8/10The Wicked + The Divine - Tome 1 - Le pacte de Faust

/ Critique - écrit par Maixent, le 13/11/2016
Notre verdict : 8/10 - Le club des 27 (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

L'éphémère succès des Dieux de l'Entertainment.

Métaphore d'une société de l'éphémère où de grands pouvoirs n'incombent pas forcement de grandes responsabilités, The Wicked + The Divine appartient à une forme de Comics, où les super-héros ne dictent pas les règles mais sont le miroir déformé de notre monde, axé sur un point précis. Et bien que cette méthode soit ancienne, on a vu Captain America combattre Hitler il y a déjà longtemps, ou Simon Pegg devenir un personnage dessiné dans The Boys, ici, l'idée est poussée à son paroxysme et beaucoup de célébrités sont invitées, nouveaux Dieux et Déesses de notre monde.


Amaterasu

Tous les cent ans environ, les Dieux Anciens reviennent sur Terre, un panthéon de douze personnes exceptionnelles qui se réincarnent dans le corps de jeunes adultes. Affublés de pouvoirs supérieurs  ils ne laissent personne indifférents, traversés par une aura suscitant extase et plaisir mais aussi détestation et violence. Mais il y a un prix à payer à tout ça, dans moins de deux ans, ils seront tous morts.

La première page de l'album donne le ton. Une citation fataliste de Marlowe, premier auteur du célèbre Faust avant Goethe et une citation des Vengaboys beaucoup moins intello (je mets au défi quiconque qui connait la chanson de ne pas chanter en lisant ces quatre onomatopées... ), puis nous découvrons les douze Dieux en 1923 et leurs derniers instants avant de rentrer dans le vif du sujet, guidés par notre narratrice, Laura, une jeune fille effrontée se rendant au concert d'Amaterasu, réincarnation de la déesse japonaise du soleil. Là, elle y fait la connaissance de Luci (ou Lucifer) et sera vite prise dans un engrenage qui pourrait remettre en question la nature même des Dieux. Luci ayant été jetée en prison après avoir fait exploser la tête de trois personnes d'un claquement de doigt, façon bombe atomique dans Kingsman. Laura rencontrera tour à tour les différentes réincarnations divines afin de comprendre ce qu'il s'est réellement passé car des éléments quant à la culpabilité totale de Luci restent extrêmement troubles. Ce faisant, elle nous entraîne dans une intrigue des plus prenantes où des egos surdimensionnés combattent pour la suprématie par le biais de la culture populaire, mainstream ou underground.
Boom,Boom, Boom, Boom

 

En effet, beaucoup de références sont faites à la musique et ses différents courants, qui incarnent véritablement l'idôlatrie dans une société de loisirs et de consommation. Ainsi, Sakhmet, déesse guerrière de l'ancienne Egypte, ressemble étrangement à Rihanna, Woden, dit aussi Odin ou Wotan arbore fièrement le costume des Daft Punk dans le film Tron Legacy. Mais plus encore qu'un simple copier-coller, l'album s’interroge sur le sens même d'être une star et un modèle et le poids que cela a sur la société. Sur comment des personnes investies de ce pouvoir qu'est la popularité sont responsables et peuvent influer sur le cours de l'humanité. Ces stars modifient la façon de penser de tous et ont un impact certain, comme John Lennon qui a pu se faire mouvoir des foules et transformer les mentalités. Mais dans une société de l’éphémère, avec de faux dieux et un manque de préparation cruel de ces derniers, quel sera le résultat sur l'humanité de Kim Kardashian ou Justin Bieber, qui sont pris pour modèle? Ici ces jeunes dieux qui vont bientôt mourir sont incontrôlables, malgré la supervision d'Ananké, personnification de la destinée chez les grecs anciens et suscitent de nombreuses controverses quant aux réels bienfaits qu'ils peuvent apporter au monde.


Le Mont Olympe

En plus de cette lecture de la société à travers le prisme de la bande dessinée, et ce, fait avec beaucoup de finesse, The Wicked + The Divine propose un style graphique innovant que l'on peut voir dans la composition des cases et dans la narration ; mais surtout à travers le dessin, comme si les auteurs s'étaient servi d'un néon plutôt que d'un crayon. En ressort une esthétique proche du film Nerve qui ancre l'album dans une contemporanéité absolue et très marquante.

Véritable succès, The Wicked + The Divine mérite d'être connu. Et pour ceux qui n'aiment pas les comics, la série est prévue pour la télévision.

A découvrir

Vous pouvez aussi découvrir d'autres excellents articles sur Krinein, comme celui-ci : Androïdes – Tome 2 : Heureux qui comme Ulysse