanteur de Eels), le Témoin, Master Mind Excello (rien à voir avec le jeu de société), Dynamic Man, Rockman (rien à voir avec Dwayne Johnson), Laughing Mask, la Veuve Noire (rien à voir avec l'autre), Fiery Mask, Blue Blade, le robot Electro et le narrateur Dick Jones alias le Reporter Fantôme. Une fois débarqués dans un XXième siècle dont ils ignorent tout, les douze héros du dimanche sont récupérés par le gouvernement américain, qui leur propose de bosser pour eux.

Bien que clairement situé dans la continuité officielle de l'univers Marvel (les évènements de Civil War sont évoqués), The Twelve ne fait pas apparaître de super-héros connu une fois passées les deux premières pages. L'histoire se concentre sur les douze nouveaux-(re)venus, ce qui n'est pas du luxe étant donnée la difficulté de tous les identifier. Si leurs existences furent brèves dans les années 40 et jamais ravivées depuis, c'est parce que la moitié d'entre eux sont des personnages pourris, et l'autre moitié de simples ersatz des vedettes de l'époque. Pour corser l'affaire, ils présentent entre eux des similitudes qui rendent leur distinction pénible dans un premier temps : Mr E et le Reporter Fantôme portent des costumes quasiment identiques inspirés de celui du Spirit, Captain Wonder et le Témoin (initialement calqué sur le Shadow) arborent les mêmes couleurs, tandis que Laughing Mask et Fiery Mask ont des noms apparentés. Les plus faciles à
retenir sont la Veuve Noire (la seule femme), Rockman (il dépasse tout le monde en hauteur et en largeur) et Blue Blade (il est à moitié à poil et brandit une épée). De tout ce petit monde, Strasczynski s'efforce de tirer un scénario cohérent qui fasse à la fois la part belle à la réflexion globale (quels choix de vie faire face à l'adversité, qui sont les héros, gnagnagna) et au développement de chaque destin. Le dessin de Chris Weston, au lieu de jouer la carte du rétro flamboyant, se contente d'un graphisme passe-partout qui prétend traiter ces héros d'hier comme n'importe quels autres. On pourrait s'attendre également à ce que le club des losers soit traité avec une certain dose d'humour, façon Mystery men, mais la préférence est plutôt donné au drame humain, ce qui occasionne quelques moments curieusement poignants, notamment avec les familles de Captain Wonder et Mr E.

Trop occupé à exposer les origines de chacun pour vraiment brosser un tableau général ou une intrigue satisfaisante, ce premier volume fait essentiellement figure d'introduction. Pas de bol, la série est en réalité une mini-série destinée à ne connaître que douze épisodes. Il ne reste donc plus qu'une deuxième moitié à venir, et hop, ce sera fini. A ce stade, six épisodes semblent insuffisants pour faire monter la sauce suffisamment, mais qui sait... Un regret sur l'édition française : l'absence du numéro 0, qui contenait les rééditions des aventures originales de certains personnages.


The Twelve #1 - Quand le hasard décide...
(mars 2008)
The Twelve #2 - Un temps d'adaptation (avril 2008)
The Twelve #3 - Un siècle difficile (mai 2008)
The Twelve #4 - Regard sur le futur (juin 2008)
The Twelve #5 - Les secrets, on en a tous... (juillet 2008)
The Twelve #6 - Alias Rockman (août 2008)

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