7.5/10Transmetropolitan - 1999-2000 - Seul dans la ville

/ Critique - écrit par riffhifi, le 11/11/2008
Notre verdict : 7.5/10 - Spider-mad (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 1 réaction

Les exactions brutales d'un journaliste intégriste dans un futur proche. Warren Ellis a la plume affûtée, elle vous rentre dans la gorge mais ne fait pas toujours dans la subtilité.

Lancée en 1997 dans la collection Helix de DC Comics, Transmetropolitan se voit transféré à l'arrêt de celle-ci chez Vertigo, un label que l'on ne présente plus (V pour Vendetta, 100 Bullets, John Constantine Hellblazer, Y le dernier homme...) ; en France, la série connaît un destin comparable puisque ses premiers épisodes sont édités fugitivement par Le Téméraire, avant d'être repris chez Panini depuis deux ans, rattrapant la parution en bourrant douze numéros par volume. Ce mois-ci, c'est le troisième volume qui atteint les librairies, reflétant ainsi la période 1999-2000.


Spider Jerusalem est un journaliste gonzo dans une ville d'un futur proche et peu ragoûtant ; si vous ignorez ce qu'est le gonzo-journalisme, tournez-vous vers les écrits de leur inventeur Hunter S. Thompson ou vers l'excellent film de Terry Gilliam Las Vegas Parano, inspiré de ces mêmes écrits. Le personnage de Spider est d'ailleurs basé sur Thompson lui-même : fou furieux, friand d'expériences extrêmes et ne reculant devant (presque) rien pour écrire ses articles déments. La quête ultime derrière ces excès : la recherche de la Vérité. La démarche de ce demi-psychopathe est-elle pour autant altruiste, guidée par des valeurs morales ou ne se réduit-elle finalement qu'à une obsession égoïste et destructrice ?

Pas paparazzi pour un sou, le héros n'en est pas moins adepte d'une certaine forme de journalisme poubelle, consistant à harceler les gens en usant des méthodes les moins légales possibles, aidé en cela par son duo de « sordides assistantes » (« filthy assistants ») Channon et Yelena, pétasses-esclaves à la personnalité moins primaire qu'il n'y paraît. La différence, c'est que Spider ne court pas après les stars pour leur soutirer des infos sur leur vie sentimentale, mais après les hommes politiques pourris qui camouflent et autorisent des exactions aussi scandaleuses que la pédophilie ou le meurtre. Vertueux, le Spider ? Ce n'est pas impossible, et sa hargne contre les puissants n'a d'égal que sa loyauté envers son rédacteur en chef Royce. Sa quête va pourtant progressivement sombrer dans la clandestinité, avec l'arrivée au pouvoir d'un
nouveau président, surnommé le Sourire, qui fait suite au précédent appelé La Bête. Plus vicieux, celui-ci va manier la censure et la manipulation avec une perversité qui ne plaît pas au journaliste-vedette adepte de la liberté d'expression...

Aux commandes de cette série, on trouve le dessinateur Darick Robertson, connu des lecteurs d'aujourd'hui pour The Boys, et Warren Ellis à qui l'on doit le reboot d'Iron Man en 2005 (Extremis avec Adi Granov). Autant dire que le duo est de qualité, et que la série est pour eux un terrain d'expression libre qu'ils mettent à profit avec férocité. La couverture l'annonce, la consommation est réservée aux lecteurs avertis : le langage est vulgaire et ordurier, le contenu ouvertement trash et limite scatologique (l'arme de prédilection de Spider est l'agitateur d'intestin, une arme qui provoque différents degrés de diarrhées chez l'adversaire - de façon heureusement peu graphique), et le héros use de procédés douteux et violents sur toutes sortes d'êtres vivants (sa compassion pour les animaux avoisine le néant). A l'arrivée, cette débauche de liberté rentre-dedans fait de la série un grand fourre-tout où les sujets bateaux comme la pédophilie ou le racisme sont traités avec originalité mais trop peu de subtilité pour convaincre. Si bon nombre de micro-idées concernant la société du futur sont frappantes et bien trouvées (les bancs qui deviennent brûlants la nuit pour empêcher les sans-abris d'y dormir), les accusations politiques façon « tous pourris » gagneraient à être nuancées. On regrette également que la moitié des numéros soient de simples parenthèses destinées à ralentir l'action principale, même lorsqu'il s'agit d'un épisode où sont invités des artistes comme Frank Quitely (Sandman) et Eduardo Risso (100 bullets). Mais l'énergie sans faille et la dinguerie de Transmetropolitan feront sans nul doute des adeptes (comme Patrick Stewart, qui signe la préface).


#25 - Here to go / De passage
(septembre 1999)
#26 - 21 days on the city / 21 jours dans la ville (octobre 1999)
#27 - Monstering! / Les monstres
 (novembre 1999)
#28 - Lonely city / Seul dans la ville 1/3 (décembre 1999)
#29 - Lonely city / Seul dans la ville 2/3 (janvier 2000)
#30 - Lonely city / Seul dans la ville 3/3 (février 2000)
#31 - Nobody loves me / Personne ne m'aime (mars 2000)
#32 - The Walk / La promenade (avril 2000)
#33 - Dancing in the here and now / La danse du temps présent (mai 2000)
#34 - Gouge away / La purge 1/3 (juillet 2000)
#35 - Gouge away / La purge 2/3 (août 2000)
#36 - Gouge away / La purge 3/3 (septembre 2000)

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