9/10Le Tueur - Tomes 1 à 5

/ Critique - écrit par iscarioth, le 23/12/2005
Notre verdict : 9/10 - Déjà culte ! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 1 réaction

Le Tueur est une série loin des clichés du genre thriller, une série curative contre tout manichéisme. Une série profonde, aussi réussie graphiquement que scénaristiquement. Le Tueur n'a que quelques années d'âge, mais est déjà unanimement perçu comme un classique de la BD !

Justice individuelle

Comme son nom l'indique, Le Tueur est une série centrée autour d'un meurtrier professionnel. Dès la lecture de Long Feu, le premier tome sorti en 1998, on comprend que Le Tueur doit être une série exceptionnelle. Le premier album de la série est une très bonne accroche, on fait connaissance avec Le Tueur, seul perché en haut d'un immeuble, guettant le retour d'un homme politique qu'il doit assassiner, l'oeil collé à la lunette de son fusil. Il ne se passe trop rien : l'homme est seul dans un appartement et attend sa proie. Mais l'homme pense. Il réfléchit au sens de la vie et à son passé. Et c'est au travers de flash back fouillant le passé et de réflexion lui venant dans ses gestes de vie quotidienne qu'il se présente au lecteur. Inévitablement, on pense à Taxi Driver de Martin Scorsese et à l'époustouflante prestation d'acteur de Robert De Niro. Dans ce film, Travis Bickle, dans son petit appartement, rumine sa haine misanthrope et attend l'heure où sa violence s'extériorisera. Long Feu nous présente un homme dont la profession prend le pas sur le patronyme. Notre anti-héros est un solitaire, qui a pris en grippe l'humanité toute entière. C'est un misanthrope jusqu'au-boutiste qui assassine froidement ses proies pour de l'argent. « Tout le monde a les mains pleines de sang, et moi un peu plus que les autres mais pas beaucoup plus, moi ça se voit, c'est tout ».

Plus tard, je serai tueur

Vous l'aurez compris, on est loin du « good hero » américain, belle gueule et patronyme tonitruant. Le fait que le personnage de Jacamon et Matz est appelé par tous le Tueur renforce cette impression d'anti-héroïsme. Pas de culte de la personnalité autour de celui qui nous est présenté comme un être hors du commun mais malfaisant. Le Tueur est à placer entre Juan Solo et Torpedo. La série est d'une qualité telle que les auteurs arrivent à faire que le lecteur s'identifie au premier des salauds et en vienne à être attiré par le métier de tueur. Le personnage évolue et le lecteur apprend au fil des tomes à l'apprivoiser, en grattant à la surface pour se rapprocher du coeur. Du premier au cinquième tome, Le Tueur se raconte à la première personne et du début à la fin, les événements nous sont rapportés par le prisme de sa perception. Le solitaire insensible, bien évidemment sans tomber dans une romance naïve, s'attache à une femme, à sa froide manière. Il se fait aussi deux bons amis, Mariano et Antoine, les deux principaux personnages secondaires de la série. Avec ces deux protagonistes, Jacamon et Matz semblaient mettre en place une ossature capable d'ériger et de faire vivre une série sur le très long terme, avec une ou plusieurs dizaines de tomes. Fort heureusement, la monotonie et la redondance n'ont pas eu le temps de s'installer puisque la série s'est clôturée après cinq très bons albums.

Maîtrise des ambiances

La série est bourrée de qualités autant scénaristiquement que graphiquement. Dès le premier album, Jacamon impose un sens du découpage magistral et une parfaite maîtrise des effets d'ambiance au travers de la coloration. La lecture est rapide et agréable, les vignettes sont intelligemment mises en page, d'une façon très aérée, souvent sur deux ou trois lignes de cases. Parcourir les albums du Tueur est d'autant plus agréable qu'ils sont truffés d'effets d'ambiance. Jacamon impose une originalité dès le premier album, l'effet « miroir brisé », qui fissure certaines scènes de panique et de violence. Le dessin oscille entre semi-réalisme et réalisme total. Les visages sont légèrement moins photographiques que les architectures, les voitures ou les armes. Plusieurs univers, urbains (Paris, New York) ou sauvages (la jungle), sont exploités et impressionnent beaucoup pour le fourmillement de détails et pour la gestion des effets de lumière, surtout à partir du tome trois. Le dessinateur Jacamon est aussi coloriste. C'est un redoutable créateur d'atmosphère. Le découpage global du Tueur, sans être un grand puzzle, est non linéaire, non chronologique. En plus des variantes de couleur dues à des changements de décors (jungle, ville, montagne, chambre d'hôtel, bar...), certaines scènes spécifiques se dotent souvent d'une teinte glaciale (des tons froids, des trames vertes ou bleues).

Le Tueur est une série loin des clichés du genre thriller, une série curative contre tout manichéisme. Une série profonde, aussi réussie graphiquement que scénaristiquement. Le Tueur n'a que quelques années d'âge, mais est déjà unanimement perçu comme un classique de la BD !


Liste des albums (mise à jour au 3 septembre 2009) :

Tome 1 - Long feu (1998)
Tome 2 - L'Engrenage (2000)
Tome 3 - La Dette (2001)
Tome 4 - Les liens du sang (2002)
Tome 5 - La mort dans l'âme (2003)
Tome 6 - Modus vivendi (2007)
Tome 7 - Le commun des mortels (2009)

A découvrir
Tuniques bleues (Les)
Tuniques bleues (Les)
Ligue des Gentlemen Extraordinaires (La) - 1999-2000 - Volume I
Ligue des Gentlemen Extraordinaires (La) - 1999-2000 - Volume I
Les Formidables aventures de Lapinot - Tomes 1, 2, 3, 4 et 6
Les Formidables aventures de Lapinot - Tomes 1, 2, 3, 4 et 6