9/10Le Troisième testament

/ Critique - écrit par Caroline, le 03/03/2008
Notre verdict : 9/10 - Une veynes, cette BD ne passera pas en couvent (Ecrivez votre critique)

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Octobre 2007, 700ème anniversaire de l'éviction officielle de l'ordre des Templiers, un 13 octobre, un vendredi de « cette funeste année 1307 », mais c'est aussi l'occasion pour Glénat de rééditer une édition intégrale du Troisième Testament, un « volume anniversaire » pour les 10 ans de la parution du 1er tome de cette désormais « incontournable » série.

Ca rigole paaaaaa
Ca rigole paaaaaa
Le Troisième Testament est une série imaginée par Xavier Dorison et mise en image par Alex Alice. Elle est, à l'origine, composée de quatre tomes parus respectivement en 1997, 1998, 2000 et 2003.
Livre I. Marc ou le réveil du lion
Livre II. Matthieu ou le visage de l'ange
Livre III. Luc ou le souffle du taureau
Livre IV. Jean ou le jour du corbeau

Mais cette énième édition, après le coffret Tétralogie. Le Troisième Testament, paru en 2004, propose des planches inédites (à la suite du 4ème tome) ainsi que de nombreux ex-libris.

Où un inquisiteur déchu, Conrad Reinhardt Marcus, Comte de Marbourg et une jeune donzelle, Elisabeth d'Eslenor, fille adoptive de l'archevêque de Paris, ami de Marbourg, parcourent l'Europe médiévale en quête de la Vérité et du Troisième Testament, afin de s'opposer à rien de moins que l'Apocalypse décrite par Saint Jean.
Un voyage « initiatique » dans l'Europe médiévale qui mène nos « héros » (?) de la Bretagne à Paris, de Paris à Tolède en passant par le Manoir du Tourmalet (bien connu par ailleurs pour ces pentes escarpés), de Tolède à l'Ecosse, de l'Ecosse à la Bohème, de la Bohème à Paris ou à Prague, de Prague à Paris, de Dantzig au lieu où Julius de Samarie a qui Dieu apparut un jour et confia un coffre, cacha le dit coffre.
''Ce coffre représente tout ce qu'un homme doit connaître''. Je te le confie. Quitte ta terre et les tiens pour chercher l'endroit le plus secret du monde. Là, sans jamais l'avoir ouvert, tu déposeras le coffre. Telle est Ma Volonté''. Alors Julius quitta sa terre et les siens. Il trouva l'endroit le plus secret du monde et y déposa le coffre. Mais au moment de partir, il ne put s'empêcher de soulever le couvercle. Ce que le coffre contenait, Julius ne le vit jamais, car Dieu ouvrit la terre sous ses pieds et Julius y fut englouti pour l'éternité » (pl.35 t.I).
Intéressante parabole sur la tentation du savoir et la limite entre la « quête du savoir » et la « Vanité », mais notre quête n'est pas tant là : Julius a écrit des carnets de son voyage... et ce sont ces carnets que tous recherchent, la clef de la localisation du Troisième Testament !
Où ils croisent des Templiers (dont le Grand Maître dévoile enfin le fameux « secret/trésor du Temple »), des mercenaires à la solde de l'Eglise, des hommes d'église, érudits, moines ou archevêque, Franciscains et inquisiteurs et les hommes/bêtes (?) à la solde de l'énigmatique Comte de Sayn (mais tout sera révélé, peut-être dès la planche 25 du dernier tome ?) mais n'avançons pas trop vite !

L'idée de départ du Troisième Testament vient d'un texte du 19ème siècle exhumé de la bibliothèque nationale, la traduction écossaise d'un manuscrit rédigé par Elisabeth d'Elsenor en personne ! Mais si Elisabeth a réellement existée, Le Troisième Testament n'est pas une série historique pour autant. Bien sûr, les auteurs se sont documentés très sérieusement et ils ancrent leur récit dans un cadre historique et des lieux réels, évoquent des faits historiques précis comme l'éviction de l'Ordre du Temple en ce vendredi 13 octobre 1307 ou des personnages historiques et rien moins de moins que nos deux « héros », notre narratrice et Conrad de Marbourg, inquisiteur, Manus Dei mais dont l'existence est attestée environ 80 ans avant la quête du Troisième Testament... première entorse à l'Histoire.
Mais ce cadre historique n'est qu'un point d'appontage à partir duquel, les auteurs pourront donner libre cours à leur imagination et à leur penchant réciproque pour le fantastique (dès le 3ème tome).

Le Troisième Testament oscille sans cesse entre érudition et grand spectacle, mais la mise en page, le dessin, la couleur, l'éclairage, le jeu des acteurs font de cette série plus une série d'aventure, un roman de cape et d'épée qu'une série strictement « théologique ». C'est la première fois que l'on mêle aventure et ésotérisme... genre dans lequel se sont ensuite engouffrés plusieurs auteurs avec de beaux exemples comme Le Triangle Secret et Le Décalogue.
Chaque planche est magnifiquement construite, pleine de sens. Par exemple, revenons sur cette planche 25 du tome 4... quand la construction de la planche et le texte mettent en parallèle « le diable » et « Sayn » ! Rien n'est dit... ce n'est certes pas si simple et l'on peut regretter que la fin reste malgré tout assez confuse...
Les angles de vue, les éclairages et la mise en couleur servent parfaitement le récit quand il balance vers le fantastique, le dessinateur en rajoute dans la mise en scène, quitte à utiliser les codes de l'heroic-fantasy.
On aimerait davantage s'attarder sur le dessin mais l'histoire est prenante et nous pousse irrésistiblement à tourner la page, à aller voir plus loin et même au-delà.

Mais que font les pompiers ?
Mais que font les pompiers ?
On ne peut passer sous silence les sources de cette série : outre ce fameux manuscrit, la référence au Nom de la Rose de Umberto Ecco (et plus précisément à son adaptation cinématographique) est évidente notamment dans les traits donnés à Marbourg... dont les expressions sont parfois si proches de celles de Sean Connery aussi bien dans Le Nom de la Rose, que dans The Rock, quand l'on découvre « l'ex-agent secret au service de sa Majesté » sortant de sa prison fédérale, la ressemblance est frappante avec les dessins où Marbourg est prisonnier des templiers (pl.10-11, t.4) et encore plus, quand il est libre (dernière vignette, pl.27, t.4). L'auteur cite aussi Indiana Jones comme source pour le scénario...

L'ensemble forme une série homogène aussi bien dans le traitement graphique que du point de vu du scénario, même si celui-ci bascule progressivement vers le fantastique dès le 3ème tome.
Et pour rassurer Xavier Dorison qui pense qu'« il est évident que le fan de polars ou d'histoires de complots politiques aura un peu de difficulté à adhérer aux envolées d'un prêtre en haut de sa montagne, le vent dans les cheveux », moi qui suis fan de polars et d'histoire de complots politiques, j'ai parfaitement pu accrocher à l'histoire malgré ce basculement sensible vers le fantastique. Car l'ancrage historique et l'exceptionnelle traitement plastique de la série font « oublier » le surréalisme des « envolées d'un prêtre en haut de sa montagne, le vent dans les cheveux. »

La religion (chrétienne) semble être le cœur de cette série. Le titre de chaque tome n'évoquent-ils pas déjà les quatre évangélistes : Marc, Matthieu, Luc et Jean, associés même pour trois d'entre eux à leur symbole iconographique classique : le lion pour Marc, l'ange pour Matthieu et le taureau pour Luc...mais Jean est associé au corbeau plutôt qu'à l'aigle car c'est bien Jean qui dans les textes annonce l'Apocalypse... et le corbeau évoque mieux le drame que la « grandeur impériale » de l'aigle, mais rappelons-nous tout de même que c'est l'aigle de Jupiter qui dans la mythologie classique, dévore, chaque jour le foie de Prométhée, condamné par les dieux de l'Olympe pour avoir apporté le feu aux hommes.
Mais, au fond, il s'agit plus d'un questionnement sur la foi, non pas seulement religieuse, mais comme sentiment absolu, questionnement qui sous-tend aussi la notion de fanatisme aussi bien chez « notre héros » Marbourg que chez les Templiers ou le Comte de Sayn.

Enfin, j'ai évoqué plus haut quelques planches inédites ajoutées à la fin de cette intégrale : une sorte d'épilogue qui est introduit par une planche complète du château du Comte de Marbourg dessiné en contre-plongée, elle suit la même mise en page que la planche 1 du tome 1... en quelque sorte la boucle est bouclée, tout est dit et « tout s'achève »... mais revient alors sur le devant de la scène, Julius... Julius de Samarie, qui sait ? Mais qui annonce un nouveau cycle de Alice, Dorison et Recht.

Pour conclure, je dirais une série à avoir absolument dans sa bédéthèque, à lire et relire tant l'intrigue est dense et tant les planches, que dis-je ! chaque tableau de Alex Alice est simplement beau !

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