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9/10Trilogie avec dames : Le jardin des désirs, La 27e lettre, L'appel de l'enfer

/ Critique - écrit par riffhifi, le 14/11/2007
Notre verdict : 9/10 - Tif et épilée (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Libertinage et liberté sous la plume et le pinceau des auteurs de Tif et Tondu. Un charme irrésisitible et salutaire.

Will et Desberg sont connus essentiellement pour leur association sur l'interminable série des aventures de Tif et Tondu. Pourtant, le dessinateur Will
s'est fatigué dès la fin des années 80 de ces tribulations enfantines qui commençaient de son propre avis à tourner en rond sérieusement. Il avait envie d'histoires plus matures, plus libres, qui lui permettraient entre autres de donner libre cours à son amour du corps féminin. A 62 ans, il commence donc une nouvelle carrière avec Le jardin des désirs, scénarisé par son complice Desberg ; ils réaliseront ensemble trois albums, trois perles réunies dans ce volume sous le titre Trilogie avec dames. Pas de lien pourtant entre les trois, pas même celui d'un érotisme artificiellement exacerbé sur la couverture. Il n'est question ici que de raconter des histoires, le plus librement possible et en s'adressant autant à l'enfant qu'à l'adulte qui cohabitent chez le lecteur... Will est mort en 2000, laissant derrière lui une brouette de Tif et Tondu et trois pépites cachées dedans.

Le jardin des désirs


Début du XXème siècle. Mickey Loverose, né d'une méprise sexuelle (dans le noir, ça arrive), grandit avec l'obsession de rencontrer le parfait amour physique. Il explore, expérimente, et se paie le luxe de traverser la vie en libertinant sans vergogne...

Bien que sans doute le moins intéressant des trois albums présentés, Le jardin des désirs reste un pur délice d'élégance britannique parfumé d'exotisme. Car libertinage rime ici avec liberté, le héros parcourant le monde de bout en bout, le pied léger et l'œil alerte. L'érotisme est léger, l'essentiel se situe dans le trait doux et riche du dessin de Will, et dans le récit de Desberg aux accents d'aventure et de conte fantastique, teinté d'un humour constant mais pas envahissant. Une excellente entrée en matière pour les deux albums suivants, l'un explorant en profondeur la veine du récit initiatique et l'autre celle du conte érotique à tendance humoristique.

La 27e lettre


Dans le Berlin des années 30, alors que Hitler fait son chemin vers le pouvoir, le petit Fred vit sa vie de garçon des rues impertinent et espiègle. Il est recueilli dans un lupanar où les putains s'occupent de son éducation (non non, pas sexuelle, juste son éducation figurez-vous). Il verra par ses yeux d'enfant la montée du nazisme, les réactions diverses des gens, les injustices perpétrées...

Parler d'histoire érotique n'a pas tellement de sens ici, car en-dehors de l'environnement nécessairement sensuel dans lequel grandit Fred, c'est un récit plutôt dur qui est proposé, une évocation du nazisme vu de l'intérieur, traversée de visions oniriques mettant en scène un Hitler sous diverses formes, parfois doucereusement sécurisantes. La perte de l'innocence et celle de la liberté sont étroitement mêlées dans ces aventures intimistes, chaleureuses et puissantes. L'album le plus fort du lot, et peut-être le plus riche en fulgurances graphiques.

L'appel de l'enfer

« Entrez... Vous souhaitez aller en appel de votre damnation éternelle, c'est bien ça ? »

Condamnés à l'enfer, plusieurs candidats se présentent devant un fonctionnaire ventru pour lui faire part de leur histoire, et tenter d'obtenir un acquittement. Il faut dire aussi que la magie et les paradoxes temporels leur fournissent des arguments en or pour expliquer leurs délits d'adultère, de zoophilie, de meurtre...

L'appel de l'enfer, voué à l'humour dès son titre en forme de jeu de mots, est un album à sketch qui fonctionne de façon très comparable aux vieilles productions horrifiques de la firme Amicus : Les contes d'outre-tombe, Le train des Epouvantes, Le caveau de la terreur... Chaque fois, un être recueillait les confessions de plusieurs victimes qui étaient toutes condamnées pour leurs fautes à la damnation éternelle. Ici, il n'est pas question de récits d'épouvante mais de contes érotiques, où les oiseaux se transforment en femme et où les maris trompés peuvent voyager dans le temps. Le style, léger, rappelle celui du Jardin des désirs (dès la troisième planche, on trouve d'ailleurs une case presque identique à celle de la conception de Mickey Loverose) ; Desberg et Will s'amusent manifestement à varier les décors de leurs fabliaux, pour le plus grand plaisir des yeux. Un moyen savoureux de terminer ce recueil de 200 pages, qui saura émouvoir le lecteur d'une façon bien différente de celle qu'il avait envisagé en regardant la couverture...

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