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9.5/10Troubles fêtes

/ Critique - écrit par Maixent, le 24/09/2011
Notre verdict : 9.5/10 - Foutres blêtes (Ecrivez votre critique)

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Une graphic novel qui n'a pas pris une ride malgré ses 20 ans. Une réussite graphique et un érotisme difficile qui ne s'accommode pas des clichés.

Quiconque a lu la Quête de l’Oiseau du Temps se souvient parfaitement de Pelisse et de son physique de rousse incendiaire propre à bouleverser tout admirateur boutonneux d’heroic fantasy mais aussi toute personne normalement constituée. Nombreux sont dans le premier cycle les passages où le lecteur avide espérera entrapercevoir les courbes rebondies et gracieuses de la jeune fille mais Loisel fera en sorte de cacher plus que de dévoiler afin de susciter l’envie et le désir. Et si certains personnages de la bande dessinée verront Pelisse nue, ouvrir son manteau telle une exhibitionniste, le lecteur, lui, ne la verra que de dos.

On perçoit donc le goût de l’érotisme dans l’œuvre de Loisel. On n’oubliera pas non plus qu’en vêtant la fée clochette de bas en peau de guêpe et d’une simple feuille, il a réussi à faire en sorte que ce petit bout de femme incarne  à elle seule l’une des plus grande puissance érotique du monde de la bande dessinée. Il n’est donc pas surprenant  que dès 1989 soit juste après la Quête de l’Oiseau du
Relecture du mythe d'Andromède
Temps
et peu avant Peter Pan, paraisse cet ouvrage érotique dans lequel Loisel ne se contente plus de suggérer des moments lascifs ou de dévoiler des bouts de poitrine. A remarquer qu’à l’instar de Filles Perdues d’Alan Moore et Melinda Gebbie, Troubles fêtes fût également réalisé par un couple, Rose Le Guirec au scénario n’étant autre que la femme de Régis Loisel. À croire que les récits érotiques écrits à quatre mains par des couples confèrent à ceux-ci une dimension plus profonde et intime, une sorte d’alchimie d’autant plus feutrée et efficace qui permet au lecteur de se glisser dans une certaine intimité. 
Troubles fêtes se décompose en trois récits très différents mais restant dans le même esprit, présentant un univers à la fois sombre et onirique dans un temps indéterminé, où évoluent des femmes à la fesse grasse et aux tétons proéminents.
L’offrande est un cours récit poétique situé dans l’univers de l’heroic fantasy et de la mythologie. Assez proche dans l’ambiance des Compagnons du Crépuscule de Bourgeon, on est dans une sorte de quête onirique, une jeune nymphe vivant de contemplation en compagnie de son rat est arrachée à sa rêverie par un
Rencontre charnue au détour d'un bois
centaure libidineux. Sauvée par des gnomes, ce n’est que pour être livrée telle Andromède à un monstre marin. Sans pour autant que ce soit un récit érotique, la nudité de la nymphe, dans cet univers sombre et dangereux, sa douceur diaphane et les quelques formules de poésie en font une bonne introduction pour les deux récits suivants, plus crus et ancrés dans la réalité.
Les Feux de la Saint-Jean est le récit de Sire Christian de Maixant. Durant un festin au Moyen Age, celui-ci narre les aventures sexuelles de son grand-père Ainoque. À des planches sans paroles dans lesquelles Ainoque déflore allégrement les gueuses de son village répond une partie écrite narrant ses aventures et explicitant le dessin. Le même procédé sera utilisé pour la troisième histoire. Loin d’être paillard malgré l’aspect rabelaisien, ce court récit surprend par sa finesse. Notamment le bain de cette jeune fille, qu’observe haletant le jeune Ainoque, faisant participer le lecteur à son acte de voyeurisme. Loisel réussi à donner de la sensualité à cette fille trop grasse et loin des clichés simplement en glissant un pli dans la fesse ou en lui donnant une moue de plaisir  on ne peut plus réaliste.
Le dernier récit est plus oppressant. Loin des forêts verdoyantes, on se retrouve
Voir Ensor aux masques
dans une Venise suintante d’humidité et de décadence. Dans un dessin digne de James Ensor, angoissant et mettant en avant tout ce que l’humain peut avoir de monstrueux sous son masque grotesque de Carnaval, on est plongé dans un monde d’orgies et de faux-semblants. Où l’on découvre le vice chez la douce et romantique héroïne qui se dévoile petit à petit jusqu’à se retrouver au centre de cette débauche. Mais les apparences sont trompeuses et il ne faut pas sous-estimer les femmes capables d’assumer en même temps le rôle de la mère et celui de la putain. 
L’ensemble de ces trois récits donnent un très bel ouvrage dans lequel on retrouve le style de l’auteur et son monde riche dans lequel on côtoie aussi bien le grotesque que le sublime dans une farandole endiablée et onirique que l’on peut simplement appeler la vie. La beauté du dessin n’est en rien alourdie par un mauvais texte et la cohérence globale embarque le lecteur pendant trop peu de temps. Preuve est encore faite que les auteurs grand public peuvent traiter de l’érotisme avec talent et sans se fourvoyer pour autant.

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